• Théâtre
8 décembre 2017

Agnès Jaoui : "Quand on en arrive aux dialogues, c'est les vacances"

La comédienne, réalisatrice, scénariste et dramaturge était l'invitée de Mots en scène à la SACD le 6 décembre. En compagnie d'Olivier Barrot, elle est revenue, une heure durant, sur son approche de l'écriture dramatique. A (re)voir en vidéo.

Ses deux pièces de théâtre, Cuisine et dépendances et Un Air de famille, Agnès Jaoui les a écrites il y a plus de vingt ans avec Jean-Pierre Bacri. Deux spectacles qui continuent de vivre sur les planches puisqu'au début de l'année, l'autrice les mettait en scène tous les deux au Théâtre de la Porte Saint-Martin, joués en alternance par une distribution unique : Laurent Capelluto, Léa Drucker, Grégory Gadebois, Jean-Baptiste Marcenac et Nina Meurisse, rejoints par Catherine Hiegel sur Un Air de famille. Une idée piochée au Brésil où elle avait vu les deux pièces montées ainsi, a-t-elle expliqué à Olivier Barrot qui la recevait le 6 décembre pour un nouveau numéro de Mots en scène, le rendez-vous de la SACD dédié à l'écriture dramatique. 

Débilitante célébrité

Quand tout commence en 1991 avec Cuisine et dépendances au Théâtre La Bruyère dans une mise en scène de Stéphan Meldegg, c'est bien sûr Bacri et elle qui occupaient la scène aux côtés de Sam Karmann, Zabou Breitman et Jean-Pierre Darroussin. "Pour l'écrire, nous sommes partis du thème de la célébrité, avec cette vedette attendue à dîner, puis avons imaginé des archétypes pour voir comment chacun se comporterait vis-à-vis de ce ce symbole de la réussite, cet intouchable : il y a ceux qui sont fascinés, Martine et Jacques, celui qui est le contraire de séduit, Georges, celui qui s'en fout un peu, Fred, et celle qui en est revenue, Charlotte." La célébrité est un sujet qui intéresse particulièrement l'autrice, à comemncer par les réactions qu'elle suscite chez les autres : "C'est dur d'être la soeur, la fille, la compagne... de quelqu'un de connu. Jean-Pierre Bacri était connu quand je l'ai rencontré. J'ai vu comment en sa présence, les gens pouvaient changer, adopter des comportements grossiers, y compris des personnes qu'on imaginerait au-dessus de ça. La célébrité rend les gens débiles." Pour écrire, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri se sont d'abord inspirés d'eux-mêmes : "On se moque des petits-bourgeois parce que c'est ce qu'on est, c'est ce qu'on connaît. Je ne connais pas de gangsters, par exemple... Et les positions de Jacques et de Georges sont inspirées de celles de Sam et de Jean-Pierre. Nous avons simplement forcé le trait."

Ecriture thérapeutique

Pour Un air de famille en 1994, les deux co-auteurs adoptent à peu près la même approche. "Quand nous avons le thème, nous cherchons ce que nous voulons en dire. Si nous n'avons pas de point de vue, nous laissons tomber. Puis nous construisons les personnages en discutant. Nous pataugeons beaucoup au départ. Nous sommes lents. C'est comme une sorte de savonnette qui glisse, glisse, puis qu'à un moment, on parvient à saisir." Cette fois le thème dont ils partent change un peu en cours de route : "Au départ, nous voulions parler  de la difficulté de changer le monde. Nous en sommes arrivés à la difficulté de se changer soi-même. La famille, cette "cellule familiale"' comme on l'appelle fort justement, peut parfois étouffer, enfermer dans des rôles. Et puis à un certain moment dans la vie, on se met à percevoir les choses différemment. Ce qui nous paraissait normal devient insupportable. C'est ce qui se produit au cours d'une thérapie réussie et représente d'ailleurs la meilleure école d'écriture : on finit par réenvisager les choses, les trajectoires, avec du recul." 

Chez ces deux dialoguistes hors pair, les dialogues justement arrivent en toute fin du processus d'écriture : "Nous ne commençons à travailler sur les dialogues que très tardivement, une fois que nous en sommes arrivés à un "traitement"' très précis avec ce qui doit être dit à chaque scène et éventuellement quelques répliques donnant le ton. Mais quand on en arrive aux dialogues proprement dits, en principe, c'est les vacances !"

Au cinéma, Agnès Jaoui avoue travailler avec Jean-Pierre Bacri de l'exacte même manière qu'au théâtre. Elle met en ce moment la dernière main au prochain film qu'ils ont écrit ensemble et qu'elle réalise, Place publique, qui sortira au printemps prochain : "C'est une fête, alors il y aura plein de copains." Ont été convoqués pour jouer à leurs côtés : Sam Karmann, Nina Meurisse ou encore Léa Drucker. Comme un air de famille, en effet.  

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