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François Hollande s'adresse au monde de la Culture

Le candidat socialiste s'est exprimé au Cirque d'hiver le 18 mars dernier lors d'un rassemblement sur le thème de la création.

Face à un public d'artistes et de sympathisants réunis au Cirque d'hiver à l'occasion d'un rassemblement de Génération Création, François Hollande a déclaré vouloir mettre la culture au coeur de son projet présidentiel et a rappelé l'ensemble de ses propositions sur le sujet.

Discours de François Hollande au Cirque d'hiver le 18 mars 2012

Mes chers amis, je viens conclure le spectacle, vous dire quelques mots, partager votre enthousiasme, vous dire aussi ma fierté d’être ici avec vous, artistes, créateurs, hommes et femmes de culture et aussi tant de militants qui veulent que le pays change. Il doit changer, il va changer.

Je vous remercie tous et toutes pour votre présence, votre soutien, votre espérance, que je partage. Dans cette campagne présidentielle, alors que tant de sujets étreignent au quotidien nos concitoyens, le chômage, la précarité, la vie chère, le logement, je veux aussi leur dire que l’avenir de notre pays passe par un grand projet : celui d’une culture qui ait sa place, qui permette à nos concitoyens de se retrouver dans une volonté commune, celle de nous dépasser nous-mêmes, celle d’être capables de rêver ensemble à un avenir où nous serions tous réunis dans une cause supérieure. Voilà pourquoi je veux mettre aussi la culture au cœur de l’engagement présidentiel.

Poursuivre le rêve français, c’est promouvoir l’élévation de la culture par la culture. Permettre aussi que notre nation retrouve son identité, la seule qui vaille : celle de nous permettre de vivre ensemble dans la diversité et en même temps dans le partage de valeurs communes, de principes qui nous unissent. La cohésion nationale est, en même temps que facteur de progrès, source de développement.

La Gauche et la culture ont toujours entretenu des relations exigeantes et tumultueuses. Il n’y a pas de plus belle cause pour la Gauche que de défendre la liberté, la dignité, le progrès, l’émancipation humaine. Et c’est pourquoi la Gauche a toujours mis la culture au premier rang de ses engagements. Les plus belles victoires de la Gauche ont été des victoires de la culture. Comment ne pas se souvenir de Léon Blum et de Jean Zay qui ont inventé des politiques culturelles, qui ont compris avant d’autres que l’éducation et la culture pouvaient être réunies dans la même ambition ? 1936, c’était une ambition culturelle autant qu’une libération économique et sociale.

1981, ce fut aussi une belle idée de la France et de la culture, cette capacité qu’ont eue François Mitterrand et Jack Lang de faire que la France puisse trouver liberté, fierté, imagination, progrès. Et lorsqu’on se souvient de 1981, ce sont de grandes journées qui durent encore, pour la musique, pour le patrimoine, pour l’accès de tous aux biens culturels – oui, aussi la libération de l’audiovisuel. Merci François Mitterrand. Merci Jack Lang.

Certes, la Gauche n’a pas le monopole de la culture et j’ai compris qu’il y avait des artistes qui ne me soutenaient pas dans cette élection. J’ai essayé d’en chercher les raisons. Elles sont nobles, en fait. Pourquoi y aurait-il une propriété, qui serait la nôtre, de l’espérance humaine ? Il faut accepter le pluralisme, il faut accepter la confrontation, la contradiction. Il faut aussi avoir du respect pour celles et ceux qui ne pensent pas comme nous. Et rien que d’avoir cette attitude nous distingue tellement de nos concurrents !

Je n’ai pas besoin, pour devenir Président, de penser que le candidat sortant a tous les défauts de la Terre – il en a beaucoup, mais ce n’est pas une affaire personnelle, je ne règle aucun compte ! Je n’ai pas besoin de considérer qu’il aurait fait tout mal – même s’il n’a pas fait tout bien. Je n’ai pas besoin de caricaturer, de dénaturer, de dénigrer pour être convaincant moi-même. C’est sur nos idées, c’est sur nos valeurs, sur nos principes, nos engagements que nous devons vaincre !

