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27 août 2018

Takis Candilis : « L’alternative à Netflix est de conjuguer nos savoir faire nationaux et européens »

Takis Candilis, directeur général délégué à l’antenne et aux programmes de France Télévisions et l’équipe de la fiction étaient à la SACD, lundi 2 juillet, pour évoquer la réorganisation du groupe et échanger avec les auteurs.

Nathalie Biancolli, Takis Candilis, Anne Holmes, Sened Dhab

 

Avant de parler fiction, Takis Candilis est revenu sur les quelques mois qui viennent de s’écouler : « En novembre dernier, le président a sorti une phrase qui a secoué notre maison et à partir de là, tout le monde politique avait une idée de ce qu’on pouvait faire de France Télévisions… Jusqu’au 4 juin dernier où la ministre a pris la parole et a annoncé qu’il fallait pousser France TV vers le numérique, faire migrer France 4 et peut-être France Ô vers le numérique, et que les obligations relatives aux œuvres de création seraient sanctuarisées. Parallèlement, on a lancé une grande réorganisation de la maison avec un changement complet de paradigme, avec tout en haut de notre structure en râteau non plus les chaînes linéaires mais des directions transversales et les antennes de diffusion, qu’elles soient linéaires ou numériques. Les budgets seront donc désormais gérés en transverse, avec un seul budget grille ».

Des grilles en attente du budget

Les équipes de France Télévisions se sont donc attelées aux grilles avec un travail d’abord vertical sur l’ADN de chaque chaîne - France 2 grande chaîne populaire de divertissement, France 3 régionale, France 4 jeunesse (avant sa migration), France 5 connaissance et culture, et France Ô ultramarine - puis horizontal afin qu’il n’y ait pas d’offres concurrentes.

Reste toutefois une inconnue de taille pour finaliser les grilles : le budget, qui va être notifié par la loi de finances, et par là même, le montant des économies à prévoir. « On a déjà fait 50 M€ l’an dernier, 30M€ l’année précédente, et on imagine une somme importante pour l’année prochaine. On entend des bruits mais qui sont contradictoires, donc on attend », souligne Takis Candilis. En attendant, Takis Candilis a intégré des clauses de sortie au 31 décembre 2018 dans tous les contrats où cela était possible pour avoir les mains libres pour les grilles de janvier.

Autre inconnue qui va impacter les grilles de France TV : la date du passage de France 4 en numérique. Il semble en effet « impensable que l’offre pre-school de la chaîne ne reste pas en linéaire » et il faudra donc lui faire de la place sur les autres chaînes. Cette date va aussi dépendre de l’état des stocks et des droits « afin qu’il y ait le moins  d’impacts financiers ».

Une fiction à trois têtes

Après ce résumé des épisodes précédents, Takis Candilis a donné la parole  aux trois personnes à ses côtés : Anne Holmes, directrice de la fiction nationale,  Nathalie Biancolli, directrice des acquisitions et de la fiction internationale et Sened Dhab,  en charge de la fiction numérique.

Anne Holmes, qui aura trois adjoints (un pour France 2, un pour France 3 et un pour le day time) a indiqué vouloir accroitre la diversité de l’offre, en matière de genres comme de formats, avec des rendez-vous plus clairs. « On va renouer avec une petite politique d’unitaires et avec les grands feuilletons (d’été sur France 2, d’hiver sur France 3). On va repenser le mercredi avec des séries qui parlent plus de nous-mêmes, de la société, de la vie d’aujourd’hui, et l’ouvrir sur la comédie. » Cette volonté de comédie a été reprise par Takis Candilis, qui veut passer de « la noirceur » à « la lumière ». « La fiction de France 2 est souvent dramatique voire sinistre. On peut traiter un sujet sociétal important avec le sourire, voire avec le rire. »

Nathalie Biancolli aura une double casquette Acquisitions et Coproductions internationales, sachant que pour avoir les meilleurs projets, il faut désormais intervenir en amont, en préachat ou coproduction. Selon elle, « les auteurs français ont leur place à l’international » avec pour atout « le contenu et la matière du contenu ». Nathalie Biancolli a rappelé l’Alliance avec la ZDF et la RAI, annoncée   le 3 mai 2018 à Série Mania, pour développer des coproductions internationales, dans lesquelles « il y aura à chaque fois un auteur français », la langue pouvant être le français, la langue d’origine, ou l’anglais.

Pour Takis Candilis, « l’Alliance s’est imposée non pas pour concurrencer Netflix mais pour avoir une place reconnue et juste dans le paysage». Si la BBC, sollicitée, a décliné, d’autres groupes publics souhaitent rejoindre l’alliance : la RTVE en Espagne, la RTBF et la VRT en Belgique, la RTS en Suisse, et Nordvision qui regroupe les TV publiques du Nord de l’Europe (Danemark, Islande, Finlande, Norvège, Suède).

Les partenaires se rencontrent tous les deux mois pour décider quels projets co-développer, sachant que « le pays leader reste leader dans son développement ». Trois projets ont été signés et deux autres devraient l’être prochainement. Les projets sont longs à monter car chers : de 1,8 à 2,5 M€ l’heure. Les trois projets signés sont Mirage, un thriller à Dubai coproduit par la France, l’Allemagne et le Canada, Leonardo, grande fresque historique sur Leonard de Vinci, dont ce sera le 500e anniversaire de la mort en 2019, coproduit par la France, l’Italie et l’Allemagne, et Eternal City, un thriller qui se déroule à Cinecitta dans les années 60, coproduit par l’Italie et la France.

