Audiovisuel

Ajouter aux favoris / Partager

Tags : Rencontre

Voir tous les tags

Gérald-Brice Viret : « La télévision a encore un avenir »

Le directeur délégué du pôle Télévision de NRJ était l’invité de la SACD le 26 juin dernier, en compagnie de Françoise Marchetti, la secrétaire générale du pôle Télévision. Ensemble, ils ont présenté les lignes éditoriales des chaînes du groupe, notamment celle de la nouvelle venue sur la TNT, CHERIE HD. Et défini leurs attentes en matière de fiction.

En préambule, Guillaume Prieur, le Directeur des Affaires Institutionnelles et Européennes de la SACD, qui animait la rencontre, a salué l’investissement de NRJ12 dans la fiction, ce qu’elle est l’une des seules à faire sur la TNT. Avant de demander à Gérald-Brice Viret comment un nouvel entrant tel que le groupe NRJ parvenait à trouver sa place dans un paysage audiovisuel français en crise. 

Gérald-Brice Viret a immédiatement réagi en assurant que le groupe NRJ et son président directeur général Jean-Paul Baudecroux se voyaient « pour longtemps à la télévision » et que la vente de quelque chaîne que ce soit n’était absolument pas à l’ordre du jour. « Sinon, on ne me demanderait pas d’investir dans une coproduction telle que Sinbad ! », a ajouté Gérald-Brice Viret en référence à une fiction en langue anglaise de 13 x 60 minutes à laquelle NRJ12 participe aux côtés des Britanniques Sky1 et BBC Worldwide ainsi que Canal+, entre autres. 

Pour le directeur délégué du pôle Télévision de NRJ, la crise qui secoue la télévision française doit en outre être relativisée : « La télévision a encore un avenir. Les gens la regardent plus qu’il y a cinq ans. A part Lagardère, tous les gros groupes français gagnent de l’argent. Même sur une année médiocre, TF1 et M6 font des bénéfices. Canal+ aussi. Direct 8 a certes perdu de l’argent mais parce qu’elle a trop investi. Elle aurait pu, comme nous, être à l’équilibre. »

CHERIE HD, « plus féminine et plus adulte »

NRJ12, la généraliste du pôle télévision du NRJ Group, a bien, de son côté, atteint l’équilibre financier.  « Elle est la première chaîne de la TNT auprès des 15-34 ans avec une identité forte, s’est félicité Gérald-Brice Viret. Nous n’avons pas les moyens d’accéder aux séries américaines, ce qui nous pousse à nous différencier d’avantage. Notre objectif est d’atteindre 70 à 80 % de production propre. Certains jours, nous sommes déjà à 65-70 %. »  Et la présence du groupe sur la TNT va s’étendre dès la fin de l’année, quand commencera à émettre CHERIE HD, l’une des six nouvelles chaînes auxquelles le CSA a dernièrement accordé une fréquence. Une chaîne « plus adulte, davantage ouverte sur les plus  de 35 ans, plus féminine » qui vient compléter une offre qui comprend aussi la musicale NRJ Hits et la locale NRJ Paris. Parmi les autres projets présentés au CSA, le groupe misait aussi beaucoup sur Nostalgie TV. « On y croit toujours, a déclaré Gérald-Brice Viret, mais la cible des 50 ans et plus n’intéresse pas vraiment notre régie publicitaire orientée 15-49 ans. Cela reste une belle marque, comme CHERIE HD qui intéresse des groupes étrangers. » 

Petits budgets pris de haut

Pour remplir ses grilles, le groupe est majoritairement en demande de documentaires. A la demande du public d’auteurs, Gérald-Brice Viret est toutefois revenu longuement sur les attentes des chaînes du groupe en matière de fiction. Il a défini la stratégie de NRJ12 comme surtout centrée sur les cases de journée. Parce que la concurrence y est moins forte (« Les grandes chaînes comme TF1 n’ont pas investi le daytime, or il y a du monde devant la télé à 11 h du matin… ») et les coûts plus en accord avec les moyens de la chaîne. « Nos petits budgets sont souvent pris de haut par les autres chaînes, mais ils nous accordent aussi une certaine liberté en termes de créativité », a analysé Françoise Marchetti. Pour la secrétaire générale du pôle Télévision, la chaîne en est encore au stade expérimental en matière de fiction.  « C’est un univers compliqué avec ses propres règles. Nous nous y essayons modestement aux côtés de producteurs courageux comme Bénédicte Lesage (Mascaret Films) avec laquelle nous travaillons sur un projet de 10 x 52’ provisoirement intitulé Garde à Vue. La série aura un décor unique et son budget tourne autour de 105 000 € par épisode. » Un autre projet de 100 x 26’ avec Jean-Luc Azoulay est aussi à l’étude avec cette fois un budget de 35 000 € par épisode. Pour Gérald-Brice Viret, c’est aussi un bon moyen de pallier une offre de séries américaines aux coûts prohibitifs pour la chaîne : « Pendant deux ans et demi, nous avons diffusé Friends pour 15 000 € l’épisode. Le distributeur nous en a ensuite demandé 25 000 €. A ce prix-là ou pour un peu plus, il vaut mieux produire. C’est davantage identitaire. »

