• Théâtre
9 mars 2018

Chantal Thomas, un certain faible pour les reines

L'autrice et historienne, qui met souvent en scène des têtes couronnées dans ses textes, était l'invitée d'Olivier Barrot le 14 février pour un numéro de Mots en scène consacré à son oeuvre théâtrale (et à voir ou revoir en vidéo).

Elle est l'une des plus grandes spécialistes du XVIIIe siècle en France, dixit le journaliste Olivier Barrot qui la recevait pour Mots en scène à la Maison des Auteurs de la SACD. Et c'est vrai que Chantal Thomas, historienne directrice de recherche au CNRS devenue autrice de fiction, a situé une grande partie de ses pièces, romans et scénarios de film à cette époque. Une passion que cette native d'Arcachon - où, dit-elle, les "châteaux ne sont que de sable" -, développe au cours de ses jeunes années en rejoignant Bordeaux. Dans la capitale girondine, elle se laisse séduire par le centre-ville aux façades harmonieuses bâti au XVIIIe siècle témoin d'un art de vivre qui lui correspond. Mais ce qui la passionne surtout dans cette époque, ce sont les histoires de monarques.  

Versailles "tragique et hilarant"

La Lectrice-adjointe, sa première pièce issue d'une commande de France Culture en 2001, met en scène Marie-Antoinette, une passionnée de livres qui recourait à des lectrices pour parcourir sa riche bibliothèque du Petit Trianon. "Le rapport de la reine à la lecture m'émeut", confie Chantal Thomas. "Elle a vraiment commencé à lire quand elle a été emprisonnée." La Reine avait aussi son propre théâtre dans lequel elle donnait des représentations : "Personne ne sait si elle était bonne actrice. Sans doute n'était-elle pas extraordinaire. Seuls l'ont vu ses très proches et ses domestiques, ceux qui représentaient tout et ceux qui ne représentaient rien..."  Dans La Lectrice-adjointe, jouée plusieurs fois à la Comédie-Française, Marie-Antoinette n'apparaît pas tout de suite, se fait attendre de sa lectrice. "Cette attente, c'est celle de tout le monde à la Cour, analyse Chantal Thomas. Il faut se figurer la vibration particulière de ces quelque 3000 personnes qui passaient leur temps à attendre. On a une fausse idée de Versailles. Or c'est tragique et hilarant : tous ces gens qui attendaient, quand enfin on daignait les recevoir, se précipitaient et glissaient sur le sol recouvert de marbre. Les chiens aussi. Tant est si bien qu'il a fallu le recouvrir de parquet."

Princesses et philosophes

Il y a aura ensuite quelques expériences scéniques en compagnie d'Alfredo Arias : L'Ile flottante ("une réflexion sur les mets de l'enfance" selon l'autrice, avec la complicité du chef Alain Passard qui proposait en fin de représentation une soupe de maïs pour les spectateurs) et Le Palais de la Reine, qui met en scène les répercussions sur une famille de la dégustation d'une galette des rois. C'est ainsi avec Chantal Thomas, même quand cela n'a rien à voir, dans ses textes, on en revient toujours par quelque moyen que ce soit aux têtes couronnées. Au cinéma, cela ne fait aucun doute. Après l'adaptation en 2012 de son roman Les Adieux à la Reine par Benoît Jacquot qui met en scène Marie-Antoinette, encore, elle vient au scénario naturellement et participe à porter à l'écran en 2017 un autre de ses romans, L'Echange des princesses, sur les doubles noces organisées entre couronnes française et espagnole en 1721, qu'elle co-écrit avec le réalisateur Marc Dugain. De l'adaptation, elle dit que c'est un processus fascinant : en naît une oeuvre à la fois identique au matériau original et à la fois si différente qu'elle en devient une oeuvre en soi. L'écriture d'un scénario sans passer par la case roman est en revanche un travail très différent de l'écriture romanesque, estime-t-elle, alors qu'elle vient d'écrire justement un scénario original sur Casanova. Elle a travaillé avec Jérôme Beaujour, auprès duquel elle dit beaucoup apprendre. "Certaines images remplacent les belles phrases. J'aime les belles phrases et j'avais du mal au début à trouver le bon niveau allusif." 

Dernièrement, elle a écrit pour le théâtre une nouvelle pièce inédite intitulée Cartesius qui se passe encore à la Cour. Mais celle de Suède, cette fois, et au XVIIe siècle, puisque l'autrice s'intéresse ici aux dernières années de la vie de René Decartes, qu'il passa à Stockholm auprès de la Reine Christine. Celle-ci demanda au philosophe de lui servir de professeur et ce lui fut fatal. "Descartes pouvait résister à tout mais pas aux demandes d'une reine. Il tomba dans le piège d'aimer les reines. Il avait pour elles, le même faible que moi", s'amuse Chantal Thomas. Chaque scène de la pièce  représente une leçon. Chantal Thomas a coécrit Cartesius avec son frère Thierry. Une expérience qui l'a manifestement ravie : "Nous avons un lien fusionnel. Nous avons écrit joyeusement et rapidement, dans la continuité d'un esprit de jeu." Cartesius devrait être jouée en 2019 ou 2020. 

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