Festival  de  Cannes  2010

Entretien avec Marc Fitoussi

Son deuxième film Copacabana a été projeté en séance spéciale de la Semaine de la Critique

par Patrice Carré - Le Film Français / édition quotidienne Cannes

Il a commencé par le court métrage avec la chance de voir ses films sélectionnés dans les festivals les plus prestigieux. Il avait d’abord coécrit et coréalisé avec Elsa Barrère, mais a éprouvé le besoin de continuer seul.

1. Avez vous toujours eu la liberté de créer comme vous l’entendez ?  Subi des contraintes ?

J’ai eu une totale liberté parce que ma productrice, Caroline Bonmarchand bataille pour trouver de l’argent tout en me faisant totalement confiance. Et j’ai fait le film que je voulais faire. Quand on réalise, on rencontre constamment des contraintes qui sont liées aux problèmes d’argent. Et surtout on repart constamment à la case départ. Copacabana est mon deuxième film et en même temps j’ai l’impression que c’est mon premier long parce qu’il a fallu chercher des comédiens, convaincre des partenaires financiers, notamment des régions de s’engager à travers un scénario. D’ailleurs ce ne sont pas les mêmes que celles qui nous avaient suivis pour La vie d’artiste. On ne peut pas vraiment parler de tournage confortable Il y a une séquence dans le film qui démarre dans un hall à Lille, qui se retrouve dans un couloir à Liévin, qui continue dans un appartement au Touquet et qui aboutit à une vue sur Ostende en plan subjectif. Et ce dès la première semaine.

2 Le droit d’auteur est en danger. Est ce un combat qui vous concerne ?

J’avoue ne pas être le meilleur interlocuteur pour en parler. Je suis quelqu’un qui a peur d’ouvrir ses factures, totalement incapable de renvoyer le bon formulaire avec le relevé d’identité bancaire adéquat. Mais je sais que j’ai besoin de la SACD pour vivre. Les droits d’auteur me permettent tout simplement de pouvoir écrire tranquillement et c’est énorme.

3. Numérisation des salles, arrivée de la 3d relief. Ces nouveaux modes de diffusion sont-ils selon vous une chance ou un danger ?

Il y a quelque temps l’autre débat c’était Internet. J’ai l’impression qu’un débat chasse l’autre. Internet ne m’a jamais empéché de faire des films. Il m’est arrivé une anecdote assez drôle. J’étais à une avant-première de La vie d’artiste dans le nord de la France et un spectateur m’a dit « je suis content d’être ici parce que j’avais déjà vu votre film en téléchargement ». Il l’avait téléchargé avant même que le film ne soit sorti. J’étais quand même rassuré parce qu’il était revenu le voir en salle et du coup je n’ai pas su quoi rétorquer. Quant à la 3D ça me paraît tellement loin. Je pense qu’on fera toujours des films avec des comédiens. Je ne pense pas que je me ferais happer par la 3D avec la tentation de remplacer Isabelle Huppert par un avatar.

4. Comment voyez-vous le cinéma français dans 10 ans ?

Je pense et j’espère qu’il sera toujours aussi diversifié. Mais je suis d’un naturel assez confiant. J’ai envie de croire qu’à force d’obstination, on pourra continuer à faire du cinéma comme on a envie de le faire.

5. Cannes est-il le lieu idéal pour défendre une œuvre ?

C’est un tremplin formidable. Copacabana aurait connu une autre carrière s’il n’était pas passé par Cannes. Nous sommes en mai et on parle déjà d’un film qui sort au mois de juillet.

6. Votre plus beau souvenir Cannois ?

La projection d’hier. La salle était bourrée à craquer. J’entendais rire les spectateurs et j’ai été arrêté en sortant du Miramar par des gens qui pleuraient. J’avais cette envie là pour ce film. Et mon rêve a été exaucé ici.