Festival  de  Cannes  2010

Entretien avec Olivier Lorelle

Co-auteur avec Rachid Bouchareb de "Little Senegal", "Indigènes", et "Hors la loi" présenté en sélection officielle.

par Patrice Carré - Le Film Français / édition quotidienne Cannes

Après un doctorat de philosophie esthétique, il a consacré sa vie à l’écriture d’abord théâtrale puis de scénarios. Il se prépare maintenant à réaliser son premier long métrage pour le cinéma.

1. Avez vous toujours eu la liberté de créer comme vous l’entendez ? Subi des contraintes ?

J’ai dû parfois me battre pour conserver l’intégrité d’un scénario. Par exemple on a pu dire de Hors la loi, que c’était un scénario trop dur… et en effet, ce n’est  pas un conte de fée, ce sont des hommes qui s’entretuent pour la liberté. Mais je n’ai jamais reçu d’ordres, c’est toujours resté dans les termes de discussions, qui pouvaient finalement être profitables aux films. Intégrer une contrainte peut ajouter à la puissance du film. Je n’ai jamais obéi à des pressions qui auraient dénaturé un scénario.

2. Le droit d’auteur est en danger. Est ce un combat qui vous concerne ?

Il faut tout faire pour protéger et pérenniser le droit d’auteur. Si nous n’avons plus d’auteurs, nous n’aurons plus des œuvres mais des produits. Sans la responsabilité de l’auteur qui au prix de ses angoisses et de sa solitude nous donne une vision du monde, celui-ci deviendrait inhabitable.

3. La place de scénariste est t’elle reconnue à sa juste place dans le cinéma français ?

Certainement non. Il ne s’agit même plus d’une injustice mais d’une annulation. Un exemple très récent : Hors la loi a fait l’objet d’une vive polémique qui reposait uniquement sur la lecture du scénario, les médias en ont beaucoup parlé sans jamais me citer ! Cela fait une impression bizarre… à laquelle malheureusement les scénaristes sont habitués. L’ennui c’est qu’à partir d’un certain moment, les scénaristes ne peuvent plus se suffire de cette situation intenable et sont tentés de changer de métier. Le cinéma français y perd des auteurs, des talents, de l’art.
Il est urgent de sortir de la mentalité héritée de la Nouvelle vague selon laquelle le réalisateur est le seul auteur du film. Aujourd’hui, en France, le réalisateur se sent obligé de participer à l’écriture de l’histoire pour pouvoir être considéré comme un artiste ! Or on ne demande pas à un metteur en scène de théâtre d’avoir écrit la pièce, à un chef d’orchestre d’avoir composé, etc. Il y a là un grand gâchis, d’une part parce que le réalisateur n’a pas forcément l’envie ou le talent d’écrire et d’autre part parce que les scénaristes vont s’interdire d’écrire des scénarios de leur propre chef (sans réalisateur et sans financement) parce qu’ils n’ont aucune chance de les vendre et de les voir réaliser. De ce fait on perd beaucoup d’énergie dans la lutte contre Hollywood pour un cinéma français capable de capter un public national et international.

4. Comment voyez vous le cinéma français dans 10 ans ?

Je le rêve avec plus d’indépendance entre l’écriture et la réalisation de façon à « ouvrir le jeu », multiplier les manières de faire des films (films d’auteur-réalisateur, films écrits par des scénaristes et mis en scène par des réalisateurs, films initiés par des producteurs) et ainsi renforcer un cinéma qui ne cède rien sur sa singularité et qui cherche pourtant à capter le plus large public possible.

5. Votre plus beau souvenir Cannois ?

Ha ! Ma femme indignée luttant pour faire monter dans la limousine le scénariste du film en compétition officielle que j’étais, alors que personne ne songeait à m’y faire une place… C’était très drôle !