Et puisque le Président sortant ne défend pas son bilan, nous, nous pouvons défendre le nôtre. Et en matière culturelle, oui, nous pouvons là encore supporter la comparaison. Que s’est-il passé depuis cinq ans ? Il y a eu à la fois ce même ressort de penser que le marché pouvait avoir réponse à tout, y compris pour la culture, cette même culture du résultat qui ne fait pas grand-chose en matière culturelle, mais qui en définitive pose des chiffres avant de porter des ambitions. Et puis la disette budgétaire : pour la première fois, les crédits attribués aux scènes nationales ont été rognés, diminués, de la même manière que les politiques pour la démocratisation culturelle ont été amputées. Ce n’est pas parce que c’était un gouvernement et un président de droite. Il y avait eu d’autres ministres et d’autres présidents de droite, avant, qui avaient fait davantage. Il a donc une responsabilité particulière car même quand il s’agit de le comparer avec ses prédécesseurs de droite, ce n’est pas à son avantage.

Mais il y a eu pire : la désinvolture, l’indifférence, l’arrogance, la condescendance et l’accumulation de mauvais symboles. D’abord l’abandon de la culture générale dans les épreuves des grandes écoles : pourquoi avoir renoncé à cette exigence ? L’histoire, qui n’est plus enseignée dans les terminales de classe scientifique : pourquoi craindre le passé ? Et puis cette moquerie à l’égard des chef-d’œuvre de la littérature, au prétexte d’une scolarité difficile. J’étais au Salon du Livre. J’ai croisé des amoureux des lettres. Ils portaient un badge : ils défendaient la Princesse de Clèves, la malheureuse ! Jamais princesse dans l’histoire de la République n’aura reçu autant de soutiens populaires !

Le candidat sortant aura rompu une tradition. Chaque chef de l’Etat depuis 1958 avait eu, au cours de son mandat, à cœur de mener à bien un grand engagement, une grande ambition culturelle. Ce fut de Gaulle avec Malraux et les Maisons de la Culture. Ce fut Georges Pompidou et la création contemporaine avec le centre qui porte son nom. Ce fut Valéry Giscard d’Estaing avec le Musée d’Orsay. Ce fut François Mitterrand avec le Grand Louvre, la très grande Bibliothèque. Ce fut aussi Jacques Chirac avec le Musée du quai Branly. Mais du candidat sortant, que retiendra-t-on ? Ne soyez pas sévères. Un musée de l’histoire controversé, qui n’a pas vu le jour. Et bien oui, ce sera finalement au musée que sera défendue l’œuvre du candidat sortant !

Eh bien je reprendrai, si les Français m’en donnent mandat, la grande aventure culturelle de la France qui fait que, quelles que soient les difficultés du moment, il peut y avoir un rassemblement, une réunion, de tous les Français autour de grands équipements, de grands chantiers, de grandes missions, d’une volonté humaine qui est la nôtre, qui n’est pas de donner l’exemple à la Terre entière mais simplement d’être à un moment des pionniers, des inventeurs, des promoteurs de notre culture, de la culture du monde.

Je commencerai par rétablir l’autorité du ministère de la Culture, qui a deux vocations. Promouvoir la création, parce qu’elle est exigeante, parce qu’elle peut être coûteuse, parce qu’elle peut être menacée dans sa liberté. C’est le rôle du ministre de la Culture, de ses services, à chaque fois de préserver l’émergence, de favoriser la connaissance qui va à un moment apparaître, de prendre le risque de la liberté. Et puis, la deuxième vocation du ministère de la Culture, c’est de faire en sorte qu’il y ait une démocratisation culturelle, l’accès de tous aux biens, aux œuvres, aux manifestations de l’esprit, à l’émotion. Le budget du ministère de la Culture sera donc sanctuarisé, protégé, préservé.

Mais il faudra aller plus loin que ce seul ministère. Dans toutes les missions du gouvernement, il y a une part pour la culture : au ministère des Finances la fiscalité, au ministère de l’Education l’éducation artistique, si essentielle, au ministère de la Ville de permettre que dans les quartiers les plus reculés de la République il y ait aussi une reconnaissance de la culture qui s’éveille là, qui émerge, qui se diffuse, et même au ministère des Affaires étrangères, parce que nous avons à promouvoir la culture partout dans le monde, la langue française.