Ces séries seront diffusées dans la case du lundi de France 2, « qui aura une image à la fois patrimoniale française et coproductions internationales », y compris hors Alliance. « Dans le monde entier, les chaines sont confrontées à la puissance de Netflix, et c’est une opportunité de nous réunir », a souligné Takis Candilis.

Sened Dhab a quant à lui pour mission de proposer une offre numérique complémentaire de celle des antennes et de toucher tous les publics, et notamment ceux qui ne regardent pas ou plus la télévision linéaire. En matière de fiction, « France.tv ne se limitera pas aux seuls formats courts, qui est l’image générique qu’ont les gens des séries pour le web, et chaque histoire pourra se raconter dans  le temps et le format qu’elle nécessite ». Un appel d’offres pour une dizaine de séries sera lancé au prochain festival de la Rochelle. La diffusion de cette nouvelle offre se fera en priorité sur Slash, la chaîne des 18-30 ans et sur la plateforme France.tv. Takis Candilis a souligné à ce propos qu’une réflexion est menée pour  mieux identifier les différents lieux où on peut voir des programmes numériques (Nouvelles écritures, IRL, Studio 4). Quant à Salto, la plateforme de Svod, lancée avec  TF1 et M6, elle verra le jour après que le dossier ait été traité par le conseil de la concurrence, soit dans environ 12 à 18 mois.

Bilan de la charte et délais de réponse

Anne Holmes a échangé avec les auteurs sur le bilan de la charte relative au développement de la fiction, signée en septembre 2017. Les séances de pitchs (69 séances pour France 3 et 85 pour France 2) vont déboucher sur les premières continuités dialoguées en septembre prochain. Pour Anne Holmes, le bilan est très positif : « cela permet aux auteurs de ne pas entrer dans l’écriture quand ce n’est pas pour nous ou quand on a déjà le projet, cela permet à tous de gagner du temps. »

Pour les auteurs, le bilan est également positif, les pitchs permettant de rencontrer les conseillers de programme et de voir immédiatement s’ils ont une chance ou non. Anne Holmes a annoncé quelques changements : la fin du sablier pour France 2 (il n’y en avait pas à France 3), la suppression des horaires dédiés, et la communication aux auteurs du nom des conseillers de programmes qui assisteront aux pitchs sachant que ce sont les mêmes qui suivront les projets.

Une auteure a souligné que le temps de développement restait très long sur France TV avec beaucoup d’allers retours. Elle a témoigné d’une expérience « exaltante » avec la TNT où la rémunération moindre était compensée par un temps d’écriture limité avec seulement deux versions. Anne Holmes a répondu que l’objectif de la charte était justement de raccourcir les délais, avec la suppression du séquencier. « On n’y est pas mais on essaye, on est obligé de développer d’autres séries car vous partez aussi parfois sur d’autres projets et vous ne livrez pas. Vous subissez nos RTT mais on subit aussi vos aléas ». Ce à quoi Pascal Rogard a répondu que les aléas des auteurs étaient peut-être liés aux RTT de France TV…

Quelle rémunération pour les auteurs ?

La rémunération des auteurs a été un des fils rouges de la rencontre. Pascal Rogard a souligné qu’elle serait forcément impactée par la baisse globale du budget de France Télévisions, les sommes perçues par la SACD étant un pourcentage des recettes d’exploitation des chaînes de télévision. Sophie Deschamps, présidente de la SACD a interpellé Takis Candilis sur le prix du développement qui n’a pas augmenté depuis 20 ans et la paupérisation des auteurs. Si Takis Candilis a dit comprendre les préoccupations des auteurs, il a souligné que c’était difficile pour tout le monde, que les budgets avaient diminué de 30 à 40% en 15 ans, et qu’il fallait s’attendre à une baisse du point Cosip. « La paupérisation concerne aussi les éditeurs et les producteurs, et il faut se mettre ensemble pour sauver notre soldat Ryan qui est la création française. »

Pour Pascal Rogard, toutefois, « certains sont mieux placés que d’autres dans ce combat, et les auteurs restent le maillon faible de la création française sans véritable protection sur leurs contrats individuels ». Il a ajouté que Frédérique Bredin, présidente du CNC,  partageait ce point de vue et qu’elle avait sollicité la SACD pour faire une étude transversale sur les dépenses d’écriture cinéma et séries, et réfléchir à des incitations pour revaloriser les dépenses d’écriture et de développement. L’étude devrait être prête en novembre prochain.

Le sens, l’éthique et le contact humain

Corinne Klomp, administratrice de la SACD, a demandé à Takis Candilis ce qui permettra de distinguer une comédie unitaire de France TV d’une comédie de TF1. « C’est la mission qui fait toute la différence, et ce dans tous les genres. Dans les jeux, ce ne sont pas des jeux d’argent mais des quizz. En fiction, ce ne sera pas la rigolade pour la rigolade, c’est pour ça que je parle de comédie sociale. Derrière, il doit toujours y avoir du sens et de l’éthique et sur ces deux piliers, on doit pouvoir construire un rapport au public. »

Enfin pour conclure, Takis Candilis s’est adressé aux auteurs qui signent des contrats d’exclusivité avec Netflix : « Je pense que l’épisode Netflix va être compliqué car on ne parle pas la même langue. Ils parlent une langue qui est celle de l’efficacité, mais nous nous sommes des Latins, et nous avons besoin du contact humain, d’avoir un rythme et une respiration face à nous. Je pense que l’idylle qui existe aujourd’hui a une alternative, et cette alternative, c’est de conjuguer nos savoir faire nationaux et européens. »

Béatrice de Mondenard

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