Spectacle  vivant

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Tags : Humour , Mots en scène , One Man Show , Rencontre , Théâtre

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François-Xavier Demaison : « Je suis attaché aux salles »

L'auteur-interprète, devenu récemment le nouveau directeur du Théâtre de l'Oeuvre, était à la SACD le 19 octobre pour lancer la saison 2016-2017 de Mots en scène et évoquer son parcours en compagnie d'Olivier Barrot. L'occasion de se replonger dans une multitude de personnages incarnés sur scène pour le plus grand plaisir du public de la Maison des Auteurs.

Reportage  Photos

Crédits LN Photographers/SACD

Nouvelle saison pour Mots en scène, la quatrième, et formule légèrement remaniée pour ce rendez-vous créée à l'initiative de la commission théâtre de la SACD et d'Oliver Barrot.

Ce dernier, avant de laisser la parole à François-Xavier Demaison, a ainsi inauguré un avant-propos en forme de sélection d'ouvrages consacrés au spectacle vivant. Le journaliste a d'abord présenté deux ouvrages chez Actes Sud autour de Jacques Lecoq : Le Corps poétique écrit par Lecoq lui-même, un texte "fondamental" sur la création théâtrale même si pas toujours simple d'accès, et Jacques Lecoq - un point fixe en mouvement, écrit par son fils Patrick, un livre très bien illustré "qui fera date" selon Olivier Barrot. Egalement chaudement recommandé : Une histoire du cirque (au Seuil) par un des spécialistes de la question, Pascal Jacob.

   

Parenthèse new-yorkaise

Pour présenter son invité du soir, Olivier Barrot a commencé par rappeler son cheminement professionnel "tout sauf banal", puisque François-Xavier Demaison était encore il y a quinze ans, analyste financier à New York. Une profession embrassée à contre-cœur, sa première passion ayant toujours été la comédie et le théâtre. Inscrit au Cours Florent après le Bac, il se voit imposer par ses parents de suivre en parallèle un cursus plus "sérieux" et les aléas de la vie le conduisent à privilégier une carrière de fiscaliste. Le 11 septembre 2001, il est à Manhattan lors de l'attentat contre les deux tours du World Trade Center. Profondément touché, il décide de changer de vie."Je vois vraiment cette période comme une parenthèse dans ma vie. Je me sens plus proche du gamin que j'étais que de ce fiscaliste, même si c'est que les médias retiennent en principe." Il est revenu récemment à New York, jouer deux soirs devant 500 personnes avec l'impression d'avoir définitivement "bouclé la boucle".

L'aventure du one-man-show commence le 2 décembre 2002. Ce soir-là, François-Xavier Demaison s'est lancé un pari : il a cassé sa tirelire pour s'offrir une représentation seul sur la scène du Théâtre du Gymnase. " Il y a avait là 700 personnes venues assister à ce qui s'apparentait à une corrida, se souvient-il. C'était très imparfait mais il y avait sans doute quelque chose d'existentiel, de l'envie. Après il y a eu des rencontres comme celle avec Samuel Le Bihan. C'est rare pour un acteur de s'intéresser à un autre acteur. Il m'a accompagné, m'a produit. "

Parcours du combattant

S'en suivront des années de galère, qu'il raconte aujourd'hui avec beaucoup de sincérité et d'humour en avouant que certaines blessures sont encore ouvertes. "J'ai vécu des moments de solitude. Je me produisais dans des dîners d'entreprise épouvantables où personne ne se retournait pour m'écouter." Cruels débuts. "Un jour Samuel me dit : je t'ai trouvé une salle pleine et cette, fois, ils pourront pas partir ! Je lui réponds : c'est où ? A Fleury-Mérogis... Et je suis effectivement allé jouer en prison deux ou trois fois. Ce sont des expériences incroyables mais qui ne sont clairement pas confortables." De ce "parcours du combattant", il considère ne s'en être tiré que parce qu'il était bien entouré. Jusqu'à la reconnaissance en 2005 avec sa programmation au Petit Mathurin qui le lancera.

