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Le monde du cirque débat à la SACD

Le 24 mai dernier, Jérôme Thomas, l’administrateur délégué aux Arts du cirque, conviait auteurs et acteurs du cirque à une table ronde sur la discipline, dans les salons de la SACD.

Etaient conviés à cette table ronde :

  • Martin Palisse, cirque Bang Bang, président du Syndicat du Cirque de Création (SCC)
  • Agnès Célérier, cie Jérôme thomas, trésorière du SCC, GNAC (Groupement national des arts du cirque)
  • Delphine Lanson, metteur en scène et réalisatrice, auteur
  • Guy Carrara, ancien administrateur cirque SACD, membre de l' association Territoires de cirque
  • Stéphane Simonin, directeur général de l’Académie Fratellini
  • Roger Le Roux, directeur du Cirque-Théâtre d'Elbeuf, membre de l’association Territoires de cirque
  • Christian Lucas, metteur en scène, auteur
  • Nicolas Mathis, collectif Petit Travers, auteur
  • Stéphane Bou, directeur de la Maison des Jonglages

De gauche à droite : Stéphane Bou, Delphine Lanson, Guy Carrara, Jérôme Thomas, Roger Le Roux, Agnès Célérier, Martin Palisse, Stéphane Simonin, Nicolas Mathis, Christian Lucas

 

Accompagné de Sophie Deschamps, la présidente de la SACD, Jérôme Thomas a d’abord cédé la parole à Christelle Finet de la Direction du Développement et de la Coordination, qui a présenté les chiffres-clés du cirque à la SACD pour l’année 2011.

Les chiffres du cirque

  • Nombre d’œuvres nouvelles déclarées en 2011 : 126 (contre 92 en 2010 soit +37 %)
  • Contributeurs par œuvre : la grande majorité des œuvres est signée par 1 à 5 auteurs, dans la tradition du collectif propre au cirque
  • Montants bruts répartis : en 2011, 1.37 millions d’euros (contre 1.28 M€ en 2010 soit +7%) ; le cirque représente 3% des répartitions Spectacle Vivant pour 2011

Des chiffres dont s’est globalement félicité Jérôme Thomas.

Les nouveaux bulletins de déclaration

Catherine Damblant, responsable du secteur Spectacle Vivant à la Direction des relations auteurs et utilisateurs, s’est ensuite livrée à une présentation des nouveaux bulletins de déclaration. Ces nouveaux bulletins sont en test depuis 3 semaines. Ils ont été modifiés pour pouvoir être remplis plus facilement notamment en permettant de renseigner le genre.

La gestion du répertoire cirque est difficile du fait du nombre élevé de contributeurs. Quand les documents sont incomplets, il faut ainsi revenir vers un plus grand nombre de contributeurs, ce qui multiplie le risque de blocage.

Déclarer numéro par numéro

Catherine Damblant a attiré l’attention sur le document Liste des œuvres (0.9 Mo) rarement rempli par les auteurs de cirque, qui permet de déclarer numéro par numéro. Pour Sophie Deschamps, cela permet que chaque auteur soit propriétaire de son numéro et cela l’autorise à le reprendre ailleurs sans avoir à en informer les autres auteurs du spectacle. Sans lui, tous les auteurs sont copropriétaires du spectacle.

Martin Palisse s’est étonné que ce document soit si peu connu des artistes de cirque et a souligné l’importance de communiquer sur cette information. Trop souvent, a-t-il expliqué, vouloir reprendre son numéro ailleurs créé des tensions.

Pour Sophie Deschamps, en cas de blocage, la SACD peut organiser des réunions de conciliation. « En général, les participants y sont au départ très crispés, mais le problème se règle quand les différentes parties comprennent que c’est pour le bien de l’œuvre. Les coauteurs ont intérêt à ce que l’œuvre vive pour toucher des droits. »

Delphine Lanson a rebondi sur la question des « influences », c’est-à-dire les conflits engendrés par la paternité d’une œuvre. Quand un artiste estime que son travail a sérieusement pu influer sur le travail d’un autre et réclame sa reconnaissance. Pour Sophie Deschamps, on entre là dans le domaine du plagiat, qui ne peut se résoudre que par un procès et dans lequel la SACD n’intervient pas. La présidente de la SACD a rappelé l’importance de réaliser des captations de ses spectacles pour pouvoir les présenter au tribunal si besoin.