Mais nous devrons aussi établir un nouvel équilibre entre les moyens qui seront donnés aux grandes institutions qui rayonnent, qui sont magnifiques et aussi le soutien tellement attendu aux équipements culturels, aux compagnies, aux festivals, aux artistes. Oui, avoir ce sens de la répartition des crédits pour toutes les missions, et un nouveau modèle qui passera nécessairement par un contrat entre l’Etat et les collectivités locales.

Aujourd’hui villes – ici je suis à Paris qui, avec Bertrand Delanoë, présent parmi nous, est exemplaire en matière culturelle – départements, régions, assurent 60 % des dépenses en matière culturelle. Il faut donc un contrat entre ces collectivités et l’Etat pour poursuivre des missions qui peuvent être communes. A l’Etat de fixer le cap, de donner les objectifs, d’assurer cette vigilance sur la création d’être initiateur, incitateur, partenaire. Il doit être présent sans écraser. Il doit imposer sa vigilance sans arrogance. Mais nous avons aussi besoin de collectivités locales qui s’engagent dans la durée, qui puissent contribuer au financement des équipements et également au fonctionnement. Nous engagerons donc une nouvelle étape de la décentralisation. Elle vaudra aussi pour la culture !

Ensemble, nous aurons à soutenir l’émergence artistique. Je pense à ces femmes, à ces hommes qui font vivre les associations, les compagnies, les théâtres, les festivals, ceux qui mènent une vie difficile, éprouvante, qui s’inquiètent toujours par rapport à leurs financements, qui connaissent la précarité, la pauvreté, l’intermittence. Nous devrons donner de la durée à ces artistes, à ces créateurs, à ces promoteurs, à ces responsables associatifs, qu’ils ne soient pas toujours en train de guetter avec inquiétude les versements venant des collectivités locales et de l’Etat.

Et nous devons aussi assurer, comme partout ailleurs, le renouvellement des générations. J’ai proposé une grande idée, dans cette campagne présidentielle : le contrat de générations. Il vaut aussi pour la culture, ce compagnonnage du 21e siècle qui est au cœur de mon projet pour l’emploi et pour la jeunesse ! C’est bien qu’il soit étendu aussi aux entreprises culturelles. On néglige trop le savoir-faire des plus anciens. On verrouille les portes quand les jeunes demandent à y frapper. La transmission est essentielle dans la vie artistique comme partout. Je proposerai donc la mise en place systématique de résidences d’artistes dans toutes les institutions publiques, permettant d’assurer le passage de témoin.

C’est pour ce nouvel équilibre entre institution et équipement culturel, entre Etat et collectivités locales, entre artistes qui assurent le fonctionnement de nos institutions et l’émergence d’une nouvelle création, c’est pour assurer cette cohérence que je demanderai au Parlement de voter une loi d’orientation sur le spectacle vivant.

Mais la culture c’est l’égalité et tout commence à l’école. C’est à l’école que peuvent, comme le disait Jaurès, s’illuminer tous les soleils, c’est-à-dire toutes les consciences, toutes les émotions, tous les bonheurs d’apprendre. Les trésors de l’esprit humain sont à tout le monde et je ne veux pas qu’un seul enfant de notre pays puisse, à cause de l’endroit où il est né, du milieu où il a grandi, se dire un jour : l’art, la peinture, la sculpture, la culture au sens le plus vaste, ce n’est pas pour moi. Si, c’est pour chacun, c’est pour tous, c’est pour tout le monde. Tous les enfants de la République ont le droit à la culture, à la beauté, à l’émerveillement, à l’émotion, à l’émancipation, au bonheur de découvrir, de partager, de créer les œuvres de l’esprit.

La Gauche l’avait d’ailleurs bien compris, sous l’égide de Catherine Tasca et de Jack Lang, engageant un vaste plan pour le développement de l’éducation artistique. Quel dommage, pour je ne sais quelle raison, que ce plan ait été abandonné, oublié, interrompu ! Eh bien, nous le reprendrons. L’éducation artistique sera une des priorités de l’Education nationale. Les enseignants y seront bien sûr engagés, et les artistes aussi, qui viendront dans l’école de la République pour participer de cette grande aventure.

