Disparition

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Hommage à Patrice Chéreau

Jacques Fansten, le président de la SACD, salue la mémoire du metteur en scène et réalisateur disparu le 7 octobre.

C'est avec une immense tristesse que les auteurs, avec tous ceux qui ont été ses spectateurs enthousiastes depuis si longtemps, ont appris la disparition de Patrice Chéreau.
La SACD s'associe aux innombrables hommages qui lui sont rendus.

Sa disparition est celle d'un des artistes majeurs de notre époque.
Après lui, le théâtre, l'opéra mais aussi le cinéma ne sont plus les mêmes.

Depuis le choc des Soldats ou de la Dispute, à ses débuts à Sartrouville, jusqu'à celui d'Elektra qui a enthousiasmé les spectateurs du dernier Festival d'Aix, en passant par tant de spectacles restés gravés dans nos mémoires, de Judith Therpauve à Persécution, 11 films qui ont peu à peu fait de lui l'un de nos grands cinéastes, c'est un metteur en scène, un auteur, qui nous aura bouleversés et emplis d'admiration.
Sa quête noire et douloureuse, ses inventions formelles inouïes, ses fulgurances, son exigence absolue, nous ont accompagnés pendant 47 ans.

Il était aussi un passeur, passionné de formation qui a permis l'éclosion de grands talents d'acteurs, notamment à Nanterre.
Grand découvreur d'auteurs, on lui doit particulièrement d'avoir fait connaitre, en la magnifiant, l'œuvre de Bernard-Marie Koltès, comme celle de nombreux autres auteurs contemporains.
C'était aussi un homme d'engagements qui s'est investi, parfois très fortement, dans de nombreux combats.

En 2008, les auteurs élus du Conseil d'administration de la SACD lui avaient décerné leur Grand Prix.

Nous proposons quelques échos de ce moment important où, au milieu de ses pairs, il avait été célébré avec amour et reconnaissance.

Jacques Fansten
président de la SACD

photo : © Julien Attard

 

 

 

Le discours de Jacques Fansten lors de la remise du Grand Prix de la SACD 2008 à Patrice Chéreau

Il y a des grands prix plus grands prix que les autres grands prix.

Celui que nous remettons aujourd'hui à Patrice Chéreau est de ceux là, il va au parcours exemplaire, novateur et remarquablement divers d'un des grands créateurs de notre temps.

Pour chacun d'entre nous, il y a un jour où l'on a eu le sentiment d'entrer dans le monde de Chéreau. Pour moi, c'était il y a très longtemps, avec Les Soldats de Lenz. Un choc d'une splendeur provocante, une cruauté ironique et violente…
Puis tant d'autres spectacles, on l'a dit boulimique. Nous courions voir le dernier Chéreau. Il a marqué le goût du théâtre de toute une génération.
Les souvenirs se mêlent, il m'en reste surtout des émotions et des images, entre Sartrouville et Berthier, entre Nanterre et l'Odéon : une beauté obscure et désespérée, de grands plateaux faits de lignes ou de formes sorties de nulle part, des ombres, une lumière étrange ou flamboyante. Quelque chose d'un cérémonial douloureux.
Des bonheurs d'acteurs qui, quelle que soit leur carrière sans lui, semblent toujours garder quelque chose de Patrice Chéreau.
L'opéra, comme un prolongement, les représentations scandaleuses qui sont devenues des références classiques.
La transmission, ce travail formidable à l'école de Nanterre, puis le conservatoire et ses suites.
Nous lui devons aussi la découverte de quelques auteurs, dont Bernard-Marie Koltès, bien sûr.
Puis le cinéma. Pour chacun d'entre nous, il y a un film avec lequel on s'est aperçu qu'il était devenu un cinéaste majeur, sincère et nu. Pour moi, c'était L'homme blessé, douloureux, troublant, sans esquive. Un cinéaste dont nous guettons dorénavant tous les films.

Quand son nom a été avancé il y a eu comme une évidence. Il a exploré et marqué définitivement chacun des répertoires que la SACD représente. En quelque sorte, le grand prix décerné à Patrice Chéreau, c'est un choix on ne peut plus naturel.