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Rencontre avec Frédéric Martel

Chercheur, écrivain et journaliste, Frédéric Martel est l'auteur du livre "Mainstream" qui a analysé les fondements de cette culture « qui plaît à tout le monde »

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Crédits SACD

La SACD recevait le 3 juin dernier, Frédéric Martel, auteur du livre Mainstream qui a analysé les fondements de cette culture « qui plaît à tout le monde » et enquêté sur sa diffusion à travers le monde dans plus de 30 pays avec cette question essentielle : pourquoi assiste t-on au triomphe d’un modèle de l’entertainment et comment est-il à la fois absorbé ou rejeté, parfois transformé à travers le monde ?

« On m’a reproché, avance l’auteur en préambule, d’aimer et de défendre cette culture Mainstream, ce qui n’est pas exact. Mais quand je vois la différence entre le très beau Palmarès du Festival de Cannes, très international, très artistique et les résultats du Box office, très américain et très « blockbuster », je pense qu’il est vraiment intéressant d’analyser et de comprendre ce modèle culturel parce que c’est celui qui plaît à tous »
 
Pascal Rogard a souhaité débattre avec Frédéric Martel principalement de l’audiovisuel et surtout du cinéma, au cœur de cette nouvelle guerre du contenu et de sa diffusion.
« Je me suis intéressé aux 20 dernières années durant lesquelles Hollywood et l’industrie du cinéma ont vraiment changé », précise l’auteur. Selon lui, la grande force de la culture américaine et de son cinéma en particulier,  est de ne pas vraiment opposer les films dits « indépendants » et les blockbusters. « Les grands studios sont maintenant des coquilles vides qui ne sont plus que des banques ; ce sont les maisons de productions indépendantes, souvent crées par des comédiens, qui montent les projets. Elles sont liées à un Studio par un contrat de préférence, mais elles peuvent toujours proposer leur projet à un autre studio si le premier ne les suit pas ».
Ce qui fait que les indépendants sont maintenant au cœur de l’industrie du cinéma. « On pense que les indépendants sont contre le système, alors qu’aujourd’hui, ils SONT le système ».
Et c’est là selon Frédéric Martel, la grande force de la culture américaine : il y a la culture mainstream qui plaît au plus grand nombre, mais force est de constater aussi l’existence de grands artistes dans toutes les disciplines artistiques (danse, cinéma, nouveaux médias, art plastiques, littérature…) reconnue par une frange plus élitiste et plus pointue.
C’est principalement pour cette raison que les pays émergents, comme le Brésil et surtout la Chine, n’ont pas encore réussi malgré leurs forces engagées dans l’éclosion d’une culture mainstream qu’ils pourraient exporter. Parce qu’ils ont pour l’instant fait l’impasse sur les indépendants, parce qu’ils ne peuvent pas investir toutes les niches de la culture.

Pourtant, pour l’avenir, si la question se pose de la diffusion mondiale du modèle social et moral proposé par cette culture de masse qui s’étend, Frédéric Martel n’est pas catastrophé. Certes, les contenus ont changé, mais le cinéma de pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Inde propose souvent le même modèle moral que les films américains. L’extrême diffusion de ce modèle de culture de masse n’est pas la mort des cultures nationales : on le voit en France, l’édition reste nationale, comme la télévision, la musique et aussi un certain cinéma. Cette culture existe toujours et doit être défendue. Néanmoins, les jeunes sont beaucoup plus attirés par cette culture qui plaît à tous et souvent ils ne peuvent pas citer d’autres noms ou titres d’œuvres que ceux qui en font partie.

Pour conclure, Fédéric Martel a tenu à rappeler que dans l’industrie créative, le mot important était CREATIVE même chez les américains et qu’il avait voulu aussi, avec cette enquête décentrer le regard des Français, souvent très investis sur ces questions de culture et de rayonnement. « il faut assumer que la France est un petit pays – avec une culture très présente et une langue qu’il faut bien entendu continuer à défendre – mais le rayonnement culturel ne peut être que celui d’un petit pays. ».