La culture, c’est aussi le patrimoine. Le patrimoine, c’est l’héritage. Le patrimoine, c’est la propriété de tous. Le patrimoine, c’est la Nation. Le patrimoine, c’est aussi un secteur économique où des métiers, des métiers menacés, des métiers d’artisans et des métiers d’artistes sont étroitement liés aux chantiers de restauration que les collectivités ou l’Etat engagent. Nous ferons en sorte que cette culture de l’art, cette culture du patrimoine puisse, à travers de grands chantiers de rénovation, être poursuivie, préservée, amplifiée. Ce sont des métiers qui doivent non seulement être protégés, mais être transmis.

Le patrimoine, c’est bien sûr le patrimoine historique, le patrimoine bâti, mais c’est aussi des collections, des œuvres. Je réaffirmerai en particulier le principe d’inaliénabilité des collections publiques aujourd’hui insidieusement remis en cause. Nous permettrons des programmes de numérisation des œuvres, qui correspondent à un ensemble de richesses qui nous appartiennent et qui ne peuvent pas être privatisées par des opérateurs, pour des opérateurs.

La culture c’est une langue, et la nôtre est belle, et la nôtre est belle nous unit. Parler, écrire la même langue, c’est employer les mêmes mots pour dire les mêmes craintes mais aussi les mêmes espérances. C’est partager des valeurs. Car les mots et la grammaire relient chaque individu à une vision du monde. Notre langue est le premier des liens qui nous rassemblent. Notre langue, c’est notre première République, celle que nous parlons.

Je n’accepte pas que plus de 15 % de notre jeunesse entre en classe de sixième sans maîtriser la langue française, sans cet acquis fondamental. Ces jeunes sont condamnés avant l’heure à l’exclusion, à une forme de relégation, à l’impossibilité d’accéder aux œuvres. L’apprentissage de la langue française sera donc, là encore, pour l’Education nationale, une exigence, un principe, une priorité.

Mais la langue est vivante. L’histoire de notre langue, c’est aussi une histoire de l’hospitalité française, de l’échange, du commerce immatériel. L’histoire d’une force, notre langue qui s’est intégrée sans renoncer, sans crainte, sans avoir peur de l’autre. Beaucoup de mots en usage dans notre langue sont des mots si je puis dire « immigrés », que nous avons accueillis d’autres langues, d’autres populations, et qui font aujourd’hui la richesse du français.

Je veux défendre notre langue, la langue française. Je veux même qu’elle soit davantage promue, défendue à l’extérieur. La francophonie est une grande cause, non pas pour la France mais pour ces 250 millions d’humains qui nous font le bonheur, qui nous donnent la fierté de parler notre langue, et qui nous reprochent souvent de la défendre si mal alors qu’eux, dans des pays très lointains, parlent le français parce qu’ils veulent parler une langue de liberté, une langue de culture.

Il y aura au lendemain de l’élection présidentielle un sommet de la francophonie, et je souhaite que le prochain président de la République en soit un des acteurs, non pas pour défendre sa langue, mais pour défendre la langue française au service de l’humanité, de la diversité culturelle.

Et puisque je parle de diversité, la langue française n’a rien à craindre des langues régionales ou des langues minoritaires. L’affirmation du français ne saurait refuser la diversité linguistique. Et là encore, je ferai ratifier la charte des langues régionales, parce que je considère que pour beaucoup de nos concitoyens qui parlent — et parlent merveilleusement — le français, c’est une richesse de plus que de parler une langue régionale.

La diversité, j’ai employé le mot. Nous l’appelons en France l’exception culturelle. Je veux ouvrir l’acte II de l’exception culturelle. L’acte premier avait été posé au lendemain de 1981 à travers le prix unique du livre, qui a sauvé le livre en France. Aujourd’hui, nous sommes devant un autre défi qui s’appelle le numérique. Le numérique, c’est un formidable moyen de favoriser l’accès du plus grand nombre à la culture. Cette technologie, nous devons bien l’adapter, nous en servir comme un instrument de libération et la mettre au service des valeurs que nous défendons. Nous ne pouvons pas simplement livrer cette technologie au marché, à l’argent, aux opérateurs qui ne se préoccupent pas des contenus mais qui essayent d’utiliser, en définitive, y compris la création des autres pour la capter et en faire richesse pour eux-mêmes.

