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Tags : Cinéma , FNCF , Ministère de la Culture

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Réaction des cinéastes aux exigences des exploitants

Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication

Paris, le 16 novembre 2009

Monsieur le Ministre,

Cinéastes, nous sommes profondément et évidemment attachés à la vie des films en salle et à cette première rencontre essentielle entre nos œuvres et le public.

Nous nous réjouissons de la confiance et de l’attachement des spectateurs attestés par les chiffres publiés par le CNC, de la fréquentation pour la période allant du 1er janvier au 30 septembre 2009 : 144,2 millions d’entrées ont été réalisées au cours des neuf premiers mois de l’année, soit +3,4% par rapport à la même période en 2008. En année glissante (d’octobre 2008 à septembre 2009), la hausse atteint même +7,2%. En ces temps de crise, beaucoup d’entreprises aimeraient connaître une telle évolution positive de leurs activités.

Dans ces conditions, nous ne pouvons donc qu’être profondément choqués par un lobbying agressif et visant uniformément toutes les exploitations cinématographiques en masquant leurs profondes différences de situation et leur diversité. Les méthodes employées par la Fédération Nationale des Cinémas Français qui n’a pas hésité, pour l’occasion, à faire appel à l’un des principaux – et sans nul doute, très onéreux – cabinets de relations publiques de la place de Paris, sont tout autant regrettables.

La façon dont la Fédération Nationale des Cinémas Français entend défendre les salles, nous semble dangereuse, car elle tord la vérité dans toutes ses nuances et risque de déstabiliser l’équilibre de la filière que le monde entier nous envie.

En cherchant à faire croire à une crise générale de l’exploitation française et en se protégeant derrière un discours alarmiste plein d'amalgames, la Fédération Nationale des Cinémas Français, masque des situations contrastées et une réalité économique plus complexe.

En effet, on ne peut pas parler sérieusement de la situation de l'exploitation sans parler « des exploitations » et de la diversité des situations existantes : d'une part de grands exploitants qui représentent des entreprises souvent intégrées et opératrices de multiplexes dont la croissance du nombre d’entrées ne s’est jamais démentie ; et cette embellie sert aussi tous les types de cinéma, nous en sommes conscients. D'autre part, des salles petites et moyennes, souvent situées dans des bassins d’emploi frappés de plein fouet par la crise économique et qui sont d'abord victimes de la concurrence virulente des multiplexes.

Certaines situations sont réellement inquiétantes, et nous en sommes les premiers à nous en préoccuper : la petite exploitation a connu une chute de près de 11% de ses entrées, la moyenne exploitation de 4%, ce qui laisse d'ailleurs deviner la très belle santé des grands exploitants.

C’est la raison pour laquelle, nous reconnaissons que des solutions doivent être trouvées pour répondre aux problèmes de la petite et moyenne exploitation. Des mesures ciblées et spécifiques, auxquelles nous vous savons attentifs, doivent être effectivement prises pour répondre aux difficultés que connaissent ceux qui sont réellement et parfois dramatiquement touchés par la crise. Mais, en aucun cas, la prise de mesures générales et aveugles, n’est concevable ni acceptable.

Nous continuons à penser que la meilleure voie possible serait d’analyser, tous ensemble, l’état réel de cette économie, de détailler précisément le chiffre d’affaire global de l’exploitation française et, à l’issue de cet examen, de tirer ensemble toutes les conséquences nécessaires pour la bonne santé du cinéma français. Ainsi il nous semble pertinent de connaître l’ensemble des recettes générées par la projection des bandes annonces ainsi que celles issues de l’affichage, outils essentiels de promotion des films et de la salle, mais désormais payantes. Ces recettes, comme celles issues de la projection des films publicitaires et de la confiserie qui ne cessent d’envahir les halls et les salles de cinéma et qui ne participent pas à la recette des films, ne contribuent d’ailleurs pas au financement de la création et à l’abondement du compte de soutien du CNC.

Tout au long de l’histoire du cinéma français, nous avons gagné le combat de la création et contribué à l’existence d’un lien fort avec le public tout en restant solidaires avec l’ensemble des acteurs de la filière.

Aujourd’hui, le choix de la fédération de proposer la réduction du taux de location des films, c'est-à-dire une diminution de la rémunération des ayants droit pour leur investissement, apparaît anachronique et ne fait que créer un fossé entre les créateurs et la salle.

En premier lieu, cette diminution fragiliserait la production et la distribution indépendantes qui subissent elles-mêmes une forte contraction de moyens. Et ce sont ces productions et distributions indépendantes qui font essentiellement vivre les petits et moyens exploitants et contribue à la richesse et à la diversité du cinéma français.

La Fédération Nationale des Cinémas Français n’est pas sans savoir qu’il existe des pistes plus pertinentes. Elle aurait pu proposer d’organiser une réflexion sur la redistribution, pourtant indispensable de la grande exploitation vers les plus fragiles, redistribution qui serait aussi bénéfique aux films. Elle aurait pu envisager une répartition plus juste et équitable des primes importantes versées par Canal+ et bientôt Orange à l’exploitation. De telles démarches auraient naturellement obtenu toute notre adhésion.

La démagogie de l'offensive actuelle est d'autant plus regrettable que justement se met en place un grand plan de numérisation des salles – indispensable aujourd’hui pour une plus large diffusion des oeuvres – dont le financement sera assuré par un fonds de mutualisation alimenté essentiellement par les ayants droit !

Cinéastes, nous affirmons que la défense des salles de cinéma n'a de sens que si elle est d'abord la défense de la vie des films en salle, solidaire de la production des oeuvres.

