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Rencontre avec Georges-François Hirsch, directeur général de la DGCA

Georges-François Hirsch a répondu aux questions de Pascal Rogard sur les missions de la DGCA (ex DMDTS) et les orientations de la politique du spectacle vivant

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Reportage photos

Crédits Julien Attard / SACD

Premier invité de Pascal Rogard dans le domaine du spectacle vivant, Georges-François Hirsch a expliqué que le Ministère de la Culture et de la Communication  avait vu son organisation profondément remaniée puisque celle-ci est passée de neuf à trois directions :

  • la Direction des Médias et des Industries Culturelles dirigée par Laurence Franceschini qui compte 120 à 130 personnes
  • la Direction des Patrimoines dirigée par Philippe Belaval dont l’effectif est de 300 personnes
  • la Direction Générale de la Création Artistique, qu’il dirige et qui compte 220 personnes.

A consulter : Organigramme de la DGCA
La DGCA est née de la fusion entre la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles (DMTS) et la Délégation aux arts plastiques (DAP) et regroupe le théâtre, la musique, la danse, les spectacles et les arts. Pour Georges-François Hirsch, son action
consiste en deux choses :

  • gérer le quotidien, c’est-à-dire les budgets votés par le parlement et procéder aux nominations dans les différentes institutions sous sa tutelle : l’Opéra, la Comédie française, les centres dramatiques nationaux, les centres chorégraphiques nationaux, les scènes nationales, les orchestres nationaux, les centres d’art, les Frac…
  • réfléchir à ce qu’est la politique culturelle du Ministère de la culture, ce qui est « passionnant mais difficile, en période de crise ». Georges-François Hirsch a rappelé que le budget de l’Etat était extrêmement contraint, tout comme celui des collectivités territoriales avec qui l’Etat travaille beaucoup. Les institutions en régions sont en effet financées à 30% par l’Etat via les Drac et à 70% par les collectivités territoriales.
    En 2011, le budget de la culture est stabilisé. « Mais entre l’inflation et l’augmentation mécanique du coût d’une institution, un budget stabilisé signifie moins d’argent », souligne Georges-François Hirsch.

 

Les Entretiens de Valois
Face à ces difficultés, la DGCA a pris l’initiative, voici deux ans et demie, des Entretiens de Valois, soit un dialogue entre l’Etat, les collectivités et les professionnels sur les problématiques à la fois artistiques, techniques et budgétaires du spectacle vivant.
Le dialogue a duré 18 mois, à raison de deux réunions par mois. Selon Georges-François Hirsch, « il y a un avant et un après-Les Entretiens de Valois ». Il y a un an, la DGCA a fait une synthèse qui sert de base de réflexion commune et qui a permis au Ministère de déterminer trois grands axes de réflexion : dégager des marges de manœuvre, rassembler les établissements et améliorer l’emploi.

1/ Dégager de nouvelles marges de manœuvre
La DGCA a d’ores et déjà engagé trois chantiers :

  • Augmenter de manière volontariste la diffusion par la coproduction
    La  France produit beaucoup mais diffuse peu : chaque production n’est jouée en moyenne que 4 ou 5 fois, et les productions françaises circulent peu à l’étranger.  La DGCA préconise donc de systématiser les coproductions, y compris avec l’Europe et l’international, pour abaisser les coûts par établissement et ainsi mieux amortir les productions. Il s’agit pour Georges-François Hirsch d’éviter un système où deux maisons d’opéra montent Carmen, le même week end, chacune coûtant 300 000€ et étant jouée trois fois, mais de mettre ensemble 3 ou 4 maisons et de jouer 20 fois.
  • Mettre de l’ordre dans les règles du jeu
    La DGCA a aussi décidé de mettre de l’ordre dans les règles du jeu en matière d’organisation des labels nationaux, d’organisation des établissements publics, et aussi des nominations. « Aujourd’hui, la nomination de la moindre personnalité qualifiée dans un Conseil d’administration occasionne de multiples pressions politiques, et professionnelles », souligne Georges-François Hirsch. Ces règles du jeu ont pour la première fois été énoncées et écrites, et ont fait l’objet d’une circulaire ministérielle adressée au préfet et aux Drac. La DGCA finalise également un certain nombre d’indicateurs de performance, notamment sur la fréquentation des lieux et le niveau des recettes.
  • Trouver d’autres ressources
    Georges-François Hirsch a lancé une mission afin d’examiner les possibilités de ressources extra-budgétaires pérennes. Les conclusions seront connues début mars. Il a rappelé que le budget du Ministère de la culture stagne depuis 3 ans, alors qu’il progressait auparavant de 2,5% par an pendant 15 ans.

2/ Rapprocher les établissements en France et à l’étranger
Pour ce faire, la DGCA va désormais engager une deuxième série de mesures :

  • Améliorer la cartographie du territoire national
    Certaines scènes nationales sont très proches les uns des autres comme Monbéliard et Belfort (12 kms), tandis que  certains endroits sont un désert total, comme la Corse, où « il n’y a pas un équipement culturel digne de ce nom ».
  • Engager un tour de France des collectivités afin de définir comment Etat et collectivités veulent travailler ensemble et essayer de contractualiser une politique pour les 3 ou 4 années à venir.
  • Créer des bureaux spécialisés à l’étranger tenus par des professionnels et non des diplomates. Ces bureaux serviront de têtes de pont pour mettre en place des réseaux avec des partenaires étrangers et d’interface technique pour monter des projets éligibles au Fonds européen, ce que la France réussit mal aujourd’hui contrairement aux autres pays européens.
  • Créer des pôles de création et de diffusion européens pour permettre à des institutions de créer des projets ensemble parce qu’aujourd’hui il faut créer des projets visibles, et pour cela il faut plus de moyens financiers.