Nous devrons, nous, reconnaître pleinement le droit d’auteur. Nous avions contesté en son temps la loi Hadopi parce que nous ne pouvions pas comprendre qu’il y ait cette opposition créée, entretenue, entre le créateur et l’internaute, et qu’il y ait d’abord l’expression d’une répression. Sur le sujet du numérique comme sur tant d’autres, le candidat sortant n’a fait qu’opposer les uns et les autres, comme si l’on pouvait opposer le créateur et son public. Et en même temps, nous aurons nous-mêmes, après avoir remplacé la loi Hadopi par une loi sur l’exception culturelle, à définir un nouveau modèle, un nouveau cadre économique et juridique pour l’Internet et pour les artistes. Je défendrai la liberté mais aussi les droits moraux, patrimoniaux des auteurs, écrivains, compositeurs, interprètes. Bref, nous avons à concilier, réconcilier une nouvelle fois.

Il y aura une réforme des droits intellectuels qui tiendra compte des nouvelles pratiques culturelles, qui garantira la liberté de création et son financement, et qui combattra les logiques de concentration. Il nous faudra faire vite et ensemble. Nous poserons trois principes fondamentaux : le développement massif de l’offre légale, la lutte contre la contrefaçon commerciale et l’élargissement des sources de financement. Nous assurerons ainsi et la protection des auteurs, et la possibilité pour le plus grand nombre d’accéder au moindre coût aux œuvres de l’esprit, et en même temps l’élargissement des sources de financement en les prenant chez les opérateurs et chez les industriels qui, finalement, bénéficient de la diffusion d’Internet.

Nous agirons aussi à l’échelle de l’Europe, car ces gros opérateurs, consommateurs de contenus, sont localisés dans des pays où ils ne payent pas d’impôt sur les sociétés, et ailleurs où ils ne payent pas de TVA. L’Europe devra harmoniser sa fiscalité par rapport à ces opérateurs qui s’enrichissent sans créer de contenu culturel. Parallèlement, je proposerai d’aligner au niveau du taux réduit de TVA la taxation de tous les biens culturels, quels qu’en soient les supports.

Enfin, il y a le livre qui affronte à son tour des bouleversements technologiques et économiques majeurs. Je favoriserai toutes les initiatives qui permettent de fédérer ce secteur — il y est prêt : éditeurs, libraires, auteurs — pour que sur des questions aussi importantes, là encore, que les transports, les plates-formes d’achat, les bases de données, l’innovation, il y ait des règles qui permettent de préserver le livre en tant que produit culturel de première importance.

Je sais aussi combien il faudra se battre pour le prix unique du livre numérique, combien il faudra agir aussi au niveau européen pour préserver cette exception.

Et enfin, nous devons faire tout pour que les libraires — ces libraires qui assurent non seulement la distribution des livres, mais aussi les conseils, l’animation autour du livre — puissent être partout présents sur le territoire. Ils sont menacés, et ils ont été encore affectés par la hausse de la TVA de 5,5 % à 7 % sur le livre. Cette mesure sera abrogée, et la TVA reviendra à 5,5 %.

En matière audiovisuelle se développent des chaînes, aujourd’hui, qui n’ont aucune obligation de financement de la création, et qui en plus affaiblissent toutes les autres qui ont cette contrainte, ou plus exactement ce devoir. Sont attribués six nouveaux canaux à quelques semaines de l’élection présidentielle, dans des conditions contestables et que je n’accepte pas. Ce sera une nouvelle fois à la puissance publique de faire en sorte qu’il y ait les mêmes obligations pour les mêmes chaînes dès lors qu’elles bénéficient des mêmes supports.

Nous devrons veiller aussi au financement du cinéma, qui doit tant aux chaînes publiques et à Canal +. Et méfions-nous qu’autour du financement du sport, il y ait une atteinte qui touche la chaîne cryptée et qui ensuite, faute de moyens, réduise son soutien au cinéma.

Quant à l’audiovisuel public, qui est un service public, il doit davantage contribuer à la création audiovisuelle et cinématographique. En France, ces chaînes publiques ont été, hélas, affaiblies par un système de financement sans cohérence et sans constance. Nous aurons à y mettre bon ordre pour que les chaînes, dans les cahiers des charges, soient davantage amenées à financer la création et le cinéma.

