• Diversité culturelle
14 novembre 2017

Hommage à Jack Ralite

Jacques Fansten, président de la SACD et Jacques Toubon, Défenseur des droits et ancien ministre de la Culture, saluent la mémoire de Jack Ralite, disparu le 12 novembre dernier.

Hommage de Jacques Fansten

Il y avait toujours un moment où, dans une réunion, dans un débat ou une rencontre, il demandait la parole, provoquant chaque fois un soupir d'aise. Tous, d'accord ou pas avec lui, aimaient ses interventions. Jack Ralite commençait souvent par l'une de ces citations percutantes, éclairantes, troublantes, dont il avait le secret et qu'il accumulait, comme un appel permanent à réfléchir.

Par exemple, celle-ci, de Malraux: il convient d'opposer aux puissants efforts des usines à rêves producteurs d'argent celui des usines à rêves producteurs d'esprit.

Comment dire ? Nous avions instantanément le sentiment qu'il élevait le débat.

Son lyrisme, parfois, nous faisait sourire mais nous savions qu'il nous était indispensable, comme sa passion, comme ses coups de gueule et sa voix tonitruante.

Même s'il n'en a jamais, malheureusement, exercé la fonction, nous sommes nombreux à penser qu'il aura été pendant un bon demi-siècle notre meilleur ministre de la Culture.

Il aura été de tous nos combats, parfois il en aura été l'inspirateur.

Mais toujours il ramenait son engagement pour la culture à ce qu'il considérait comme l'essentiel, protéger et construire "de l'humain". Il ne parlait que de fraternité, de civilisation ou d'avenir, que d'épanouissement ou d'éducation, en mettant au cœur de tout la liberté d'expression et la confiance absolue qu'il faisait aux artistes pour bousculer les choses.

Sa citation sans doute préférée, en tout cas l'une de celles qu'il utilisait le plus, était de René Char : l'inaccompli bourdonne d'essentiel.

On le voyait, jusqu'il y a peu, jusqu'à ce que les forces lui manquent trop, tous les soirs au spectacle. Lui, l'autodidacte, il disait tout avoir appris des auteurs et des artistes.

Débarquant à Paris dans les années 50, il avait créé à L'Humanité Dimanche une rubrique télé dont personne ne voulait. Il racontait que les couloirs des Buttes Chaumont ont été son école, auprès des Dumayet, Lorenzi, Decaux et tant d'autres qui ont été ses premiers passeurs vers d'autres, à commencer par Jean Vilar, dont il disait : Jean Vilar est mon père, il m'a pris et projeté, à Antoine Vitez, Aragon ou René Char.

Son compagnonnage avec les créateurs est unique, même, et peut-être surtout, quand ils ne partageaient pas, ou peu, ou plus, ses idées. Il citait Man Ray : la différence entre les hommes politiques et les artistes, c'est que les artistes n'ont pas besoin de majorité.

En 1965, il a fondé, avec Gabriel Garran, le premier théâtre de banlieue, le Théâtre de la Commune à Aubervilliers. Un modèle dans notre histoire de la démocratisation culturelle.

En 1987, il a lancé les Etats Généraux de la Culture, que nombre d'entre nous, en y participant, ont surnommé les Etats Généreux. On y a réfléchi, on y a débattu, ce qui s'y est échangé reste indispensable.

De son engagement communiste qu'il a conservé jusqu'au bout, quoi qu'il arrive disait-il, il gardait surtout le "commun", la culture comme outil essentiel pour être ensemble et pour construire du rêve comme de la lucidité.

Il nous manque déjà, bien sûr, avec sa clairvoyance et ses révoltes. Il aimait dire qu'il faut des rendez-vous de la colère. Il nous manquera longtemps.

Encore une citation qu'il utilisait souvent, elle est de Sénèque : ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas. C'est parce que nous n'osons pas que les choses sont difficiles.

Il nous faut oser en souvenir de Jack. Dorénavant, c'est à nous de lui être fidèle.

Jacques Fansten

Hommage de Jacques Toubon

Avec Jack Ralite, pourtant si différent de moi dans nos affirmations politiques, nous avons partagé pendant 40 ans la même urgente obligation de la culture et de toutes les cultures.

Combien de fois nous sommes nous retrouvés côte à côte, en convergence de pensée et de parole pour promouvoir l’exception culturelle, la propriété intellectuelle et artistique, la liberté des créateurs et des créatrices. La prochaine fois où je serais à La Commune ou à l’Odéon ou au Cinéma des Cinéastes, ce ne sera plus tout à fait pareil parce que Ralite n’y sera plus.

Jacques Toubon

Photo : Jack Ralite à la SACD en 2011 - © Pierre Leblanc

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