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Tags : Cannes , Festival cinéma

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France 2 et France 3 : le cinéma dans sa diversité

Les dirigeants de France 2 et France 3 Cinéma, Valérie Boyer et Daniel Goudineau, étaient les invités de la SACD à Cannes. A eux deux, ils investissent dans une soixante de films par an pour environ 52 millions d’euros.

C’est sous le tonnerre, la pluie et le vent de ce samedi matin cannois que Valérie Boyer et Daniel Goudineau, DG de France 2 et France 3 Cinéma, sont arrivés au Pavillon des auteurs de la SACD, pour exposer aux auteurs leur politique en matière de coproduction de films cinéma. 

L’existence de deux filiales de coproduction cinéma distinctes au sein de France Télévisions, en dépit de la création de l’entreprise unique en 2009, est garantie par la loi, en gage de diversité des projets coproduits.

A l’investissement de chaque filiale sur un film s’ajoute, pour un montant souvent équivalent ou un peu supérieur, le pré-achat de parts antenne par le groupe France Télévisions, car tout film coproduit est diffusé. Si ce préachat fait l’objet d’un contrat séparé, la négociation est menée par la filiale cinéma, afin que le producteur ait un interlocuteur unique.

De fait, les deux filiales à travers des dirigeants aux personnalités distinctes font des choix différents, et s’interdisent de surenchérir l’une sur l’autre sur un même film.

France 2 Cinéma : 30 films par an dans un large spectre

Toutes deux sont soumises à l’obligation légale d’investir 3,2 % du chiffre d’affaires de la chaîne dans la production cinéma, obligation renforcée à 3,5 % par un accord professionnel.

Pour France 2, cela représente un apport de 37 à 38 millions d’euros par an, « sur une bonne trentaine de films dans un spectre très large », a insisté Valérie Boyer. Parmi eux, depuis 2 ans, 6 films européens par an tournés dans une autre langue que le français.

Un tiers des films coproduits sont destinés au prime time, et notamment à la case du dimanche soir, très exposée face à la concurrence de films grand public sur TF1.

Les deux autres tiers sont investis sur des films plus difficiles, films d’auteurs, premiers films… sans se limiter à un genre particulier : « ce qui nous intéresse c’est la singularité d’un auteur » explique la directrice générale de France 2 Cinéma. Hors films d’horreur et de genre, rien n’est exclu, même si elle investit peu dans des comédies, car « les comédies françaises de qualité » sont rares.

Cette année les films coproduits par France 2 présents à Cannes vont de De rouille et d’os de Jacques Audiard à Cosmopolis de David Cronenberg, en passant par Alyah d’Elie Wajeman (Quinzaine des Réalisateurs). 

France 3 Cinéma : diversité mais choix assumés

Pour Daniel Goudineau aussi, le mot d’ordre est la diversité, pour soutenir des auteurs confirmés comme Michael Haneke (avec Amour en compétition à Cannes), ou de nouveaux talents (Alice Winocour avec Augustine à la Semaine de la Critique).
Mais France 3 a des contraintes spécifiques. Sur les 25 à 27 films par an que France 3 Cinéma coproduit, à hauteur de 24 millions d’euros pour des montants allant de 200.000 à 1 million d’euros par film, 3 doivent être des films d’animation. Deux sont d’ailleurs présentés à Cannes : Le Magasin des Suicides de Patrice Leconte, et Ernest et Célestine, écrit par Daniel Pennac.

France 3 ne coproduit pas plus de deux films européens par an, refuse les films d’auteurs français tournés en anglais et fait très peu de comédies.

Daniel Goudineau prévient : « Je reçois 350 à 400 scénarios par an. Je dis ‘non’ au moins une fois par jour ».  Et d’ailleurs, il s’est fixé pour règle de ne recevoir le réalisateur d’un film qu’une fois le scénario accepté, car c’est « inutile de le désespérer ».

Critères de choix

Le directeur de France 3 Cinéma attache la plus grande importance au scénario, à la confiance qu’il a dans le couple réalisateur-producteur, au parcours des auteurs. « Je demeure attentif à accompagner un auteur du court métrage vers son premier long puis du premier au second ».

En revanche, il ne s’occupe pas du casting qui doit demeurer de la responsabilité du réalisateur et de l’auteur à ses yeux.
Pour le scénario, ce qui l’intéresse c’est moins la qualité de l’écriture – souvent bonne à l’orthographe près, confie-t-il – que « la trajectoire du film », avec des enjeux « clairs et tenus ». Il refuse les films « cyniques », exigeant qu’au moins un des personnages suscite « empathie » et identification.

Enfin, il voudrait que les films parlent au téléspectateur du monde dans lequel il vit, suscite le débat. Ce qui n’exclut pas les films historiques et de patrimoine, comme dernièrement Les Adieux à la ReineLa Princesse de Montpensier ou à venir, une adaptation de La Religieuse de Diderot.

Valérie Boyer, outre le scénario, le réalisateur et le producteur, prend aussi en compte le distributeur du projet qu’on lui apporte : « Nous souhaitons évidemment coproduire des films qui seront vus. Or, il devient de plus en plus difficile de rencontrer le public en salle ». D’où l’attention apportée à la cohérence entre la distribution prévue et le devis du film. Enfin, sans intervenir sur le casting, France 2 Cinéma ne peut pas s’en désintéresser complètement, notamment pour les films destinés au prime time.

Concurrence accrue dans la programmation

Car pour les deux chaînes publiques, la concurrence en matière de programmation cinéma ne vient plus seulement des chaînes privées TF1 et M6, mais de plus en plus des chaînes de la TNT.

De fait, rappelle Pascal Rogard, directeur général de la SACD, avec les films de cinéma, les nouvelles chaînes de la TNT font souvent plus d’audience que leur audience moyenne, alors que pour les chaînes historiques, c’est l’inverse, le cinéma fait moins que l’audience moyenne.

Les films arrivent sur les chaînes hertziennes après avoir été diffusés des dizaines de fois. « On achète des voitures d’occasion, a plaisanté Daniel Goudineau. Il faut trouver des propositions éditoriales séduisantes. »

Ce constat a conduit France 3 à créer à la rentrée 2011 une case cinéma le jeudi soir, éditorialisée avec Frédéric Taddeï qui présente 2 longs métrages suivis de courts métrages. Une case où le film français Séraphine  a fait un très bon score d’audience en prime time.

Autre évolution, l’individualisation de la consommation : sur les films d’animation que France 3 programmait à Noël pour une audience familiale, la chaîne constate que parents et enfants regardaient de moins en moins ensemble.

Autant d’évolution qui auront à terme une incidence sur les coproductions.

Mais la première inquiétude pour l’avenir, a rappelé Pascal Rogard, est la pérennité du financement de la télévision publique française menacée par la probable condamnation par Bruxelles de la taxe créée à cet effet. Et qui dit financement réduit dit obligation cinéma en baisse.

Accéder aux comptes-rendus des autres rencontres et au programme de la SACD à Cannes

 

 

Reportage  Photos

Crédit : LN Photographers