Dans des périodes de crise, la tentation est parfois grande du repli sur ses propres intérêts. Cette vision étriquée à court terme se révèle toujours catastrophique.

Monsieur le Ministre, vous connaissez par expérience et par passion personnelle le lien entre tous les maillons du cinéma, aussi divers soient-ils dans leur pratique, de créer, produire, distribuer ou montrer des films, nous sommes persuadés que vous refuserez ces demandes injustes, destructrices et inefficaces.

Nous sommes tous prêts, comme par le passé, lorsqu’une inquiétude touchait l’un de nos partenaires, à en parler, cartes sur table, et à trouver ensemble des solutions afin que la filière garde son équilibre, sa vivacité et sa solidarité.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre haute considération.

Les premiers signataires :

[mise à jour du 30/11/09 - 10h30]

Samantha Adams,
Gilles Adrien,
Jacques Akchoti,
Chantal Akerman,
Roger Andrieux,
Marc Angelo,
Corinne Atlas,
Pascal Aubier,
Gabriel Auer,
Lionel Bailliu,
Patricia Bardon,
Richard Bean,
Jean-Patrick Benes,
Djamel Bensalah,
Luc Béraud,
Emmanuelle Bercot,
Charles Belmont,
Didier Bivel,
Isabelle Blanchard,
Bertrand Blier,
Dany Boon,
Alain Bonnot,
Thierry Boscheron,
Jean Bouchaud,
Jean-Louis Bouchaud,
Jacques Bral,
Patrick Braoudé,
Pascale Breton,
Robin Campillo,
Christian Carion,
Hennig Carlsen,
Marc Caro,
Jean-Michel Carré,
Jean-Claude Carrière,
Marc Cholodenko,
Elie Chouraqui,
Philippe Claudel,
Alain Corneau,
Jérôme Cornuau,
Brigitte Coscas,
Costa-Gavras,
Olivier Coussemacq,
Dominique Crevecoeur,
Vincent David,
Robin Davis,
Liliane de Kermadec,
Artus de Penguern,
Agnès de Sacy,
Jean-Paul Dekiss,
Dante Desarthe,
Antoine Desrosières,
Michel Deville,
Patrick Dewolf,
Etienne Dhaene,
Jérôme Diamant-Berger,
Olivier Doran,
Evelyne Dress,
Martine Dugowson,
François Dupont-Midy,
Jean-Marie Duprez,
Daniel Duval,
Jacques Fansten,
Tewfik Fares,
Joël Farges,
Dominique Farrugia,
Etienne Faure,
Francis Fehr,
Anita Fernandez,
Michel Ferry,
Anne Flandrin,
René Gainville,
Zoé Galeron,
Nicolas Gessner,
Khaled Ghorbal,
Christian Gion,
Jacques-Rémy Girerd,
Sébastien Grall,
Robert Guédiguian,
Alain Guesnier,
Jean-François Halin,
Michel Hazanavicius,
Laurent Herbier,
Bruno Herbulot,
Laurent Heynemann,
Jean-Loup Horwitz,
Philippe Isard,
Nicolas Jacquet,
Alexandre Jardin,
Jean-Claude Jean,
Alain Jessua,
Irène Jouannet,
Bernard Jourdain,
Stéphanie Kalfon,
Stéphane Kazandjian,
Jan Kounen,
Dani Kouyate,
Antoine Lacomblez,
Pascal Lainé,
Louise Lambrichs,
Armand Lameloise,
Philippe Lasry,
Serge Le Péron,
Alexandra Leclere,
Jean-Louis Leconte,
Luc Lefebvre,
Benjamin Legrand,
Claude Lelouch,
Jocelyne Lemaire Darnaud,
Michel Lengliney,
Blandine Lenoir,
Anaïs Leroux,
Jean-Paul Lilienfeld,
Philippe Lioret,
Olivier Lorelle,
Marceline Loridan-Ivens,
Gilles Maillard,
Erick Malabry,
Christophe Malavoy,
Alain Maline,
Franck Mancuso,
Marie Mandy,
René Manzor,
François Margolin,
Allan Mauduit,
Mathias Mérigny,
Sylvie Meyer,
Serge Meynard,
Radu Mihaileanu,
Jean-Louis Milesi,
Emmanuelle Millet,
Manuela Morgaine,
Ricardo Munoz,
Philippe Muyl,
Chris Nahon,
Bernard Nauer,
Charles Nemes,
Tom Novembre,
Michel Ocelot,
David Oelhoffen,
Rithy Panh,
Denis Parent,
Michel Patient,
Christian Paureilhe,
Olivier Peyon,
Jean-Marie Poiré,
Robert Pouret,
Karel Prokop,
Martin Provost,
Alain Raoust,
Hervé Renoh,
Jacques Richard,
Jacques Rivette,
Eric Rognard,
Bruno Romy,
Bernard Rosselli,
Brigitte Rouan,
Laurence Roulet,
Mahamat Saleh Haroun,
Jean-Paul Salomé,
Nathalie Saugeon,
Jean-Pierre Saune,
Coline Serreau,
Charlotte Silvera,
Vijay Singh,
Abderrahmane Sissako,
Saïd Smihi,
Roch Stephanik,
Jean-François Stévenin,
Bernard Stora,
Carine Tardieu,
Bertrand Tavernier,
Cécile Télerman,
Muriel Teodori,
Colin Thibert,
Danièle Thomson,
Martin Valente,
Christian Vandelet,
Bertrand van Effenterre,
Paul Vecchiali,
Jacques Vigoureux,
Michel Vocoret,
Ariel Zeitoun,
Christian Zerbib.

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