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Egalité Femmes/Hommes, mode d'emploi, en débat aux BIS de Nantes

Compte-rendu du Forum organisé par la SACD le 22 janvier dernier.

Lors des BIS de Nantes, la SACD a organisé un débat consacré à la place des femmes dans la culture et le spectacle vivant. Un sujet porté avec force par la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, et son homologue des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, comme le rappelait Pascal Rogard en introduction.

L'occasion fut donnée à Reine Prat qui, avec les rapports qu'elles avaient rédigés en 2006 et 2009, est l'une des premières à avoir rendu publiques les discriminations faites aux femmes dans le spectacle vivant, de rappeler qu'il fallait maintenant sortir de l'incantation. Alors qu'un projet de loi sur l'égalité femmes-hommes, 8e du genre, est actuellement en discussion au Parlement, elle a souligné qu'il fallait agir et ne pas se contenter des nominations dans les lieux, même si le rééquilibrage de la politique en faveur des femmes allait évidemment dans le bon sens.

Ce diagnostic et cet appel à l'action étaient largement partagés par les autres intervenants ; notamment par la cheffe d'orchestre, co-auteure de la plaquette Où sont les femmes éditée par la SACD, Laurence Equilbey pour qui le secteur de la musique est aujourd'hui "le pire des bastions". Pour elle, un chiffre illustre cette situation dramatique : 25 % des étudiants en direction d'orchestre sont des femmes mais seules 3 % accèdent au marché du travail. Les moyens d'améliorer les choses existent pourtant. Elle milite à cet égard pour la mise en œuvre d'indicateurs de mixité dans les cahiers des charges des institutions. De la même manière, elle pense que le respect de la directive européenne de 2009 qui fixe à 30 % la proportion de femmes à tous les niveaux dans tous les secteurs culturels serait utile.

La situation apparaît plus contrastée dans la danse. D'une part, la place des femmes dans les centres chorégraphiques nationaux à reculé ces dernières années. Nous sommes passés de 40 à 50% de femmes dirigeant ces lieux à une proportion plus proche de 25 à 30%. Héla Fattoumi voit notamment dans la paupérisation de la chorégraphie et la difficulté de maintenir les moyens de production l'une des explications à ce recul. D'autre part, elle a aussi rappelé que les 12 centres de développement chorégraphiques étaient exemplaires et respectaient la parité tant en termes de direction des lieux que de programmation.

Aucun des intervenants ne contestait ces réalités mises à jour depuis 2006. En se livrant à une archéologie du spectacle vivant, Daniel Besnehard en profitait pour rappeler que le répertoire théâtral s'était historiquement, depuis la Grèce, souvent structuré autour des hommes et du masculin, les femmes étant souvent rejetés dans le registre de l'hystérie et souvent cantonnés aux positions d'actrice.

En revanche, les moyens de parvenir à l'égalité entre les femmes et les hommes étaient loin de faire consensus.

Beaucoup estimaient qu'il était urgent de prendre des mesures volontaires et contraignantes. C'était le cas de Madeleine Louarn, nouvelle présidente du Syndeac. Sans la modification des statuts du syndicat pour inscrire la parité en son cœur, elle soulignait elle-même qu'elle n'aurait sans doute pas pu accéder à sa présidence. Elle partageait également avec le public sa conviction que "nous sommes le résultat de modèles, de représentations qui posent une question politique essentielle". Selon elle, le problème n'est pas seulement une question de genre mais aussi de pratiques et de modèles.

La présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat, Brigitte Gonthier-Maurin, s'inscrivait dans la même réflexion et soulignait l'importance de l'école pour "déconstruire les mécanismes qui construisent les rapports sexués". Selon elle, la loi d'orientation sur la création artistique pourrait notamment inviter à respecter l'égalité hommes-femmes.

Dans ce concert quasi-unanime, Olivier Meyer proposait une vision différente. Fort de son bilan au Théâtre de l'Ouest parisien dans lequel il organise la 4e édition du festival "Seules en scène" qui présente 100 % de femmes, il a défendu l'idée qu'il ne fallait pas "imposer des choses de manière dogmatique". Favorable à une politique de nomination qui permette à des femmes d'accéder à des postes à responsabilités, il a rappelé à l'auditoire que le talent, celui des femmes comme celui des hommes, était injustement réparti. Ce faisant, des contraintes fortes sur les programmations étaient loin d'être une solution satisfaisante.

Pour conclure les débats, Pascal Rogard espérait que face à la gravité des chiffres désormais publics et connus et qui traduisent de véritables injustices faites aux femmes, l'heure devait être à la régulation : "Il ne faut pas crier à l'atteinte à la liberté de programmation quand il s'agit de faire présenter des femmes."

Participaient à ce débat animé par Pascal Rogard, directeur général de la SACD : Daniel Besnehard, délégué général, Nouveau Théâtre d’Angers – Centre Dramatique National Pays de la Loire, Laurence Equilbey, chef d’orchestre, directrice musicale d’Insula Orchestra et Accentus, Héla Fattoumi, co-directrice du Centre Chorégraphique National de Caen Basse-Normandie, Brigitte Gonthier-Maurin, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes au Sénat, Madeleine Louarn, directrice du Théâtre de l’Entresort (Morlaix), présidente du SYNDEAC, Olivier Meyer, directeur du Théâtre de l’Ouest Parisien et du Théâtre de Suresnes-Jean Vilar et Reine Prat, inspectrice générale de la création, des enseignements artistiques et de l’action culturelle.

Reportage  Photos

Crédits SACD