Disparition

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Hommage à Jean-Marc Roberts

Laurent Heynemann, président de la commission Cinéma de la SACD rend hommage à l'éditeur et écrivain Jean-Marc Roberts.

Avant de se connaître on s'était croisés. Parce que nous fréquentions les mêmes acteurs, le même producteur et les mêmes salles de cinéma.
On s'était parlé aussi. Il avait vu mes films et me conseillait des lectures, j'avais lu ses livres et j'ai eu la sagesse de penser que je n'avais pas de conseil à lui donner.

Sa fréquentation des Granier-Deferre père et fils lui avait donné une douce assurance, une façon courtoise d'affirmer ses certitudes et d'exposer ses goûts. Une colère délectable contre ce qu'il n'aimait pas, une émotion violente pour ce qu'il adorait.

C'était ce qu'on appelle un ami… tendre… affectueux… agréant tout ce qui m'arrivait de bien dans la vie, me priant juste d'acquiescer ses conduites et ses choix. À la fois un grand frère et un fils adoptif.

Pour ce petit hommage, j'avais juste envie de recopier les SMS que nous nous sommes envoyés cette année. Les félicitations, les bonnes et les moins bonnes nouvelles, les rendez-vous manqués, les messages d'affections, les calendriers qui ne coïncident plus parce qu'il en est à la troisième chimio, les déjeuners qu'on annule parce qu'il est trop fatigué, sans voix, puis il retrouve la pêche et nous dînons quand même ensemble… mais près de chez lui.

Mais c'est trop triste et il m'engueulerait. J'aurais bien raconté des anecdotes, des souvenirs de l'écriture de Faux et usage de faux, mais il faudrait que je reconstitue des dialogues. Or, ce soir, le seul souvenir qui me revient c'est celui de notre première séance de travail. Il est venu chez moi. Il s'est assis. Il a posé sur la table une boîte contenant des petites barquettes au marron qu'il avait spécialement été chercher dans une pâtisserie de l'avenue Victor Hugo et il m'a dit :  "Je te préviens, le patron des dialogues, c'est moi!"

Laurent Heynemann

 Jean-Marc Roberts, Chrystel Egal et Laurent Heynemann, à l'époque de Faux et usage de faux.