Disparition

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Tags : Chorégraphie , Disparition , Hommage

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Triste danse : Odile Duboc nous a quittés

Les chorégraphes lui rendent hommage

En novembre 2007, la SACD lui avait consacré un Auteur Studio avec France Culture.
Vous pouvez la revoir et l’écouter parler de son travail, de la danse, de sa passion

Nous avons appris avec tristesse le départ d’ Odile Duboc
Nous avions eu le plaisir de mieux la connaître et de travailler avec elle dans le cadre du Vif du Sujet présenté à Montpellier Danse et Paris Quartier d’été. Elle avait, du fait de sa curiosité et générosité, accepté de travailler avec un jeune danseur algérien que Karine Saporta lui avait présenté : Ahmed Khemis.
Cette rencontre s’était transformée en réelle amitié, estime réciproque et soutiens constants d’Odile Duboc pour permettre ensuite à Amhed de vivre et de travailler en France.

"Aucune création ne me semble avoir été faite sans référence consciente ou inconsciente à la précédente, ou sans référence à un travail bien antérieur."

Odile Duboc n'est pas de ces artistes dont l'oeuvre se découpe en cycles ou en périodes. Dans son parcours, nulle rupture véritable, nul revirement, nul renoncement, mais la force d'une continuité. Son trajet créateur suit le lent cheminement d'une recherche qui s'affine au fil des ans. Elle creuse son sillon, dégage les strates successives d'un style qui lui est propre et déploie la singularité d'une esthétique sensible et néanmoins affirmée. Les oeuvres qui jalonnent son parcours laissent l'impression d'une avancée sûre et tranquille où s'affirme un certain nombre de préoccupations, lisibles dans leurs titres : ils évoquent le temps, la durée, des trajectoires, des matières et des sensations - le sable, le vent, l'eau -, des paysages urbains, des jardins, une Maison d'Espagne, ou bien la légèreté, mais aussi l'urgence, l'insoumission ...

Ces thèmes, ces matières, ces impressions s'entrecroisent ; leur présence est parfois discrète, mais peut soudain resurgir plus nettement. Car les oeuvres sont la partie visible d'une recherche qui jamais ne s'interrompt ; elles mettent en évidence la permanence d'une quête qui prend aussi place hors du plateau, dans le travail quotidien avec les danseurs, professionnels ou amateurs...

Julie Perrin, Odile Duboc, Françoise Michel : 25 ans de création, Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort, parution 2007.

La réaction de Régine Chopinot, administratrice à la SACD

Odile!
L’émotion est là! Odile s’est échappée!
L’oiseau frondeur, le feu follet, le vent léger, l’onde... c’est au travers de ces images-matières que je me souviens de toi, Odile, à l’instant. Voix,  présence, yeux et boucles.
Combien de  studios et plateaux as-tu traversé, t’ont-ils vu à l’œuvre? Combien de danseurs as-tu nourri, découvert, fait danser? Combien de solo, duo, trio, quatuor, pièces de groupe, as-tu écrit?
Et la couleur de ta voix qui s’inscrit directement dans l’imaginaire...
1ère rencontre à Aix. Il y a 30 ans. Je vois ton travail d’alors. Je me souviens, tu disais déjà vouloir “monter” à Paris, pour y faire moins de pédagogie et privilégier la chorégraphie. Depuis tu n’as eu de cesse de faire ces allers-retours entre  transmission et  création, tant et si bien, que très vite et jusqu’à aujourd’hui, l’une et l’autre n’ont formé plus qu’un seul monde.  La force de ta présence et ta signature artistique, c’est le besoin que tu as toujours eu de faire avancer l’une et l’autre ensemble, de faire dialoguer la danseuse, la pédagogue, la chorégraphe simultanément.
Menue et dense, feu follet fort, légère et tonique.
Je sais qu’en ce moment, avec tous les autres, nous sommes si nombreux, nous venons te saluer clairement et délicatement. Odile, tu me manques, tu nous manques déjà trop.
Pensées à toi, Odile, l’onde dansée!

Régine Chopinot – 23 avril 2010

 

Daniel Larrieu, ancien administrateur danse a voulu également témoigner son soutien et son amitié à ceux qu’elle a laissé :

une brume éclairée latéralement
indirectement sur un plateau
théâtre ?
une silhouette entre
contre jour
ses bras se soulèvent
imperceptiblement
puis un pas
retenu
se développerai
dans des vitesses  étranges et inconnues
du réel
une grammaire
organise notre regard
phrasé pudique
dont la mèche de cheveux cacherai le front
suspend suivi par la lumière
espace qui se développerait
dimensions connues
mais mystérieux
opérations qui passent par la matière de la danse
d’Odile Duboc.
 
vols d’oiseaux
aux distances impeccables
figures arrêtées d’un quotidien que l’on ne perçoit plus
idée du temps
singulier
puissance et ancrage
force
relâchement
ailleurs indicible.
opérations qui passent par la matière de la danse
d’Odile Duboc.

celle qui nous a permis de voir
par sa démarche personnelle,
terriblement humaine
respectueuse des autres
du langage des autres
de la joie du mouvement
du plaisir du danser ensemble
sa bienveillance
qui a depuis le début des années 80 si intimement lié l’acte de création de pédagogie
a disparue emportée par l’autre monde inconnu de nous tous
sa lumière mettra du temps a disparaître

silence

Une profonde et affectueuse pensée pour Françoise Michel qui a tout au long de la carrière d’Odile Duboc accompagné le travail de la danse par une écriture de la lumière et pour l’incroyable multiple génération d’interprètes qui ont travaillé avec elle et tous les ‘amateurs’ qui ont pratiqué le mouvement grâce et avec elle.

Daniel Larrieu