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Tags : Fiction , Production audiovisuelle , Rencontre

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Rencontre avec Rodolphe Belmer, directeur général de Canal Plus

Pour cette nouvelle série de rencontres, animées par Pascal Rogard à la Maison des Auteurs, Rodolphe Belmer a évoqué, devant un public d'auteurs, les nouveaux engagements de la chaîne en faveur du cinéma et ses ambitions pour la fiction française.

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Crédits SACD

A l’occasion de la rencontre organisée avec Rodolphe Belmer, directeur général du groupe Canal + le 10 mars 2010, celui-ci a livré son diagnostic sur l’état actuel du paysage audiovisuel, sur les crises qui le traversent et sur les orientations stratégiques qui peuvent être prises par les diffuseurs, et en particulier par Canal +, pour assurer leur développement et conforter leur participation à la création.

C’est donc, selon Rodolphe Belmer, à une triple crise à laquelle on assisterait :

  •  une crise économique et publicitaire : avec la crise, les marchés publicitaires se sont effondrés avec une baisse moyenne de 13% sur les chaînes historiques et une forte diminution de prix. Dans un avenir proche, quelque soit la demande, il paraît probable que les prix stagneront et ne remonteront pas aux niveaux atteints ces dernières années.
  • une crise technologique : l’arrivée de la TNT et l’émergence de nouveaux supports de diffusion ont fragilisé les acteurs historiques en fragmentant les audiences et en dispersant davantage les ressources publicitaires.
  • une crise de la création : face à la crise économique, les networks américains ont revu à la baisse leurs ambitions dans la création, allant vers des programmes plus standardisés et moins risqués en termes d’audience et supprimant parfois des cases de fiction pour y installer des programmes moins performants en audience mais plus rentables du fait de leur faible coût.

Ces mutations et ces défis appellent des réponses divergentes qui peuvent être déclinées en trois catégories :

  • une stratégie de programme à bas coûts : Sans abandonner la fiction, certains diffuseurs ont d’ores et déjà fait le choix de baisser le budget horaire de leurs fictions. Canal + n’a pas souhaité s’inscrire dans cette direction
  • une spécialisation de la ligne éditoriale pour atteindre certaines cibles publicitaires spécifiques : Canal + a concentré sa stratégie publicitaire sur le public CSP + (foyers gagnant plus de 2000€ par mois) qui constitue une part importante de son audience, ce qui lui a d’ailleurs permis d’engranger, avec 200 millions d’€, des recettes publicitaires en hausse de 5%.
  • une stratégie d’investissement fort sur des programmes de haute-qualité : c’est aussi l’option choisie par Canal + en particulier avec le lancement il y a quelques années de sa ligne de création originale constituée de fictions exclusives porteuses de l’identité et des valeurs de la chaîne. L’exclusivité de la fiction lancée par Canal est d’ailleurs perçue comme une valeur ajoutée dans un monde où la multiplication des supports renchérit la valeur des programmes exclusifs.

A la différence des films de cinéma qui peuvent être vus avant la diffusion sur Canal + dans les salles de cinéma, en vidéo, en vidéo à la demande, sur des fichiers pirate, la fiction financée par Canal + reste un programme 100% exclusif. L’autre caractéristique des fictions Canal + est sans doute aussi sa capacité à être exportées et à attirer des investisseurs internationaux.

Canal + a également renégocié ses obligations d’investissement dans la création cinématographique avec les professionnels du cinéma. Deux grandes évolutions peuvent être mises en avant : un accroissement des investissements de Canal + dans la production française portés à 10% du chiffre d’affaires (9% auparavant) ; un recentrage de son aide à l’exploitation et à la distribution vers les entreprises indépendantes via le lancement d’une fondation d’entreprise qui sera dotée d’environ 7 millions d’€ par an.

Globalement, en 2009, la crise n’a pas épargné la production cinématographique qui a vu nombre de ses partenaires réduire fortement leurs investissements ou les concentrer sur quelques projets. C’est le cas notamment de la vidéo et des chaînes en clair qui ont subi de plein fouet la crise publicitaire. La conséquence en a été pour Canal+ de devoir reporter sur 2010 environ 10 millions d’€ qui devaient être investis dans des films qui n’ont pas pu se faire du fait de la défaillance de certains partenaires.

Pour affronter la crise, Rodolphe Belmer a dessiné une stratégie qui fait de l’investissement dans la fiction et le cinéma une ambition et une exigence pour son groupe.

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