Disparition

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Hommage à Édouard Molinaro

Laurent Heynemann, président de la commission Cinéma de la SACD, salue la mémoire du réalisateur et scénariste disparu le 7 décembre dernier.

Le décès d'Édouard Molinaro nous renvoie aux plaisirs passés de la diversité des carrières et des inspirations.

Car cet homme au charme discret savait tout faire. Avec élégance efficacité et vivacité, il a dirigé les plus grands acteurs, convié les plus grandes actrices dans des œuvres souvent magnifiquement écrites.

Il a su adapter le théâtre en sachant garder sa dimension dramaturgique sans l'obsession de "l'aération" (Oscar, Le souper, La cage aux folles). 

Il a su manier le film historique en le débroussaillant (Mon Oncle Benjamin), affronter la réalité de l'histoire récente (Les aveux les plus doux), adapter avec justesse les écrivains les plus littéraires (L'homme pressé) et comprendre le sens profond des œuvres qu'il portait à l'écran (La mort de Belle est l'une des meilleurs adaptations de Simenon).

L'emmerdeur, l'un des chefs-d'œuvre de Francis Weber est un film culte pour toute une génération, et Brel et Ventura fêtaient leurs retrouvailles après leurs aventures avec Lelouch.

Une petite note SACD dans cet horizon : la réussite de son Beaumarchais, l'insolent écrit par Brisville d'après Sacha Guitry, où le culot de Luchini se mesurait à la délicatesse de Sandrine Kiberlain.

Édouard Molinaro a aussi été un grand homme du film de télévision. Il disait d'ailleurs à qui voulait l'entendre qu'il conduisait à la télévision une œuvre plus personnelle qu'au cinéma. J'ai un souvenir très fort de La Ruelle au clair de lune, avec Michel Piccoli et Marthe Keller, remarquable adaptation et magnifiquement pertinente vision de l'univers de Stefan Zweig.

Ses amis l'appelaient "Doudou", il avait présidé les rencontres de Beaune en 1996 sans qu'on ait réussi à lui faire boire un verre de Bourgogne.

De la comédie au film noir, sans jamais s'exposer comme "un cinéaste de genre" mais plutôt comme le genre de cinéaste à tout embrasser, Édouard Molinaro, grâce à l'immense succès de ses films et à leur avenir pérenne,  nous laissera longtemps les traces de son travail… la marque de son style… d'une œuvre.

Laurent Heynemann