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Tags : France culture , Radio , Radio France

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Olivier Poivre d’Arvor : « l’investissement culturel est extrêmement rentable à court terme »

Olivier Poivre d’Arvor était l’invité de Pascal Rogard, mercredi 10 avril, pour parler de France Culture, et notamment de la fiction radiophonique, et répondre aux questions des auteurs.

La première rencontre dédiée aux auteurs radio s’est glissée entre deux fortes actualités : la signature, le mois dernier, d’un accord entre Radio France et les sociétés d’auteur (dont la SACD) qui intègre l’ensemble des modes de diffusion, et le lancement, le 16 juillet prochain, d’un nouveau portail pour mettre à disposition du public le catalogue de la fiction radiophonique de Radio France.
Le directeur de France Culture a d’ailleurs chaleureusement remercié Pascal Rogard et la SACD, pour leur persévérance à  faire aboutir ce projet.

Avant d’évoquer la station qu’il dirige depuis deux ans, Olivier Poivre d’Arvor a souligné la bonne santé du média radio dans un paysage plutôt déprimé avec une presse quotidienne en crise, une télévision désacralisée, et un Internet qui cherche son modèle économique. « La radio, étrangement, va bien et s’adapte de manière très surprenante aux mutations et notamment au virage numérique. »

France Culture : une audience en forte progression

France Culture fêtera bientôt ses 50 ans. Et cette maturité lui va bien. La radio a franchi, il y a quelques mois, le cap symbolique de 2% d’audience cumulée (soit 1,4 million d’auditeurs par jour) et a gagné 25% d’auditeurs en 18 mois. Point notable, qui réjouit Olivier Poivre d’Arvor : la radio attire aussi « les CSP - - », les artisans et les ouvriers.

France Culture est aussi la deuxième radio la plus podcastée derrière Europe 1, « ce qui signifie bien que les auditeurs ne sont pas des vieux retraités loins de leur époque ». L’émission la plus téléchargée est Les chemins de la connaissance, émission quotidienne d’1 heure, animée par une jeune philosophe de 30 ans, Adèle Van Reeth, qui réunit ainsi près d’un million de personnes entre l’antenne et le podcast. Ce qu’Olivier Poivre d’Arvor trouve « assez rassurant sur l’état de la société ».

Le directeur de France Culture s’est attaché dans cette présentation à mettre en lumière « un modèle unique au monde », « une radio différente, fabriquée par un ensemble assez magique de journalistes, producteurs, intellectuels, où cohabitent des univers et des formations très différentes », une radio où « la durée a de la valeur », avec des gens qui sont là depuis 40 ans comme Jacques Le Goff (Les Lundis de l’histoire) et des jeunes qui arrivent.

Sept heures de production hebdomadaires de fiction

La question de la création radiophonique, spécificité de France Culture, intéressait particulièrement les auteurs présents. France Culture produit chaque semaine environ 10 heures de documentaire et 7 heures de fiction. Seuls France Inter et Arte Radio sont également sur ce créneau.

À France Culture, la fiction radiophonique est une très ancienne tradition, et a toujours été ardemment défendue. La station est, selon OPDA, le plus gros employeur de spectacle vivant en France avec 7 à 8 000 cachets par an.

Blandine Masson, qui dirige la fiction, coordonne cinq cases : Le Feuilleton pour les grandes adaptations (du lundi au vendredi de 20h30 à 21h), Micro Fiction, un feuilleton de 8’ sur des réalités contemporaines (du lundi au vendredi à 11h50), l’Atelier Fiction pour les écritures d’aujourd’hui (mercredi de 23h à minuit), Drôles de drames, dans un registre plus divertissant (samedi de 21 à 22h) et Théâtre et Cie (le dimanche de 21h à 23h).

Bonne nouvelle pour les auteurs radio : la fiction marche très bien, notamment le feuilleton quotidien de 20h30 en semaine, qui réunit 300 à 400 000 auditeurs par jour, avec des œuvres grand public (Les Misérables, Millenium).

France Culture reçoit beaucoup de textes, et la sélection est assurée par un comité de lecture, qui en retient quelques dizaines par an. La radio n’a pas assez la possibilité de passer commande à des auteurs, et est dans une « attitude assez passive », selon la formule de son directeur. Celui-ci a aussi souligné « une contrainte, une forme de rigidité » concernant la réalisation, qui doit être forcément effectuée en interne par les réalisateurs maison. Ceux-ci bénéficient d’un statut spécifique, et ont la possibilité de refuser une fiction. « Il ne m’appartient pas de juger. C’est la règle, mais c’est un mécanisme relativement lourd. »

Répondant à une question d’Yves Nilly, administrateur délégué à la Radio de la SACD, sur une éventuelle possibilité d’ouvrir la fiction, en externalisant la production ou en nouant des partenariats, Olivier Poivre d’Arvor a répondu que cela ne se justifiait pas pour les 7 heures d’antenne actuelles. « Nous avons des procédures, des studios, des moyens techniques, tous les corps de métier. Si nous trouvons des moyens supplémentaires pour passer commande à des auteurs et les mettre sur le Net, il faudra sans doute penser à externaliser, mais ça me vaudra quelques débats…», a-t-il ironisé. Des réflexions sont en cours, avec la SACD, pour trouver des financements supplémentaires, sachant que France Culture entend maintenir le principe de gratuité des podcasts.

