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Rodolphe Belmer : Canal+ fait "des programmes français de classe mondiale"

Invité de la SACD le 19 octobre dernier, Rodolphe Belmer, le directeur général de Canal+, a exposé la stratégie éditoriale du groupe qu’il dirige.

Dix-huit mois après avoir inauguré les Rendez-vous Professionnels de la SACD, le 10 mars 2010, Rodolphe Belmer a fait de nouveau salle comble, le 19 octobre 2011. Répondant aux questions de Pascal Rogard, il a expliqué que le rachat de Direct 8 et Direct Star, le lancement prochain de Canalplay Infinity, service de SVOD (VOD par abonnement) et enfin la série internationale Borgia relèvent d’une seule et même stratégie.
Il s’agit de résister aux nouveaux acteurs tels Apple, Google et Netflix, qui investissent désormais dans les programmes et pourront bientôt opérer directement via Internet. (lire aussi, à ce sujet, l’intervention de Laurent Sorbier de MySkreen, invité de la SACD en mai dernier).
Les programmes américains étant le terrain de jeu de ces acteurs globaux,  Canal+ a déjà entrepris de recentrer sa ligne éditoriale dans l’hexagone : du sport, du cinéma français et de la création originale. Toutefois, en matière de création originale (fiction française), pour faire la différence dans un marché de la demande, Canal se doit de « faire des programmes de classe mondiale », c’est-à-dire des programmes dont la « production value » est celle des standards internationaux. Or aujourd’hui, le coût d’une heure de fiction de prime time est de 3 M$ aux Etats-Unis contre 676 000€ en France, Canal + se situant au dessus de cette moyenne, avec 1M€.

Conforter son modèle sur les CSP+

Pour augmenter le financement de ses fictions, Canal+ poursuit parallèlement deux pistes: la coproduction de séries internationales en anglais (telles Borgia, financé à hauteur de 10M$ par Canal+ sur un budget global de 30M$), et le développement de nouvelles fenêtres d’exploitation pour la création originale française.
L’arrivée du groupe dans la TV gratuite et la SVàD (Vidéo à la demande par abonnement) répond à cette deuxième option. Il est ici question de « développer tous les segments de la chronologie des médias » pour additionner les apports de financement. Canal+ pourrait ainsi  investir 1,5 à 1,6 M€ pour une heure de fiction en prime time, soit 50% de plus qu’aujourd’hui.

Rodolphe Belmer assure qu’il s’agit de conforter le modèle de Canal+ et non de déstabiliser les chaînes gratuites. Le directeur général de Canal+ a même expliqué qu’en s’adressant à une autre cible que toutes les autres chaînes (les CSP+ au lieu de la ménagère), l’entrée de Canal+ dans la TV gratuite pourrait contribuer à enrayer la pression déflationniste de la publicité, à l’œuvre depuis le lancement de la TNT.

Développement versus Production value

L’annonce d’un financement à terme de 1,5M€ l’heure de fiction, suscite nombre de questions et de commentaires. Pour beaucoup d’auteurs, il faut surtout dépenser plus pour le développement. Sans nier l’importance de l’écriture, Rodolphe Belmer a souligné que l’audiovisuel et le cinéma sont des industries d’argent : « Vous avez beau avoir la meilleure histoire du monde, si vous n’avez pas assez de jours de répétition et de tournage pour les acteurs, ils joueront comme des ânes. Même chose pour les effets spéciaux, les extérieurs, tout ça coûte de l’argent. »  
Quant à importer les méthodes américaines, comme les pools d’auteurs, Rodolphe Belmer a expliqué que c’est très difficile à mettre en place parce que « les Français sont très individualistes ».

Pensent-ils suffisamment au reste du monde dans leur manière de raconter des histoires ? Vinay Singh pense que non. Bertrand Tavernier affirme au contraire que la force des Américains est d’imposer leur vision, sans se soucier du reste du monde. Et cette vision est, selon lui, souvent celle d’un seul auteur. Au cinéma comme dans les grandes séries telles Justified et Mad Men.

Beaucoup de doigts sont encore levés quand Pascal Rogard signifie la fin des débats. Rendez-vous est donc pris, début 2012, dans la Maison des auteurs rénovée, pour évoquer plus en détail la ligne éditoriale de Canal+.

B de M

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Crédits SACD