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Grand emprunt : la SACD plaide en faveur d'un plan ambitieux de numérisation des oeuvres cinématographiques de langue française.

L’ère du tout-numérique qui commence ouvre des perspectives très prometteuses de nouvelles diffusions pour les œuvres cinématographiques. Mais elle est aussi un sérieux défi pour l’ensemble de la filière. Le cinéma veut naturellement trouver toute sa place dans le développement d’une offre légale la plus large et la plus diverse possible sur les nouveaux réseaux, sous l’impérieuse réserve que la filière puisse profiter d’une incitation forte à la numérisation massive des œuvres. Egalement, le développement annoncé de la projection numérique dans les salles de cinéma impose aux détenteurs de droits de nouvelles contraintes de qualité technique. Ce contexte crée un rendez-vous historique pour le cinéma français et offre l’opportunité pour notre pays de développer un plan ambitieux en faveur des exploitations numériques de ces œuvres. C’est aussi la condition indispensable qui permettra de ne pas écarter définitivement la majeure partie de notre patrimoine cinématographique des moyens de diffusion.

Conservation, restauration et numérisation des œuvres vont de pair

Le développement de la diffusion télévisuelle en HD, l’arrivée du DVD Blu-Ray, la nécessaire démocratisation d’une offre légale sur Internet en Vidéo à la Demande (VàD) et l’installation de la projection numérique dans les salles font ensemble converger les impératifs de numérisation des œuvres vers des normes de plus en plus élevées (HD ou 2K). Les spectateurs vont s’installer grâce à ces nouvelles normes dans un confort de vision de plus en plus grand, ce dont nous nous félicitons. Or, la numérisation des œuvres cinématographiques est directement dépendante de l’état du support original à partir duquel elle est réalisée. Voilà pourquoi numérisation des œuvres et restauration des supports d’origine sont indissociables, y compris  pour des films récents. Ceci explique également pourquoi le coût d’une numérisation peut  varier autant,  de 10 000 € à plus de 100 000 € pour une œuvre, selon la norme visée et l’ampleur de la restauration nécessaire.

Historiquement, le plan Nitrate a été le seul programme d’aide publique à la sauvegarde et la restauration des œuvres cinématographiques. De 1991 à 2006, il a pleinement rempli ses objectifs en permettant le traitement de près de 15 000 films datant d’avant 1953,  pour un budget total de près de 80 M€. Ce plan d’initiative française a inspiré de nombreux autres pays.
Au-delà de ce plan dédié spécifiquement au support nitrate, et aujourd’hui terminé, les détenteurs de catalogues ne bénéficient d’aucune autre mesure d’incitation à la sauvegarde et à la restauration des œuvres qu’ils détiennent. Cette situation conduit à un sous-financement structurel des restaurations et numérisations envisageables, les ayants droit portant naturellement leurs efforts sur les œuvres pourvues d’une haute valeur commerciale. Cette «sélection naturelle» des œuvres à restaurer écarte la majeure partie du patrimoine  cinématographique, dont malheureusement beaucoup de titres-clés ne profitant pas de fenêtres d’exploitation suffisamment pérennes à ce jour. Pour tout le cinéma français, les nouveaux réseaux numériques sont une nouvelle chance et offrent cette nouvelle fenêtre d’exploitation si nécessaire pour atteindre son public.
La bonne conservation dans le temps des œuvres garantit la filière contre toute altération future et permettra de s’adapter à l’évolution des normes numériques. Le numérique n’offre pas encore de solutions pérennes pour cette conservation : il subit aussi la détérioration des supports mais surtout l’obsolescence rapide de ses standards et ses matériels de lecture, imposant des recopies systématiques. A contrario, la conservation sur film évitera de lourds investissements ultérieurs et offre la flexibilité nécessaire pour répondre aux normes de qualité de demain, quelles qu’elles soient.

Voilà pourquoi nous soutenons une initiative visant à mettre en place un plan public ambitieux de numérisation des œuvres cinématographiques intégrant la conservation, la restauration et la numérisation optimales des œuvres en vue d’une large exploitation et accessibilité.

Un plan de mobilisation de 250 M€ et un financement à plus long terme

Après échanges avec les directions techniques de plusieurs sociétés détentrices de catalogues et les laboratoires français, nos sociétés et institutions estiment à environ 250 M€ le montant total de l’investissement nécessaire pour permettre un basculement réussi au tout-numérique d’ici 2015. Cet investissement permettrait d’atteindre la masse critique nécessaire à la restauration/numérisation de plus de la moitié du répertoire français en vue de sa mise à disposition du public, soit environ 6500 longs métrages et autant de court-métrages. Un consensus pourrait se dégager autour d’une possible participation des ayants droit à hauteur du tiers du financement, le solde étant assuré par un plan de financement public quinquennal.
Cette estimation des besoins financiers s’articule autour d’œuvres devant ou non être restaurées avant d’être reportées sur support HD ou 2K. Il intègre notamment les œuvres clé des années 60, 70 et 80 qui subissent actuellement une altération rapide et pour lesquelles il y a urgence. Il serait nécessaire de réserver une partie de cette somme à des restaurations sélectives plus lourdes et plus ambitieuses afin de compléter des financements toujours délicats à mettre en place. Pour la plus grande part, l’accès à ce financement devrait pouvoir être facilité par un système de soutien en grande partie automatique géré par le CNC.
Au-delà de cette mobilisation urgente et vitale pour notre cinéma, nos sociétés et institutions appellent également à la recherche à plus long terme de sources de financement permanentes pour aider à la conservation et la restauration futures des œuvres.

Un soutien aux industries techniques françaises

Ce plan ne serait pas seulement le moyen de permettre au patrimoine cinématographique français de profiter de la dynamique de croissance des exploitations numériques, il consoliderait dans des proportions importantes les commandes aux laboratoires français du son et de l’image et redynamiserait ainsi ce secteur en phase de reconversion délicate, en créant des emplois et permettant sa modernisation technique. Cette industrie emploie 10 000 personnes en France au sein de 150 entreprises (données FICAM) mais elle connaît actuellement une crise sans précédent : plus de 500 emplois sont directement menacés à très court terme. Dans les années à venir, ses difficultés vont s’accentuer en raison de la numérisation des salles qui va entraîner la suppression progressive des activités liées au tirage des copies et la logistique qu’elles réclament.

Regroupant auteurs, détenteurs de catalogues et cinémathèque, notre initiative est le fruit d’une analyse convergente du secteur.

  • La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques
  • La Cinémathèque française
  • La société Gaumont
  • La société Roissy Films (Europa Corp)
  • La société SNC
  • La société Studio Canal
  • La société TF1 Droits Audiovisuel