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Spectacle vivant et collectivités territoriales, des liens étroits

Le 20 janvier dernier, la SACD organisait un débat sur le thème "Collectivités locales et spectacle vivant : je t'aime moi non plus ?" dans le cadre des BIS de Nantes.

Il y a bien longtemps que la politique du spectacle vivant ne repose plus uniquement sur le budget de l’Etat et du Ministère de la Culture. Avec deux tiers du financement du spectacle vivant qui proviennent des  communes, des métropoles, des départements ou des régions, les collectivités locales sont des acteurs et des partenaires essentiels de la vie des créateurs, des artistes, des compagnies et des théâtres.

Au-delà de ce constat, Pascal Rogard a rappelé pour lancer les débats que le contexte budgétaire des collectivités était très compliqué : nouvelles missions à prendre en charge, dotations en baisse, emprunts toxiques...

Représentant du réseau des théâtres de ville et des scènes conventionnées, Michel Lefeivre, président du SNSP, qui venait d'accueillir le 200e adhérent de son organisation, a partagé ces réflexions liminaires. Le financement de ces théâtres et lieux culturels, reposant essentiellement ou exclusivement sur les collectivités locales, va être soumis à des aléas forts : de nouvelles structures territoriales, comme les métropoles, vont se mettre en place ; les réformes territoriales votées par le Parlement vont entrer en vigueur ; de nouveaux élus arrivent et vont prendre de nouvelles responsabilités ; quelques exemples d'interventionnisme dans la programmation peuvent inquiéter... Pour autant, Michel Lefeivre a souhaité rester positif, même si, depuis 10 ans, une baisse de 10 à 15% des budgets des établissements doit être observée. Il a notamment rappelé que le SNSP avait obtenu dans les réformes votées, que la culture reste une compétence partagée entre collectivités, afin de conforter le système de financements croisés. Le SNSP a travaillé également avec la fédération nationale des collectivités pour la culture a l'élaboration d'une charte prochainement dévoilée permettant de bien définir le rôle des élus.

De gauche à droite : Corinne Poulain, Louise Doutreligne, Pascal Rogard, Régine Hatchondo, David Martineau, Michel Lefeivre

Dans une enquête effectuée auprès de leurs membres, l'inquiétude porte prioritairement sur les perspectives budgétaires. Le risque d'interventionnisme d'un élu qui sortirait de son rôle arrive en 4eme position. Il n'empêche que pour Michel Lefeivre, il est important de prévenir ces risques.

Bâtir une muraille de Chine entre les élus à la culture et la programmation des lieux ? Pour David Martineau, maire-adjoint en charge de la culture à la ville de Nantes, "il faut savoir où se situe la muraille et où se trouvent les portes !" Selon lui, le programme artistique doit être libre, pour peu qu'il serve un projet de territoire. Autrement dit, chacun doit être acteur du projet de territoire. C'est dans cet esprit que la ville de Nantes a voulu placer la culture au coeur de son ADN et développer sa politique. L'idée, c'est autant de se projeter dans l'espace public et d'y être très présent que de proposer un projet culturel singulier qui tienne compte des caractéristiques particulières des territoires pour être en résonance avec ses habitants. L'exemple typique, c'est la Folle Journée qui permet à 154 000 personnes de venir écouter de la musique classique durant une semaine sans rien céder sur l'exigence artistique. "C'est parce que c'est populaire que l'événement peut rayonner." Certes, la ville de Nantes a moins de marge de manœuvre financière que par le passé mais elle reste persuadée de la nécessité de poursuivre sa volonté politique de mener un projet culturel fort sur son territoire.

A Rennes, comme à Nantes aussi d'ailleurs, une nouvelle structure s'est mise en place : la métropole. Pour Corinne Poulain, directrice de la culture de la Métropole de Rennes, la solidité politique des actions culturelles repose toutefois encore principalement sur la ville. Si les métropoles doivent encore monter en puissance, leur existence est une nouveauté : pour la première fois, la loi a pris acte du fait urbain, qui peut dépasser les limites institutionnelles des villes. En France, comme dans le monde, les richesses se concentrent dans les métropoles. Cela impose à chacun d'aller au-delà des limites de son propre périmètre institutionnel.

Concernant le respect de la liberté de création, Corinne Poulain a rappelé que même intégrée dans la loi, la liberté de création ne crée pas un droit opposable à l'égard d'un élu qui voudrait diminuer les subventions ou réorienter la politique culturelle. Selon elle, la protection essentielle de la liberté de programmation doit se faire dans le dialogue et non à travers une muraille.

Appel solennel à la réponse obligatoire

Pour sa part, Louise Doutreligne, première vice-présidente de la SACD, a voulu porter une parole de créateur autour de trois principaux messages :
1- face aux menaces budgétaires, c'est le cas par exemple dans le Val de Marne mais aussi dans d'autres territoires, on entend de plus en plus que la priorité doit être de soutenir les lieux. Mais, quid de l'avenir des compagnies ? Car, pour elle, "on veut sauvegarder les lieux mais qu'est-ce qu'on va y mettre dedans et y jouer ?"
2- il faut un plan national, un plan Marshall pour l'éducation artistique car il n'y a pas de meilleur moyen pour lutter contre l'échec scolaire
3- il y a aujourd'hui une arme de destruction massive contre les auteurs et artistes : la non-réponse. Il devient très difficile d'obtenir pour une compagnie, pour un auteur d'obtenir de la part des Drac ou des lieux, des réponses à des sollicitations ou à des dépôts de dossier. Louise Doutreligne en a profité pour lancer un appel solennel à la réponse obligatoire !

Pour clôturer ces débats, la parole à été donnée à Régine Hatchondo, nouvelle directrice générale de la création artistique au ministère de la Culture et de la Communication. Elle a saisi l'occasion pour rappeler, comme d'autres intervenants, qu'avec le gouvernement de Manuel Valls, la baisse du budget de la culture et du spectacle vivant de l'Etat avait été enrayée, permettant d'opérer en partie un rattrapage. Ancienne conseillère culture du Premier Ministre, elle a aussi tenu à souligner les engagements qui avaient été pris en faveur de l'intermittence.

Pour 2016, elle a esquissé ses priorités : retravailler sur la question des territoires éloignés des lieux de culture, lutter contre les iniquités territoriales, réussir la réforme territoriale ; mieux connaître les publics de la culture mais aussi les publics qui en sont éloignés.

Pour ce faire, une méthode : s'appuyer sur le tissu associatif et construire les évolutions avec les élus locaux et les parlementaires. A cet égard, elle a rappelé que l'Etat devait pouvoir apporter son expertise dans le cadre d'un dialogue confiant avec les collectivités.

L'outil que sont les pactes culturels, qui permettent de garantir les engagements de l'Etat et ceux des collectivités territoriales, sera à nouveau mobilisé. D'ores et déjà, 65 pactes ont été signés, évitant des risques de désinvestissement dans la culture.