Cannes  2013

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France Télévisions financera 60 films environ en 2013

Valérie Boyer et Daniel Goudineau, les patrons de France 2 et France 3 Cinéma, étaient les invités de Pascal Rogard dimanche sur le stand de la SACD à Cannes pour une rencontre avec les auteurs.

Daniel Goudineau, très habitué à cet exercice, a dressé un tableau de ce que sera l’intervention de France Télévisions dans le cinéma en 2013. Comme le contrat d’objectifs et de moyens (COM) de France Télévisions initialement conclu pour cinq ans a été renégocié au bout de deux ans et dans un contexte de rigueur budgétaire, « il y aura moins d’argent cette année que l’an dernier et même moins que le minimum initialement prévu dans la contrat d’objectifs et de moyens », a-t-il prévenu. Une double peine puisque les obligations d’investissement sont calées sur le chiffre d’affaires de l’année d’avant…

Pour autant, la situation n’est pas catastrophique. Le budget cinéma baissera de 3 millions d’euros passant de 60 à 57 millions, selon le chiffre provisoire pour 2013. Malgré cette baisse, « nous allons essayer de rester à peu près aux alentours de 60 films », soit les mêmes niveaux en nombre de films sachant que « globalement, les budgets des films ont tendance à baisser », a expliqué Daniel Goudineau. « Nous sommes sur les fameux films du milieu », a-t-il ajouté tout en précisant détester ce terme, ceux dont le budget est inférieur à 8 millions d’euros. Des propos appuyés par Valérie Boyer qui précise que dans la production globale, un tiers des films sont destinés à l’antenne de France 2 et principalement sa case du dimanche soir, et les deux autres tiers ont un spectre large (films de genre, d’auteur, d’horreur…). L’animation est pour sa part laissée à France 3 Cinéma. Et à l’inverse de Daniel Goudineau, Valérie Boyer s’autorise à « intervenir sur des films de réalisateurs français tournés en langue étrangère ».

Changement notable

Mais le changement notable de cette année pour Daniel Goudineau réside dans le fait que Canal+ devient de plus en plus sélectif. Depuis le début de l’année, cinq films ont reçu un financement de France 3 Cinéma alors que Canal+ ne s’est pas engagé. « Cette équation n’existait pas autrefois », a-t-il analysé. « Nous étions habitués à des films qui se faisaient avec Canal+ et sans chaîne en clair, il va falloir faire avec des films qui ont des chaînes en clair mais sans Canal+. Le problème est que le financement devient alors plus compliqué », a-t-il détaillé. Mais cette expérience ne paraît pas uniforme puisque Valérie Boyer a indiqué que ce type de montage financier était marginal à France 2 Cinéma.

Interrogés par une auteure sur leur politique de financement des premiers films, Valérie Boyer et Daniel Goudineau ont récusé toute politique de quotas. L’analyse doit porter sur les premiers et deuxièmes films, tout aussi capitaux que les premiers. L’appréciation se fait au regard des « sujets, des scénarios et de la cohérence des projets », a précisé Valérie Boyer.

Et sur le processus de sélection des films, Valérie Boyer a expliqué qu’elle acceptait de lire les projets de films sans qu’il y ait de distributeur mais que l’investissement n'était en revanche décidé qu’une fois le financement total bouclé. Autrement dit, sans producteur confirmé, les projets n’ont pas de chance d’être financés par France Télévisions. D’autant que France 2 et France 3 fonctionnent sans comité de lecture jugés ingérables et compte tenu du fait qu'ils brouillent considérablement les lignes éditoriales des investisseurs. « Nous n’avons pas de comité mais nous ne sommes pas psychorigides dans les décisions que nous ne prenons d’ailleurs pas seuls », a précisé Valérie Boyer avant d’expliquer que « les projets sont étudiés à l’extérieur par des lecteurs » avec lesquels les équipes ont l’habitude de travailler.

Les critères de choix

France Télévisions reçoit entre 300 et 400 scénarios par an sachant que les producteurs ont naturellement filtré les projets avant. Un chiffre à rapprocher des 60 films financés par an… « Mon métier est de dire non. 9,5 fois sur 10, je dis non », a reconnu Daniel Goudineau avant de donner ses trois critères pour dire oui. Le premier : la trajectoire et les enjeux du film. Tient-il ses enjeux jusqu’au bout, quelle est sa trajectoire, etc. Deuxième critère : un personnage du film suscite-t-il de l’empathie ? Daniel Goudineau n’adhère pas au cinéma cynique pour France 3. Dernier critère : une histoire adaptée à son public et permettant une identification. « Je me méfie des films où les héros sont des adolescents ou des enfants et qui ne s’adressent ni à des enfants, ni à des ados. Même chose pour les vieux », a-t-il cité à titre d’exemple et non sans humour même s’il reconnaît bien volontiers qu’il existe toujours des exemples réussis. En effet, France Télévisions a financé Amour de Haneke, Palme d’or du Festival de Cannes 2012. Valérie Boyer privilégie, elle, l’histoire, qu’elle soit totalement inventée ou adaptée. « Je préfère une bonne adaptation à une pauvre histoire sortie de nulle part », a-t-elle néanmoins ajouté. Mais l’histoire seule ne suffit pas, loin de là. Pour elle, « le trio script/réalisateur/casting est aussi important ». « Même si l’histoire est importante, il peut y avoir un énorme plus à la fin avec le talent d’un réalisateur et l’apport des acteurs », justifie-t-elle.

Chacun ses critères, chacun ses appréciations mais, in fine, un objectif commun : découvrir !

Reportage  Photos

Crédits LN Photographers