Festival  d'Avignon  2014

Tapis rouge

une commande à Nadia Beugré et Seb Martel

Chorégraphie et interprétation : Nadia Beugré
Musique et interprétation : Seb Martel
Conseiller artistique et dramaturgie : Boris Hennion
Régisseur technique : Anthony Merlaud

Reportage  Photos

Reportage photos

Crédits LN Photographers

«Le tapis rouge auquel je pense est celui que foulent non seulement les acteurs du star système mais aussi celui que parcourent régulièrement les invités officiels et chefs d’Etat se rendant dans les différents pays d’Afrique pour y négocier de profitables contrats d’exploitation des sous-sols terrestres et marins du continent. Se prolonge ainsi une vieille coutume remontant en Occident à l’époque où seuls les personnages d’importance évoluaient sur des étoffes pourpres lors des cérémonies de la Cité. Le tapis rouge s’est imposé ainsi, du clergé antique à la star actuelle, comme cette piste sacrée isolant le puissant du sol comme pour le maintenir vierge de tout contact avec ce bas monde et ses vicissitudes. La marche aérienne du « visiteur » ne doit alors en rien sa nature à son pas, au déroulé de son mouvement mais à cette seule peau sacrée et rituelle tendue au service de sa progression.

Cependant, avant même que d’être rouge, il s’agit d’un tapis qui isole, opacifie ce qu’il recouvre. Sous le tapis, il y a, concernant l’Afrique, à explorer une humanité exploitée et précarisée qui constituera, avec la bénédiction des gouvernements locaux, la main d’oeuvre peu ou pas qualifiée. Celle-ci assurera les tâches dangereuses et ingrates nécessaires au fonctionnement de l’extraction des richesses du pays. Sous ce tapis, on trouve donc des corps mis à mal par des conditions de travail inhumaines : défricher les sols, les rendre accueillants aux nouvelles infrastructures, souvent dans la proximité d’éléments très nocifs en toute ignorance. Ces corps sont pliés, cassés, souvent contraints au régime de la réduction en étant confinés dans des espaces étroits et malaisés. On dénonce depuis longtemps les torts causés à la main d’oeuvre d’Afrique en stigmatisant ceux qui, profitant de son hospitalité, conspirent à l’impossibilité de toute autre hospitalité future. Derrida évoquait une hospitalité inconditionnelle qui revenait à laisser entrer dans sa maison un hôte qui en prend possession, expropriant ainsi peu à peu celui qui l’avait accueilli. D’où l’idée qu’une hospitalité devrait exiger des règles comme des devoirs et toujours être limitée. Il y a donc un corps artificiellement sacré sur le tapis rouge et un autre violenté dessous. Le parcours fouillera progressivement au plus profond des archives de la violence souterraine pour dérouler un tapis rouge alors à ceux du dessous, mais aussi à ceux qui seront là et feront surgir au moment du spectacle de nouvelles déconstructions des complicités qui conspirent à nos aliénations. »

Nadia Beugré

Extrait vidéo :