Disparition

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Hommage à Georges Lautner

Jean Marboeuf, administrateur Cinéma de la SACD, salue la mémoire du cinéaste disparu le 22 novembre dernier.

GEORGES LAUTNER
inventeur des chtoung! chtoung! chtoung!

Georges, peut-être esquisserais-tu un sourire tout en finesse devant la déferlante de louanges venues, non pas du public qui t’aimait et que tu aimais, mais des plus hautes sphères pensantes et dirigeantes.

Tous les médias ont parlé de ta carrière, non pas remplie, mais débordante.
De tes films sombres à tes films divertissants, ta marque de fabrique a toujours été  l’humour, l’élégance et la légèreté – n’en déplaise aux critiques flinguant Les Tontons flingueurs lors de sa sortie.

Tu étais cinéphile et dans ton film La Route de Salina - un de tes préférés - tu rendais un hommage au cinéma américain en confiant le rôle de Jonas à Robert Walker Jr. (fils de Jennifer Jones et de Robert Walker).

Ta modestie, reconnue par tous, t’avait fait dire avec tact et respect, après le tournage des Seins de glace où il y eut quelques tensions : les acteurs sont les maîtres.

Tu as su constituer plus qu’une troupe, une bande d’acteurs, de techniciens, de scénaristes, de  producteurs ; ta fidélité t’a valu leur attachement. 

Astucieux, malin, habile, tu étais.
Pendant quelques décennies, les films devaient passer  l’épreuve dite de la  « censure  avec ses grands ciseaux ». Pour  tromper l’ennemi,  tu truffais tes films de quelques phrases provocatrices. Les censeurs fondaient sur le miel du piège et accordaient le visa d’exploitation « à condition de couper tel ou tel propos... » que  tu coupais allègrement.

Un jour de 1973 Monsieur Poiré, de la maison Gaumont, te demande un conseil  sur un film dont il ne savait que faire. Après visionnage, tu tranches : ne pas le sortir. C’était Mais où est donc passée la septième compagnie ? Tu m’as avoué, je ne sais plus si  c’était avec gravité ou espièglerie - peut-être un peu des deux - : dorénavant, je ne donnerai plus jamais  mon avis.

C’est toi qui as eu l’idée, en adaptant  Le Monocle noir, roman d’espionnage sérieux, d’en faire une parodie, avec l’accord de l’auteur, Jacques Robert. On se souvient du succès des Monocles. C’est  toi qui as inventé les silencieux (au cinéma) vissés aux canons des pistolets dont les CHTOUNG! CHTOUNG!  CHTOUNG! nous ont aussi réjouis dans la bande-son des Tontons (entre autres).

Dans les années 60 j’avais écrit à de nombreux cinéastes. Tu as été un des rares (avec Chabrol, Melville et Mocky) à me recevoir. Nous avions failli travailler ensemble sur  l’écriture d’un scénario. Tu t’es très bien débrouillé sans moi.

Salut Georges ! Tu es et resteras un Grand.

Jean Marboeuf