3/ Améliorer l’emploi
Enfin, Georges-François Hirsch a évoqué l’emploi, regrettant qu’une compagnie soit obligée de créer une association pour solliciter des fonds publics. Il a dit vouloir créer des petites entreprises,  dont le statut est encore à définir, et qui auraient au moins un salarié permanent. Parallèlement, la DGCA veut faire en sorte que toutes les institutions subventionnées par l’Etat et les collectivités puissent accueillir et « tutorer » les jeunes artistes et les jeunes créations.

 

Questions avec la salle

Sur d’éventuelles obligations en faveur de la création contemporaine francophone
Pascal Rogard demande si la DGCA avait la volonté de faire en sorte que les auteurs contemporains francophones soient plus et mieux joués ? 
Georges-François Hirsch répond que parallèlement aux obligations de fréquentation, la DGCA avait fixé des missions en matière de création francophone, de création contemporaine et de répertoires.

Sur les indicateurs de performance
Georges Werler, vice-président de la SACD, se dit inquiet par la mise en place d’indicateurs de performance : «Est-ce que vous ne craignez pas que cela incite les créateurs à se tourner vers un répertoire moins dangereux, qui pourrait flirter avec un certain degré de démagogie pour être dans les bons élèves de l’Etat ? A chaque fois qu’on joue un nouvel auteur, on rame et la fréquentation baisse. »
« On n’a pas attendu d’avoir des recettes plancher pour avoir des programmations démagogiques », répond Georges-François Hirsch. Selon lui, les directeurs d’établissements doivent équilibrer leur programmation pour satisfaire les indicateurs de recettes –qui ne dépassent pas 23%- et les exigences de programmation.  Et d’ajouter : « Quand on a de l’argent public, on a des devoirs, j’ai dirigé des établissements publics, et je ne trouve pas ça scandaleux».

Sur les aides à la création dramatique
Une personne dans la salle regrette que les conditions de la commission d’aide à la création dramatique se soient durcies: il faut désormais pour y prétendre avoir déjà été joué.
Georges-François Hirsch répond qu’il y a plusieurs types d’aide, dont certaines ne nécessitent pas d’avoir été joué, mais que l’ensemble du système doit être revu. « Il y a tellement de dispositifs empilés que personne ne s’y retrouve. »

Sur les comités d’experts
Georges-François Hirsch  dit vouloir revisiter les comités d’experts en favorisant la mobilité comme pour les conseillers Drac, qui sont parfois là depuis 25 ans et ont forcément leurs amis. Il dit vouloir aussi y faire rentrer des jeunes, parce que « les gens de ma génération forment un petit clan qui se repassent le sel et poivre ». Les conditions de renouvellement de ces comités feront l’objet d’une circulaire préparée avec les collectivités et les professionnels.

Sur la place des femmes et les suites données au rapports Reine Prat
Une femme demande ce qu’il a prévu de faire en faveur des femmes, suite aux rapports Reine Prat, qui montrent que les femmes ont beaucoup moins accès aux moyens de production, de diffusion, et aux postes importants.
Georges-François Hirsch répond qu’il essaye dans la mesure du possible de nommer des femmes à la tête des institutions, indiquant qu’un lieu avait été créé voici 3 ans pour Dominique Hervieux, le Théâtre national de Chaillot et qu’une femme serait nommée au CDN de Marseille.
La personne dans la salle ajoute : «  ça va être long de passer de 92% à 50% si l’Etat n’a pas de vraie politique ». Elle poursuit en disant que 83% des spectacles à l’affiche sont mis en scène par des hommes. Le débat fait intervenir d’autres femmes, qui souhaitent qu’au-delà des nominations, qui sont « en bout de chaîne », le Ministère de la culture s’engage dans une démarche volontariste pour un accès à la parité, pour l’accès aux moyens de production, aux lieux de diffusion, aux jury et aux comités d’experts.

Sur les indicateurs de la RGPP
Georges-François Hirsch dit ne pas être partisan de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) mais l’appliquer, à sa manière, c’est-à-dire de manière souple. « Ce n’est pas parce qu’on va rapprocher trois établissements en un seul label qu’on va supprimer des programmations ou comprimer les effectifs. Mais pour les indicateurs RGPP, ça fait bien ».

Sur les petites compagnies
Une personne dans la salle dit qu’une petite compagnie ne pourra recruter un salarié permanent.
Goerges-François Hirsch dit en être conscient, mais souhaite trouver des modes de financement pour que les jeunes compagnies sans structure administrative travaillent dans de bonnes conditions. « Cela signifie qu’il faut d’une part trouver un type d’entreprise qui ne soit pas une obligation trop lourde pour les compagnies, et que les organismes subventionnés accueillent de façon plus systématique les jeunes talents et les encadrent de façon artistique, administrative, technique et financière. »

Sur le problème des licences
Alors que les licences sont combattues par la Directive Services de l’Union européenne, la France a trouvé une solution qui a l’avantage de conserver le système actuel, mais l’inconvénient de désavantager les entrepreneurs français. En effet, les licences sont maintenues pour les entrepreneurs français alors que les entrepreneurs européens n’ont plus besoin de licences, mais seulement d’une déclaration préalable. Il faut donc que la déclaration préalable contienne certaines obligations.

Béatrice de Mondenard