Perspectives budgétaires et politiques

Répondant à la question de Pascal Rogard, sur d’éventuelles restrictions budgétaires, Olivier Poivre d’Arvor a précisé qu’il n’y avait pas de baisse sur le budget de la fiction. Quant au budget global de Radio France, un effort de 5% a été demandé – « ce n’est pas négligeable, mais cela n’a rien de comparable avec France Télévisions ».

Olivier Poivre d’Arvor, qui avait, comme l’a rappelé Pascal Rogard, soutenu Martine Aubry, a profité de cette question pour « enlever sa casquette de directeur de France Culture » et parler politique.  « Je ne comprends pas pourquoi des gens de gauche souhaitent baisser le budget de la culture. Sans faire d’idéologie, l’investissement culturel est extrêmement rentable à court terme. Le Louvre est moins dépendant de la manne publique depuis les Grands travaux, et les investissements dans le cinéma ont montré leur efficacité. C’est vrai que les temps sont rudes, mais on parle de l’épaisseur du trait. En 1983, aussi, les temps étaient rudes. Il y a eu des restrictions considérables sauf sur le budget de la culture, grâce sans doute à la ténacité de Jack Lang qui a convaincu François Mitterrand de ne pas baisser la garde. Question de tempérament et de conviction…  Je crois vraiment qu’il faut de l’argent public pour la culture, c’est notre modèle, et cela produit des emplois, du lien social. »

Musique et humour pour la rentrée 2013/2014

« L’humour et la fantaisie à France Culture, ça vous fait peur ? » a demandé un rien perfide un auteur dans la salle. « Non », a répondu Olivier Poivre d’Arvor qui a dit avoir justement deux axes pour la grille de rentrée : la musique et l’humour. La musique, parce que la radio s’appelle France Culture et que même si la musique s’épanouit sur d’autres antennes de Radio France, la station ne peut pas se passer de musique. L’humour parce que France Culture est souvent perçue comme austère et intimide les jeunes générations. « J’apprécie Philippe Meyer et Jean-Louis Ezine, qui sont spirituels, mais j’ai envie de rire vraiment, physiquement. C’est difficile car les auditeurs ne s’y attendent pas, et pour que ce soit bien repéré, il faut que ce soit dans la Matinale ».

Cette réponse n’a pas complètement satisfait l’auteur qui avait posé la question : « L'humour est toujours subordonné à l’actualité. Personne ne pense à produire un humour de création, un humour poétique. »

Retour de la fiction jeunesse en 2014

Plusieurs auteurs dans la salle ont regretté la disparition de la fiction jeunesse, l’époque hélas révolue des feuilletons comme Les histoires du pince-oreille, que les enseignants faisaient écouter à leurs élèves, et qui continuent de faire les beaux jours des médiathèques. Olivier Poivre d’Arvor a souligné que les émissions jeunesse avaient disparu bien avant son arrivée pour la simple et bonne raison que les enfants n’écoutent pas la radio. « C’est une réalité statistique, et je n’ai pas envie que France Culture devienne une petite radio. »
A force d’insistance de la salle, il s’est toutefois laissé convaincre pour produire de la fiction pour le Net.  « C’est une très belle idée, et je n’y avais pas pensé avant de venir ici. Pascal Rogard peut faire un tweet : nous relancerons la production radiophonique pour la jeunesse en 2014. »

Yves Nilly a ajouté que c’était aussi l’un des axes de travail de la Direction des nouveaux médias de Radio France. « Les programmes jeunesse sont particulièrement adaptés à une écoute sur smartphone ou tablette, en train ou en voiture. »

Langue(s) et francophonie

Un auteur, également comédien, a déploré « la destruction du français » dans les médias, non pas à cause des emprunts à l’anglais, « qui enrichissent le dictionnaire des rimes », mais « musicalement », avec des jeunes qui parlent très vite, et des auteurs qui écrivent des textes sans penser à la façon dont il sera prononcé.

Un autre auteur s’est étonné que France Culture ne défende pas mieux la musique et la chanson française. Olivier Poivre d’Arvor a dit recevoir 15 lettres par jour à ce sujet, mais pense qu’il faut être « curieux de la diversité et de la diversité musicale ». Pour l’auteur, toutefois, il n’y a pas de diversité, puisqu’on entend majoritairement de l’anglais et un peu de français. 

Le directeur de France Culture s’est défendu en affirmant sa passion pour la francophonie, dont le bassin de population est en plein essor, grâce au Maghreb et à l’Afrique subsaharienne : 550 millions en 2050 contre 100 millions aujourd’hui ; auxquels s’ajoutent les 100 millions au Nord (France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Canada). Il a d’ailleurs annoncé le lancement de France Culture Monde, qui sera une radio contributive pour les francophones du monde entier, y compris pour la fiction.

Synthèse : Béatrice de Mondenard

Reportage  Photos

Crédits SACD