Et, pour que les choses soient claires puisque je parle de l’audiovisuel public, les présidents de ces chaînes seront nommés par une instance indépendante, ce qui évitera au prochain président de se mêler et de la nomination des présidents de ces chaînes, et même des directeurs de programmes, quand cela ne va pas plus bas dans la hiérarchie !

Enfin, il y a le cinéma. Chacun je crois, ici, a été fier du succès du film The Artist. Mais rappelons que c’est grâce à France 3, première chaîne à avoir eu confiance dans ce projet, puis à Canal +. Et si nous devons saluer ce succès, nous devons aussi rappeler l’originalité du financement du cinéma français, le rôle du Centre national du cinéma qui doit être préservé, garanti, ainsi que ses ressources. Avec également la chronologie des médias qui doit être absolument préservée si nous voulons éviter qu’il y ait une confusion dans les règles de financement. Et je n’oublie pas toutes les formes de cinéma : cinéma d’art et d’essai, créateurs et producteurs indépendants, bref, ce qui a fait notre modèle auprès des institutions européennes et qui fait qu’aujourd’hui, beaucoup de pays regardent vers la France pour que le cinéma puisse être partout aussi bien défendu, promu qu’en France, et donc partout en Europe.

L’exception culturelle ce n’est pas l’exception culturelle française, ce doit être l’exception culturelle européenne !

La culture, c’est aussi la découverte et donc l’attention, la vigilance à l’égard de tout ce qui émerge. Il faut remettre en cause un certain nombre de situations. Il faut éviter les rentes, même en matière culturelle. Il convient de renouveler les formes artistiques. Je l’ai dit, c’est le rôle du ministère de la Culture de retrouver cette exigence d’un regard nouveau, d’un regard complice à l’égard de la création. Aujourd’hui, trop peu de formes nouvelles, émergentes, sont soutenues. Je pense notamment aux cultures urbaines, aux cultures des quartiers qu’on regarde avec condescendance ou simplement dans le souci d’une bonne intégration. Non, ces cultures-là sont notre culture, pleinement !

Je serai attentif à l’avenir du Centre national de la musique, qui est une bonne idée à condition que ce soit à travers une bonne répartition de ce qui revient aux producteurs et de ce qui revient aux artistes. Parce que ce sont les artistes qui, en définitive, créent la musique que nous entendons.

La culture, c’est la liberté. Quand je dis la liberté, c’est la liberté de création, c’est la liberté de diffusion, mais c’est aussi la liberté pour les créateurs de ne pas être sous l’influence de toutes les formes d’intégrisme. Aucune atteinte, aucune entrave à la liberté de créer ne doit être tolérée, aucun sectarisme ne peut être accepté. Il y a des spectacles en France qui, hélas, suscitent des manifestations, des protestations, et parfois des tentatives d’empêchement. Cela s’est passé ici même à Paris. Et il y a même des formes de violence à l’égard de ceux qui créent — je pense à notre ami Jean-Michel Ribes qui a été à plusieurs reprises victime d’un certain nombre de ces tentatives d’intimidation. Je veux lui dire mon soutien.

La liberté, c’est aussi celle d’écrire et d’informer. L’indépendance de la presse est vitale pour notre démocratie. Je proposerai d’ouvrir, là encore, un débat sur les moyens de renforcer la presse d’information politique et générale. Il y a eu l’idée d’états généraux de la presse, qui n’a comme souvent été traduite par rien mais qui ne doit pas être gâchée.

Nous aurons donc à cœur de tenir deux principes.

Le premier, c’est que l’exigence de pluralisme oblige à un réexamen de l’ensemble des aides à la presse, pour qu’elles soient destinées à la presse d’information politique et générale, si importante pour notre démocratie.

Le deuxième principe, c’est que nous devons encore renforcer la loi sur la protection des sources des journalistes, si malmenée depuis plusieurs mois.

Là encore, nous devons soutenir la modernisation de la presse qui, elle aussi, est confrontée au numérique. Nous avons besoin d’une presse indépendante, libre, mais aussi forte sur le plan économique.

