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Tags : France Télévisions , Rencontre

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Thierry Langlois : « Améliorer les rapports avec la création »

Le directeur d’antenne et des programmes de France 3 était l’invité de la SACD le 19 janvier dernier.

Il a affiché sa volonté de renouer des liens avec les auteurs, nombreux dans la salle à s’inquiéter d’un gel des commandes de fiction sur le service public.

« Compte tenu des lourdes obligations de production que nous respectons, il n’est pas normal que France Télévisions entretienne des relations aussi tendues avec les auteurs »,  constate Thierry Langlois. Le directeur d’antenne et des programmes de France 3 était l’invité de la SACD le 19 janvier dernier pour présenter ses objectifs et sa ligne éditoriale. Accompagné d’Anne Holmes et Pierre Merle, directrice et directeur adjoint de la fiction de la chaîne ainsi que de Daniel Goudineau, directeur de France 3 cinéma, il a répondu aux questions d’un public d’auteurs inquiet face au faible nombre de conventions d’écriture passées dernièrement par la chaîne.

Réaffirmer la dimension régionale

« France 3 est dans une situation un peu compliquée », a indiqué Thierry Langlois arrivé en septembre dernier à la direction d’antenne de France 3 après un passage au CNC. La part d’audience globale de la chaîne se situe aujourd’hui «  en dessous des 10 % ». L’objectif affiché est de retrouver le rang de 3e chaîne française. « Nous nous situons actuellement entre la 3e et la 4e place, nous ne devons pas descendre. »  Outre une réorganisation interne, le directeur d’antenne compte pour atteindre ces objectifs qu’il qualifie d’ « ambitieux », sur une réaffirmation de la dimension régionale de la chaîne, tant dans ses programmes régionaux que nationaux.  « Les études d’image montrent que France 3 a perdu du terrain sur le front de la proximité, là où France 5 et M6 sont plus en pointe. Il faut que nous soyons plus proches des préoccupations du public. Notamment en matière de fiction. »

Tendance passée à surcommander

« Les auteurs ont l’impression que France Télévisions passe peu de commandes de fiction, que vous leur offrez peu de travail depuis un an au moins », a rebondi Pascal Rogard, directeur général de la SACD. « Les engagements sont tenus et même au-delà », a assuré Thierry Langlois. Le problème résiderait selon lui dans les engagements pris précédemment. « Ce n’est pas que nous ne passons pas de commandes, c’est plutôt que nous ne passons pas de nouvelles commandes. » Les plans de charge de 2012 et 2013 à France 3 seraient déjà bouclés ou presque, la faute à une tendance à surcommander lors des exercices précédents. Thierry Langlois avoue « ne pas être complètement libre » : « Nous avons commandé trop vite à certains moments. Donc aujourd’hui, nous gérons. France 2 a le même problème. » « Si nous signons un projet aujourd’hui, normalement il entre en production en 2014 », a précisé Anne Holmes.

Dans la salle, Sophie Deschamps, présidente de la SACD, a jugé ces déclarations « catastrophiques ». « Si un auteur a une excellente idée, elle sera produite en 2014 et diffusée en 2017. Notre profession est précaire, nous ne sommes payés que lorsque nous travaillons. Or vous nous empêchez de travailler. » Thierry Langlois a tenu à préciser que France 3 tiendrait son engagement de produire 62 films par an : « Pour 2012, nous les avons. Pour 2013, il nous reste encore quelques projets à choisir. »

Dans leur présentation de la ligne éditoriale fiction de la chaîne, Anne Holmes et son adjoint, Pierre Merle, ont évoqué comme principal chantier le renouvellement des séries de la chaîne « dans une perspective lointaine ». « Nos 4 séries fonctionnent bien, nous n’avons aucune raison de les arrêter », a-t-elle expliqué. Pour Pierre Merle, il convient en revanche de préparer leur succession dès à présent : « L’écriture de séries complexes prend du temps. Nous avons un horizon de production à 3 ans. » La direction de la fiction de France 3 consulte en priorité les producteurs. « Cette conversation permet aux producteurs d’orienter leurs productions, d’opérer un premier choix informel pour éliminer les choses dont on sait qu’elles seraient éliminées de toute façon », a argumenté Pierre Merle.

