Cannes  2013

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Tags : Cannes , Festival cinéma

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La SACD reçoit Najat Vallaud-Belkacem

Pour parler de la place des femmes dans le cinéma, la SACD avait choisi d’inviter Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, à échanger avec les auteurs, au-delà des polémiques qui chaque année ressurgissent sur le nombre de femmes présentes dans la compétition cannoise.

D’emblée, la ministre a posé les termes du débat : les hommes et les femmes ont-ils tous accès aux mêmes droits, aux mêmes chances et aux mêmes mécanismes de financement ? Afin d’éclairer la situation, elle a demandé au CNC de réaliser un diagnostic et de publier des chiffres et des statistiques sur les inégalités hommes/femmes qui peuvent exister dans le cinéma. Ces travaux seront rendus d’ici l’automne.

D’ores et déjà, un chiffre a retenu son attention : alors que les promotions de sortie à la FEMIS sont paritaires, pourquoi les femmes ne représentent-elle que 25 % des auteurs de premiers films ?

Pour la ministre, « il est extrêmement important de se demander si des réflexes ou des habitudes plus ou moins inconsciemment à l'oeuvre ne conduisent pas à creuser les inégalités ».

La ministre a également annoncé la présentation prochaine au Parlement d’un projet de loi sur l’égalité hommes/femmes afin de pousser le principe de parité, notamment dans les établissements publics. C’est globalement le cas aujourd’hui dans les commissions au CNC, mais autant l’inscrire dans le corps de la loi, a-t-elle indiqué.

Les échanges avec les auteur(e)s présent(e)s ont été nourris. Ils ont d’abord posé un constat partagé : la situation des réalisatrices est plus difficile aujourd’hui qu’avant. Beaucoup ont à cet égard regretté que les femmes soient cantonnées à des sujets soi-disant de femmes ; soient souvent renvoyées à leur sensibilité féminine ; soient réduites à devoir faire des comédies sentimentales. D’autres ont témoigné du fait que les budgets des films réalisés par des femmes sont souvent inférieurs aux films d’auteurs hommes. Toutes ont considéré que c’est en tant que femme qu’elles sont discriminées mais c’est en tant que créatrice qu’elles souhaiteraient être reconnues.

Pour Jeanne Labrune, il est urgent pour les femmes d'en finir avec toute position victimaire et de revendiquer « l’androgynie de l’esprit » afin de montrer que la pensée et la qualité n’appartiennent pas plus aux hommes qu’aux femmes.

Au-delà de cette position, des propositions pratiques ont aussi été formulées: l’introduction de quotas de films réalisés ou écrits par des femmes a été avancée, sans pour autant qu’elle fasse consensus. Le rôle du service public de la télévision dans la valorisation et l’exposition des films réalisés par des femmes a également été cité.

Certaines ont également plaidé pour l’anonymat des demandes de subvention. Le fonds d’aide à l’innovation audiovisuelle fonctionne aujourd’hui sous cette modalité. S’il paraissait difficile de pouvoir garantir l’anonymat à tous les stades de la demande de subvention (« car tout se sait dans ce secteur », selon une des intervenantes), l’idée pourrait être creusée pour les aides à l’écriture et les aides qui se situent en amont.

Pour Najat Vallaud-Belkacem, une autre idée doit s’imposer : des formations aux problématiques d’égalité hommes/femmes devraient également être dispensées aux responsables des comités de selection et de festival ainsi qu’une sensibilisation des jurys.

De son côté, Kim Pham, le conseiller en charge de l'audiovisuel et du cinéma d'Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a souligné que la ministre entendait faire davantage respecter la parité homme-femme en ce qui concerne les experts qui participent à des émissions de télévision, en s’appuyant notamment sur le guide des expertes publié récemment par le CSA.

C’est finalement Pascal Rogard qui concluait ces échanges en invitant à l’action politique pour faire cesser les inégalités hommes/femmes et agir en faveur de la parité.

Reportage  Photos

Crédits LN Photographers