Enfin, je veux terminer par une dernière exigence. La culture, c’est l’ouverture aux autres. La création française est appréciée partout dans le monde. C’est notre fierté. Et en même temps, quel regret de voir des instituts cultures à l’étranger qui ferment, des moyens pour la promotion de notre langue remis en cause ! Comment accepter, aussi, que la France si riche de ses artistes régresse sur le marché de l’art ? Et comment admettre que les aides qui étaient jusque-là à la création africaine – notamment à la danse, aux arts plastiques, à son cinéma – aient été aussi mises en cause ? Comment accepter, alors que nos festivals vivent avec des artistes étrangers, que certains n’aient pas pu venir en France parce qu’ils n’ont pas disposé des visas indispensables ? De quoi avons-nous peur ? Quelle image voulons-nous donner ?

La culture, c’est l’échange. C’est le partage. C’est aussi donner ce que l’on a de mieux, c’est-à-dire les artistes, c’est-à-dire les hommes. C’est ne rien craindre de l’autre. Et puis, il y a les gestes qu’il convient de faire. Un symbole parmi les autres doit être notre présence culturelle en Grèce. Il y a, à Athènes, l’Institut français. Je souhaite qu’il soit non seulement préservé, mais renforcé – pour que nous disions aux Grecs qui souffrent aujourd’hui combien nous sommes reconnaissants à la Grèce de sa culture, de son théâtre, de sa démocratie. Nous leur devons tant, aux Grecs, que nous pouvons aussi leur offrir, nous, notre présence à Athènes à travers un institut culturel !

Et puis le prochain président de la République devra de nouveau ouvrir le chemin de l’Europe de la culture. Depuis la création de la chaîne Arte en 1992, rien n’a véritablement été entrepris. Où sont les programmes de coopération scientifique, tel Euréka ? Comment avons-nous pu accepter qu’ils disparaissent ? Et ce magnifique Erasmus qui permet – c’est un tel bonheur ! – aux étudiants d’ouvrir leur intelligence en allant poursuivre leurs études dans un pays étranger ? Pourquoi n’a-t-on pas davantage développé ces programmes ? Pourquoi ne les a-t-on pas ouverts à tous les jeunes, mais simplement aux jeunes étudiants ? Pourquoi, chaque année, seulement 25 000 jeunes Français en bénéficient-ils ?

La culture devrait inspirer tant de projets ! Je salue, par exemple, l’initiative Europeana – mise en réseau des grandes bibliothèques européennes –, dans lequel s’inscrit le projet Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Grand projet ! Beau projet qui a permis, justement, que la numérisation des œuvres reste dans le domaine public. Et c’est la preuve que Google n’est pas le seul acteur possible en la matière, et que les initiatives publiques sont pertinentes et efficaces pour valoriser notre patrimoine commun.

La culture, c’est la curiosité. Une vertu qui est celle de la jeunesse. Une vertu qui est celle des scientifiques, des créateurs, des artistes. Une vertu indispensable pour penser, imaginer le monde. Plus que jamais, il nous faut mobiliser nos capacités d’intelligence, de création, de savoir, de recherche. On nous dira : mais ce n’est pas urgent. Il y a tant de choses qui ne peuvent pas attendre ! N’oublions pas la mise en garde d’Edgar Morin : le plus souvent, on sacrifie l’essentiel à l’urgence, alors que l’urgence, c’est l’essentiel. Et l’urgence aujourd’hui, c’est aussi de participer à l’effort de culture, de création, de savoir, de recherche !

J’entends encore la voix de François Mitterrand en ce jour du printemps 1995, où il accueillait au Panthéon les cendres de Pierre et Marie Curie. « Le destin des civilisations », disait-il, « n’est pas de redouter la connaissance des choses, mais de la maîtriser. Le refus du savoir, la crainte de la pensée créatrice sont le propre des sociétés perdues ». Nous devons donc faire en sorte que notre société n’ait rien à craindre de la connaissance, de la création, du savoir. C’est la plus belle aventure humaine qui soit !

Nous avons plus que jamais besoin de sciences, de sciences humaines, de sciences exactes, de chercheurs, de créateurs. Toujours davantage besoin de croiser nos regards, de comprendre le réel, d’imaginer l’avenir. Il y a plusieurs manières de mal préparer l’avenir. Trois manières de passer un bien mauvais relais aux générations qui nous suivent. La première mauvaise manière, c’est d’accumuler les dettes sur les dépenses courantes : la Droite l’a fait.

