Festival  de  Cannes  2010

Entretien avec Katell Quilléveré

réalisatrice de Un Poison Violent

coscénariste avec Mariette Désert
Compétition officielle – mai 2010
par Patrice Carré - Le Film Français / édition quotidienne Cannes

1. Pourriez vous nous évoquer les quelques grandes lignes de votre parcours en quelques mots ? Quelles seraient vos étapes marquantes ?

J’ai fait des études de cinéma et de philosophie à L’Université. A 21 ans je suis entrée à la Société des réalisateurs de Films en tant qu’assistante. A 24 ans j’ai créé avec Sebastien Bailly les rencontres du moyen métrage de Brive. Parallèlement j’ai réalisé mon premier court-métrage, A bras le corps, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs 2005. J’y retourne aujourd’hui avec mon premier long- métrage, un Poison violent.

2. Comment présentez vous votre film Tournée en quelques mots ?

C’est l’histoire d’une jeune fille catholique dont la famille s’effondre, et qui perd la foi à mesure qu’elle découvre le désir.

3. Avez-vous toujours eu la liberté de créer comme vous l’entendez ? Avez-vous parfois subi des contraintes ?

Je me suis sentie très libre sur ce film, grâce à la complicité totale qui me lie à mon producteur Justin Taurand.

Avez vous parfois subi des contraintes ?
Nous avons pensé le film de manière à ce qu’il soit en cohérence avec son budget, qui était petit mais suffisant pour qu’on s’en sorte. Il a fallu faire des coupes dans le scénario, simplifier des décors, renoncer à  du matériel, mais je crois que le film y a gagné. La contrainte est devenue une force et  nous a rendu plus exigeants et créatifs.

4. Le droit d’auteur est en danger. Est ce un combat qui vous concerne, qui vous touche ?

Les jeunes  auteurs réalisateurs ont souvent beaucoup de mal à maintenir leur statut d’intermittents, parce qu’ils ne font des heures que sur leurs propres films, à la différence des autres techniciens. Et on ne tourne pas tous les six mois.  Le droit d’auteur est souvent notre principale source de revenus. S’il est fragilisé c’est la création à sa source qui est  en danger.

5. La numérisation des salles fait débat, l’arrivée de la 3d relief est une réalité incontournable. Ces nouveaux modes de diffusion sont- ils selon vous une chance pour la création ou un danger pour la diversité ?

Je crois qu’une évolution technologique n’est ni bonne, ni mauvaise en soi.  
Tout dépend de qui s’en empare, dans quel objectif. Il  ne faut pas fuir la nouveauté et la laisser à ceux qui veulent faire de la salle de cinéma un parc d’attraction. La 3D peut être un outil magnifique pour des auteurs. J’adorerais découvrir des scènes d’amour en 3D dans un film de  Paul Verhoeven !

6. Comment voyez vous le cinéma français dans 10 ans ?

Mon premier long-métrage existe aujourd’hui mais il a bien failli ne pas se faire. J’ai autour de moi beaucoup d’amis réalisateurs entre 25 et 35 ans qui ont des projets de premiers longs forts et exigeants, qui ont un mal fou à voir le jour. On se heurte à un système de financement fragilisé, qui peine à prendre des risques. Mais le risque est vital. Le cinéma français se portera bien dans 10 ans, si l’on continue à soutenir des projets différents, hors normes, si  on permet à une nouvelle génération d’émerger.

7. Cannes est t’il le lieu idéal pour défendre une œuvre ?


Je ne sais pas si c’est le lieu idéal pour la défendre. Mais c’est le lieu idéal pour lancer un film. En acceptant de lâcher prise et de laisser les autres s’en emparer.

8. Votre plus beau souvenir cannois ?


Celui que je suis en train  de vivre !