Rôle prépondérant des producteurs

L’importance accordée aux producteurs dans ce processus a suscité de vives réactions dans la salle. Pascal Rogard qui animait la rencontre s’en est fait l’écho sur scène : « Les producteurs font un peu trop écran. Ils répètent ce que vous dites avec de grosses distorsions. Rémy Pflimlin lors d’une visite à la SACD a pris des engagements pour que vous nous parliez aussi. » Pour Sophie Deschamps, telles consultations prêteraient même à des abus de la part de producteurs s’appropriant les idées d’auteurs ayant souvent « travaillé dessus sans option pendant un ou deux mois ».  Ce qu’a résumé Pascal Rogard avec l’approbation du public d’un : « vous êtes en train d’inventer malgré vous, avec ce système de pitch informel, un détournement du système d’option rémunérée. »

«  Nous, auteurs, sommes aussi force de proposition », a insisté la scénariste Christine Miller, administratrice Télévision de la SACD. « Si nous avions connaissance de vos attentes, nous pourrions faire de meilleures propositions aux producteurs,  mieux nous emparer de vos désirs.  » Thierry Langlois s’est montré très attentif à ces remarques : « Nous sommes ravis de votre invitation ce soir et sommes favorables à reproduire ce genre de manifestation pour améliorer nos relations avec la création. »

« Concurrence déloyale » de la TNT

Interrogé sur les perspectives offertes par l’élection présidentielle de mars prochain, Thierry Langlois a écarté toute idée de rallonge budgétaire. Selon lui, la solution ne réside pas dans une augmentation des budgets mais au contraire dans une maîtrise budgétaire. « Les coûts de fabrication doivent baisser. » Il a pointé un problème au moins aussi préoccupant selon lui pour le service public : «  les chaînes de la TNT et leur concurrence déloyale ». « Les chaînes historiques se font, si vous me passez l’expression, « manger la laine sur le dos ». Thierry Langlois a évoqué les 20 % de part d’audience réalisés jusque récemment le samedi soir par France 3. Aujourd’hui, les résultats se situent plutôt autour de 13,5 % pour cette soirée-là,  les programmes de la chaîne se retrouvant parfois en concurrence avec des fictions « produites par le service public pour 1,4 million d’euros et rachetées par une chaîne de la TNT pour 15 000 euros ». Une seule solution pour Thierry Langlois : « Il faut que les chaînes de la TNT contribuent. Il y aura un vrai regain de créativité, comme cela s’est passé aux Etats-Unis, quand ces chaînes arrêteront de remplir leurs obligations dans du documentaire « qualifié création ». Ces programmes ne leur apportent aucune image de marque. C’est la fiction qui la leur apportera.  Je suis optimiste sur ce point. »

France 3 cinéma, priorité à « l’originalité »

La rencontre a été conclue par Daniel Goudineau, directeur de France 3 cinéma, qui a exposé une ligne éditoriale plutôt axée sur le drame, résumée par la formule « destins d’hommes et de femmes ». Deux critères guident son choix, pour sélectionner les quelque 26 ou 27 films produits chaque année par la chaîne : «  le scénario d’abord », et « la confiance que j’ai dans le couple producteur-réalisateur ». Et, a-t-il noté en référence aux beaux succès récents en salles de The Artist ou de Des Hommes et des Dieux : « nous sommes plutôt à la recherche de choses très originales ». « C’est ce qui marche le mieux. C’est la prise de risque qui fonctionne. »

Retrouvez  la  rencontre  en  photos

Crédits SACD