La deuxième manière, qui n’est pas moins malfaisante et destructrice, c’est de ne pas investir dans les secteurs d’avenir. La plupart de nos concurrents font mieux que nous, parce que nous, ou plus exactement les autres ont sacrifié cette perspective. Et comment a-t-on pu laisser s’installer une hiérarchie des rémunérations qui donne si peu à voir des exigences de demain ? Comment un trader peut-il être payé dix fois un ingénieur et vingt fois un chercheur ? Quel signe envoie-t-on ! Quelle échelle des valeurs ! Quelle fausse image pour comprendre nos priorités ! Oui, créer, inventer, mérite quand même mieux que de spéculer.

Mais il y a une dernière manière de mal préparer l’avenir – c’est la pire : c’est la fermeture. La fermeture dans sa discipline. La fermeture dans sa catégorie. La fermeture dans son territoire, dans son quartier. La fermeture dans ses certitudes. La fermeture dans son idéologie. La fermeture dans ses préjugés. On s’enferme aussi derrière ses frontières. C’est contraire au génie traditionnel de la France qui est fait d’accueil, de compréhension, de fierté ! Comment peut-on freiner, limiter l’entrée sur notre territoire des étudiants de qualité qui demandent à pouvoir servir les universités françaises, la recherche française, la création française, et qui veulent être des ambassadeurs parlant notre langue, connaissant notre culture, qui porteront ailleurs ce qu’ils auront trouvé ici ?

La France est une grande Nation. Elle ne peut pas être déterminée par la peur. Elle ne peut pas être soumise simplement à des craintes. Elle ne peut pas être fermée. Elle est ouverte. La France mérite un grand destin ! Elle ne peut pas être dans le repli. La France a traversé tant de crises qu’elle sait surmonter les épreuves. La France ne peut pas abandonner une grande ambition. Le monde est menaçant, et alors ? Nous savons que nous pouvons être capables de le dominer. La finance est forte, et alors ? La démocratie doit être plus forte encore que les marchés. L’Europe – la belle Europe, la grande Europe –, l’Europe est tentée par l’austérité généralisée à travers un traité, et alors ? Nous pouvons être capables de le renégocier si le peuple français en décide. C’est l’enjeu du scrutin qui s’annonce !

Voilà pourquoi en venant ici parmi vous, amis artistes, créateurs, et tout simplement amis de la culture, je suis dans le sujet. Je suis dans le rendez-vous de l’élection présidentielle, qui est toujours la confrontation entre la peur et l’espoir, entre le repli et l’ouverture, entre la caricature et l’imagination. Je crois au génie de la France. C’est pourquoi je fais confiance à sa culture, à sa recherche, à la pensée – c’est-à-dire, finalement, à ce que nous sommes capables de faire le mieux ensemble. Et que nous devons faire partager non seulement à tous les citoyens, quels que soient leur condition, leur quartier, leur situation. Partout, la culture doit être au service de l’émancipation, au service de l’égalité, au service de l’émotion. Partout, nous devons faire que la culture soit un sujet de fierté commune.

Et c’est pour cette raison que je suis candidat à l’élection présidentielle autour d’un projet qui porte la jeunesse, la jeunesse de France au cœur de mes engagements !

Je suis candidat à l’élection présidentielle dans un moment très difficile pour notre pays, pour l’Europe, pour le monde. Et je veux aussi repenser, réinventer le rêve français, ce beau rêve qui consiste à croire, à vouloir que la génération qui arrive vive mieux que la nôtre ! C’est ce rêve-là que nous devons encore faire partager.

Et ce rêve, il est aussi un rêve de culture, un rêve de savoir, un rêve de connaissance qui fait que la France pense être en avance sur le reste du monde, tout en ayant le souci, le respect d’offrir ce qu’elle fait de mieux, ce qu’elle crée de mieux à tous les pays du monde.

Voilà pourquoi je suis candidat à l’élection présidentielle : pour que le rêve français, pour que le changement vienne ! Que le changement vienne vite !

Il est là ! Cinq semaines avant le premier tour. Beaucoup va se jouer au premier tour. Sept semaines avant le 6 mai ! Le 6 mai, ce sera un grand jour pour la France, pour la République et pour la culture !

Merci !