Avec Demaison s'envole en 2007, qui lui vaudra une nomination au Molière du seul en scène, l'humoriste impose son ton et affirme son don pour incarner sur scène avec un talent inné pour les accents, des personnages hauts en couleur à l'image de l'ex-boxeur (à voir sur la vidéo ci-dessous à 13'50), de l'acteur allemand Gunther (à 26'14) ou bien d'un très philosophe cousin québécois (à 41'40). Sans parler du castor, devenu un incontournable de ses spectacles, "un délire clownesque". Son secret ? "Je ne me dis pas que je vais vous faire le castor. Je me dis que je suis un castor. La sincérité, c'est le plus important. Quand je faisais le boxeur, j'étais ému lorsque je parvenais à être juste, à l'attraper comme un chanteur qui atteint la note ou un peintre qui trouve la bonne couleur. C'est la jouissance ultime en tant qu'acteur de one-man-show. C'est pour ça que je monte encore sur scène."

 

Un nouveau défi : le Théâtre de l'Oeuvre

La lecture d'un sketch sur un couple de Français installés au Maroc extrait du spectacle suivant (à voir à 30'12), Demaison s'évade, a été l'occasion d'évoquer l'impact que peut avoir le lieu de représentation sur la performance. "Dans une grande salle comme le Casino de Paris, la dimension littéraire s'efface un peu. Face à 2000 personnes, il faut occuper le terrain, ne pas hésiter à jouer sur la musique. Dans une petite salle comme la Gaîté Montparnasse, on fera plus dans la dentelle." Il le reconnaît volontiers : "Le lieu dicte certaines choses. C'est pourquoi je suis attaché aux salles et viens d'acheter le Théâtre de l'Œuvre."

De cette salle emblématique du 9e arrondissement à Paris acquise avec Benoît Lavigne, il assure ne pas vouloir faire spécialement un établissement dédié aux one-man-shows et encore moins aux siens. "Quand on entre dans la salle du Théâtre de l'Œuvre, on écoute ce qui s'y est passé et ce que ça nous inspire, c'est Robert Hirsch, Isabelle Carré, Charlotte Rampling, Bergman, Florian Zeller... Quand on parle de l'Œuvre à des auteurs et metteurs en scène comme Alexis Michalik, leur œil s'éclaire. Il fallait que ce lieu existe."

Son dernier spectacle en date, sobrement intitulé François-Xavier Demaison, est actuellement en tournée. Comme à son habitude, l'humoriste en profite pour essayer des choses avant l'Olympia, qu'il investira du 19 au 29 janvier 2017. "Avec mes deux co-auteurs Mickaël Quiroga et Eric Théobald - qui est aussi mon metteur en scène -, on réécrit, on teste. Ce n'est pas qu'une écriture face à l'ordinateur mais aussi face au public même s'il faut savoir ne pas trop lui faire confiance..." Et puis François-Xavier Demaison a une autre actualité, celle de l'acteur de cinéma qu'il est également. Il sera à l'affiche de plusieurs films prochainement : Les Têtes de l'emploi d'Alexandre Charlot et Franck Magnier qui sort le 16 novembre avec Franck Dubosc, Le Jour J de Reem Kherici avec Nicolas Duvauchelle et Comment j'ai rencontré mon père de Maxime Motte avec Isabelle Carré.

En guise mot de la fin de la fin, François-Xavier Demaison a tenu à saluer la prestation d'Olivier Barrot, qui aura suppléé l'auteur à la lecture de quelques textes évoqués lors de ce Mots en scène : " Te voir lire mes sketches fera partie des grands moments de ma vie professionnelle" a conclu François-Xavier Demaison, hilare.

Prochain rendez-vous de la saison de Mots en scène : René de Obaldia, le 30 novembre 2016