Je voudrais lier l'extraordinaire éclectisme de son œuvre, le passage brillant et sans complexe du film noir (France société anonyme, Police python, La menace, Série Noire, Le choix des armes) à l'œuvre épique (Fort Saganne), la capacité d'exposer, après un poème de méditation et de quête d'identité (Nocturne indien) une chronique savante et subtile sur la musique baroque. (Tous les matins du monde). Dix sept films, dix sept aventures artistiques différentes.
Je voudrais donc lier cet assortiment dans son œuvre avec une curiosité au monde, une attention aux problèmes de nos métiers, une conviction réfléchie dans le droit d'auteur et son avenir.
J'ai rencontré Alain parce que les cinéastes se rencontrent lorsqu'ils tournent, voyagent, présentent leurs films ou partagent dans les salles obscures leurs gouts bizarres pour les cinémas différents.
Ils se rencontrent au théâtre s'ils aiment ça, dans les couloirs des centres de montage ou à la cafétéria des studios lorsque leurs films se fabriquent de concert.
Mais Alain Corneau, cinéphile œcuménique et d'une curiosité affamée, presque toujours au bras de Nadine Trintignant, l'emportant dans leur passion commune et fusionnelle, bosseur acharné, je le rencontrais aussi ailleurs.
Car les cinéastes se rencontrent aussi lorsque la vision de leur métier, la conduite de leur carrière, la gestation de leur œuvre s'accrochent à une réflexion et à un engagement dans l'espace où l'action collective est nécessaire et indispensable.
Alain Corneau était de ceux là. Volubile, communicatif et enthousiaste, il possédait cette capacité rare d'intelligence des situations politiques, un vrai talent pour les jugements fermes mais jamais dogmatiques et un volontarisme lapidaire pour toujours recentrer vers le bon sens, les évidences et les principes.
Dans les réunions associatives et notamment à la Cinémathèque Française où je l'ai beaucoup côtoyé, j'aimais me placer non à côté de lui mais en face, pour quêter ses sourires, ses approbations, ces mous de doutes ou ses éclats de rire.
Son rire était souvent malin ou inquiétant.
J'ai toujours eu l'impression qu'il riait contre l'absurdité, l'incompréhension ou l'erreur de jugement.
Lorsque 55 organisations ont renforcé leur coopération pour mener des opérations en direction du grand public et faire connaître et défendre le dispositif de copie privée en créant l’association «La Culture avec la copie privée», c'est Alain qui en est devenu le Président.
C'est dire que sa compréhension des problèmes n'était pas de l'ordre du repli corporatif et frileux. Il s'est engagé dans la réflexion et l'explication de ce que le monde de demain promet: le progrès et la nouveauté des supports, l'immatérialité du commerce des œuvres.
Les yeux toujours tournés vers l'avenir.
Laurent Heynemann
Archive vidéo INA
Georges Perec et Alain Corneau parlent du film Série Noire












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