Guy Carrara a insisté sur la nécessité de faire impérativement signer le bulletin de déclaration commun jusqu’à la veille de la première mais en aucun cas après, pour qu’il engage tous les auteurs. L’information est fondamentale avant la mise en public car « après, ne reste que le procès ».

Le droit d’auteur

Martin Palisse a pointé le manque d’information sur le droit d’auteur dans les écoles de cirque. Selon lui, il n’a pas très bonne réputation auprès des compagnies, qui ont tendance à ne pas déclarer les œuvres en considérant qu’elles pourront vendre plus facilement leurs spectacles s’il n’y a pas de droits à payer. Le débat s’est ensuite déplacé sur les cirques traditionnels et les grands cirques privés qui ne déposent pas leurs œuvres et auxquels il serait difficile de faire payer des droits si un numéro déclaré à la SACD intégrait leur circuit.

Guy Carrara a appelé de ses vœux que l’information sur le droit d’auteur soit intégrée au programme des écoles de cirque et pas seulement le fait d’ateliers organisés ponctuellement. Pour Jérôme Thomas,  la pédagogie n’est pas seule en cause. Il y a aussi une volonté des cirques traditionnels de ne pas entrer dans ce système en faisant par exemple signer à de jeunes artistes des contrats qui réclament la cession des droits et la rétrocession, à l’américaine.

La mise en scène

Catherine Damblant a ensuite détaillé les documents Liste des musiques (80 Ko), transmis à la SACEM, et Œuvre associée (1.8 Mo), peu utilisé en cirque alors qu’il permet notamment de déclarer la mise en scène sur un numéro. Sophie Deschamps a rappelé que les droits de mise en scène étaient « en plus, pas pris sur les autres auteurs ». Mais tous les auteurs de cirque présents étaient d’accord pour constater qu’il n’est pas dans les usages du cirque de déclarer la mise en scène, à la surprise de Georges Werler, administrateur de la SACD délégué à la mise en scène. Notion de mise en scène qui peut parfois être flou dans une discipline qui compte beaucoup d’auteurs-interprètes assumant toutes les fonctions. Et puis a noté Guy Carrara, il y a la spécificité du « regard extérieur », un artiste rémunéré pour apporter une expertise sur une œuvre. Christian Lucas a estimé qu’il y avait une différence entre regard extérieur et mise en scène : « Regard extérieur c’est pour un bout de temps passé sur l’œuvre. Si c’est sur toute la pièce, c’est une mise en scène. » Sophie Deschamps a offert le renfort de la terminologie employée dans l’audiovisuel comparant ce regard extérieur sur 2 ou 3 jours au « conseiller technique ». « S’il est là tout le temps, c’est un metteur en scène, a-t-elle ajouté. Les auteurs de cirque doivent le comprendre. Et ça ne leur prend pas de droits sur leur numéro. » Guy Carrara a insisté sur le besoin de faire ses choix au moment de la déclaration et surtout « d’en être sûr ».

Les participants réunis par Jérôme Thomas s’accordant sur le nécessaire travail de pédagogie à faire sur ces sujets, Sophie Deschamps a suggéré aux auteurs de cirque qu’ils rédigent un livre blanc ou un document pédagogique intégrant des informations sur le droit d’auteur et qui serait envoyé à tous les directeurs d’école de cirque.

Déclarer en cirque, un engagement

Jérôme Thomas est ensuite revenu sur le champ « genre » du bulletin. Il a tenu a apporter des précisions sémantiques : selon les usages de la SACD, le cirque y est une des 6 « disciplines » du « répertoire spectacle vivant ».  Afin de permettre d’apporter des précisions lors de la déclaration, la SACD a travaillé sur l’idée de « genre » qui se distingue de ce que l’on appelle communément dans le cirque le « registre » (acrobatie, clown, équestre…). Ici, le déclarant en cirque  a la possibilité de renseigner pour son œuvre, s’il le désire, un genre complémentaire parmi les trois suivants : « théâtre », « rue » et « chorégraphie ».  « Cela soutient le cirque, car si un auteur de cirque estime qu’il y a une théâtralité dans son œuvre, il pourrait être tenté de déclarer en théâtre ; là, il est davantage invité à rester en cirque », a expliqué Jérôme Thomas.  Car a rappelé l’administrateur, les auteurs de cirque sont de plus en plus nombreux à choisir de déclarer leurs œuvres dans d’autres disciplines. « Le cirque n’a jamais été aussi générateur de créativité et pourtant, on enregistre de plus en plus de défections. » Ont été cités les cas de James Thiérrée ou, plus anciennement, de Zingaro qui ne déclarent pas en cirque.  Mais ont aussi été évoqués des vainqueurs récents du Prix SACD cirque se déclarant désormais en théâtre.

