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Disparition de Pierre Dumayet. La Télévision perd un homme de culture

A travers le petit écran, il a su communiquer au public sa passion pour la culture.

Personnage emblématique des débuts de la télévision, Pierre Dumayet était aussi un auteur. Il a écrit pour le cinéma les scénarios des films d’André Cayatte, Mourir d’aimer, Il n’y a pas de fumée sans feu, Verdict, de Christian de Challonges, L’Argent des autres, Malevil et de nombreux scénario pour la télévision dont la série Les Grands procès témoins de leur temps.

Roger Kahane, qui a collaboré avec Pierre Dumayet, lui rend hommage.

PIERRE DUMAYET était un extraordinaire écouteur.

Son écoute questionnait et lui donnait une puissance de création dans tous les domaines où elle s'exerçait. Dans les années 70, Antenne 2 m'a confié une série de fictions inspirées de procès intitulé "Les procès témoins de leur temps". Dans cette série, Pierre Dumayet intervenait librement (en alternance avec Pierre Desgraupes). 

Le premier scénario qu'il m'a confié, intitulé "VARINKA" était une sombre histoire d'amour et de sang dans la vieille Russie des boyards à laquelle Dumayet a donné une dimension inattendue. Il a exploité la magie de cette histoire qui aurait pu surgir des mille et une nuits ou d'un récit de Tourguéniev. Le "procès"  devenait un prétexte plutôt qu'une contrainte narrative,  Pierre Dumayet a fait surgir tout un univers avec des personnages singuliers autour des amours de la jeune VARINKA aux prises avec son père autoritaire. On était en pleine tragi-comédie, puisque l'amant que s'était choisi la jeune femme, de peur d'être surpris par son père, s'était caché dans un coffre. La discussion entre père et fille a duré trop longtemps et le malheureux a eu le temps de mourir étouffé.

Dumayet n'avait pas son pareil pour nouer l'intrigue avec celle du procès proprement dit et mêler le comique au drame.

Le deuxième "procès témoin de son temps" s'appelait "LES FUSILS SONT ARRIVES". Un drame social, un conflit entre employeur et ouvriers dans une manufacture d'horlogerie. Une grève violente réprimée sans merci lorsque les patrons ont reçu les fusils et ont repris l'initiative.

Les procès intégrés à chacune de ces histoires ont permis à Dumayet d'aller au-delà de la simple juxtaposition et d'inventer une dramaturgie originale. J'admirais sa démarche dont il me faisait témoin et complice dès le premier stade de sa création.
Les procès proprement dis devenaient l'exploitation de ces drames en leur donnant un label d'authenticité qui guidait ma réalisation.

La série, de haute qualité, s'est interrompu au premier changement de direction.

La rencontre avec Pierre Dumayet a été pour moi une leçon de cinéma et et d'humanité. L'humour ou l'ironie n'étaient jamais absents derrière ce regard inoubliable qui reste étrangement présent et exemplaire dans mon itinéraire. Un regard créateur qui disait la puissance de son écoute.

Roger Kahane