Même si la chaîne ne s’interdit pas de plancher sur des fictions de prime time dont un 4x90’ développé avec Rose Brandford et Simone Harari (Effervescence Productions) et la coproduction internationale Sinbad dont le budget global se situe entre 30 et 40 millions d’euros, elle préfère pour l’instant limiter les risques  dans cette case-là. « Pour notre malheur, s’amuse Gérald-Brice Viret, les attentes en matière d’audience sont très hautes sur NRJ12 à cause de la fiction française. Les Commissaire Moulin et Cordier, juge et flic, dont TF1 ne voulait plus, ont réalisé de bons scores et établi des objectifs élevés. » Mais CHERIE HD, dont les objectifs d’audience seront plus modestes, s’autorisera davantage d’audace, le directeur général du pôle Télévision de NRJ en est convaincu.

« Fidéliser encore plus »

Pressé par la salle d’en dire plus sur le type de projets qui pourraient intéresser le groupe, Gérald-Brice Viret a défini comme thématiques prioritaires pour NRJ12 « le quotidien, le réel, la province » et pour CHERIE HD, « davantage de romanesque, même si, là aussi, le quotidien prime ». En termes de formats, il a souligné l’importance de la récurrence, avec des envies de séries quotidiennes, qu’elles soient traditionnelles ou « séries-réalité ». « Il nous faut fidéliser encore plus : nos grilles doivent rester lisibles toute l’année. Les petites chaînes ne peuvent pas miser sur l’événementiel comme les grandes. »  Interrogé sur la mode des formats courts, Gérald-Brice Viret a avoué ne pas souhaiter s’engager trop avant sur un terrain très fréquenté par des concurrents mieux armés, quoique deux projets soient à l’étude avec Septembre Productions et Telfrance. Pour Françoise Marchetti, la question de la durée importe peu. « Regardez la série Cougar Town, a ajouté Gérald-Brice Viret. Nous l’avons mise en prime time. Tout le monde nous disait que ça ne marcherait pas et elle a attiré 600 000 spectateurs, prouvant que la sitcom de 22 minutes peut fonctionner à cet horaire-là. » Concernant la fiction jeunesse, il a expliqué que NRJ12 ne lui réservait pour l’instant aucune case, notant toutefois que les budgets des séries récemment arrêtées par France Télévisions telles que Chante ! n’étaient pas très éloignés de ceux de sa chaîne. Enfin concernant le transmédia, son « dada », Gérald-Brice Viret, entend le faire passer après l’antenne. « Nous voulons faire un produit fort pour la télévision d’abord. C’est elle qui finance. Internet ne fait que suivre mais comme il est encore gratuit, le risque est d’appauvrir la production française. »  

Valoriser l’écriture

Françoise Marchetti et Gérald-Brice Viret ont admis que jusqu’ici, ils avaient tendance à prêter l’oreille aux producteurs pour se faire présenter de nouveaux projets, davantage qu’aux auteurs. Sans pour autant, se sont-ils défendus, minimiser l’importance de ces derniers. « Même limitée, notre expérience en matière de fiction nous a appris qu’il ne fallait pas sous-estimer le travail de l’auteur, a souligné la secrétaire générale du pôle Télévision. Avec nos premières productions, nous nous sommes rendus compte que le budget écriture était souvent le premier à se faire raboter. » Gérald-Brice Viret est revenu sur le cas L’Eté où tout a basculé, un 4x52’ diffusé en 2010 qui fut la première fiction produite par NRJ12. «  Nous étions très contents du résultat sur un plan technique. Mais nous n’avions pas mis assez d’argent dans l’écriture, le temps a manqué aux auteurs et le texte a péché. C’est quelque chose dont nous avons parlé lors du débrief. Nous y faisons davantage attention depuis. » 

Une question de Guillaume Prieur sur la chronologie des médias et la règle des jours interdits pour les films de cinéma a occasionné un « petit coup de gueule » de Gérald-Brice Viret et Françoise Marchetti agacés de devoir, avec leurs concurrents, « tous se battre à la même heure avec les mêmes films ». Tout particulièrement dans le viseur : France Télévisions. « Ce système est préhistorique, a déploré Françoise Marchetti. Il a peut-être fonctionné à une époque mais en accordant à FTV, seul, le droit de diffuser des films, il finira par s’auto-asphyxier. » « France 4 ferait mieux de s’ouvrir à d’autres cinémas plutôt que de rediffuser les mêmes films que TMC ou autre », a averti Gérald-Brice Viret. 

En conclusion de la rencontre, Gérald-Brice Viret et Françoise Marchetti  ont appelé les auteurs à ne pas hésiter à les démarcher et leur ont donné à tous rendez-vous pour le lancement officiel de CHERIE HD le 12 décembre.

Reportage  Photos

Crédits SACD