Sophie Deschamps a relativisé cette tendance à la défection. « C’est une question de génération. Les auteurs de cirque y reviendront d’eux-mêmes. » Tous étaient d’accord pour dire que l’appellation cirque a retrouvé un certain prestige. Tout en admettant que l’action culturelle cirque se retrouve de fait  « amputée de ces contributeurs-là ».

Roger Le Roux a soulevé un autre problème étroitement lié : si le nombre d’œuvres déclarées en cirque enregistre une progression, ce n’est pas le cas des budgets. « Les moyens de production sont en régression », a-t-il regretté. « Le seul moyen de trouver des financements, c’est de se tourner vers des structures autres que le cirque, par exemple vers des scènes nationales où le cirque n’existe pas. » Ce qui peut encourager là aussi à déclarer dans d’autres disciplines. Le rôle des pouvoirs publics a donc été pointé du doigt, Sophie Deschamps réclamant que le nouveau Ministre de la Culture reprenne les choses en main et Martin Palisse s’interrogeant sur la nécessité, peut-être, de créer un équivalent des centres dramatiques nationaux pour le cirque.

Stéphane Simonin a aussi évoqué le cas de ces gens de théâtre qui font de plus en plus appel à des circassiens pour intégrer à leurs œuvres des numéros de cirque. Pour Sophie Deschamps, il s’agit là d’ « œuvres associées » qui doivent être déclarées comme telles. Mais le flou existe a insisté Stéphane Simonin, réclamant que soit défini un statut : ces numéros peuvent être considérés par les auteurs de la pièce comme des éléments de mise en scène où le circassien ne serait qu’interprète. Sophie Deschamps a appelé les artistes de cirque à s’entendre sur des limites : si le passage de jonglage est un numéro de 10 minutes écrit par le circassien, c’est à l’évidence une œuvre associée. Il faut s’entendre là-dessus et là encore, avant la mise en public.

Roger Le Roux a rebondi en soulignant qu’intégrer des circassiens dans une pièce pouvait aussi être un moyen pour des gens du théâtre de venir « chercher l’argent du cirque », sans déclarer en cirque pour autant.

« Il faut donc sensibiliser les auteurs de cirque à déclarer leurs œuvres et à les déclarer en cirque », a résumé Stéphane Simonin.

Se fédérer, un impératif

Le débat s’est ensuite orienté sur la nécessité de se fédérer au sein du cirque. En passant notamment outre les différences de registre mais aussi les divergences entre nouveau cirque et cirque traditionnel ou entre « ceux qui ont un chapiteau et ceux qui n’en ont pas ».

Jérôme Thomas a tenu à rappeler que l’engagement était impératif. « En cirque, il faut faire passer l’idée que faire des spectacles, ce n’est plus suffisant. Qu’être un artiste de cirque, c’est défendre une idée du cirque, une pensée sur le monde. » A Sophie Deschamps qui s’inquiétait de le voir réclamer que les auteurs écrivent des œuvres engagées,  il a précisé qu’il entendait plutôt que les auteurs s’engagent justement au-delà de leurs œuvres. Ce à quoi Sophie Deschamps a répondu qu’en effet les auteurs du cirque devront se fédérer sinon, « le métier mourra ». Tous ont souligné qu’existe déjà un syndicat, le SCC, qui est un syndicat d’employeurs. « Faites un syndicat d’auteurs » a suggéré la présidente de la SACD, prenant l’exemple des syndicats d’auteurs dans l’audiovisuel. « Tout artiste de cirque sera gagnant si on montre que le cirque n’a pas la place qu’il mérite dans le financement public » a ajouté Stéphane Simonin. « Ce qui m’a toujours arrêté, a répondu Martin Palisse, c’est que toute organisation réclame des forces vives et les organisations qui existent en manquent déjà. » Et que dans le cirque, employeurs et auteurs sont souvent les mêmes personnes. « Il faut un peu plus de soldats » a conclu Jérôme Thomas.