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Tags : Orange , Rencontre

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Didier Lombard pour une alliance entre télécoms et contenus

Didier Lombard était l’invité de la SACD le 8 décembre dernier. Le président du conseil de surveillance de STMicroelectronics, ancien président de France Télécom-Orange, vient de sortir "L'Irrésistible ascension du numérique" aux éditions Odile Jacob.

«  Il y a 6 mois, je me suis rendu compte que le dernier chapitre prospectif du Village numérique mondial, écrit en 2008, était devenu un livre d’histoire » démarre d’emblée Didier Lombard devant les auteurs de la SACD le 8 décembre dernier. Le trafic Internet connaît depuis une croissance exponentielle, avec un taux de croissance supérieur à 100% par an contre 10 à 15% avant 2008. La raison en est simple : « Monsieur et Madame Toutlemonde se sont emparés de tous les usages de l’internet – de la banque aux réseaux sociaux, en passant par les albums photos, les  recettes de cuisine. »
Un constat, deux conséquences : une saturation probable du trafic si les opérateurs de télécommunications ne procèdent pas à des « investissements massifs » ; et une migration de la valeur vers les intermédiaires comme Google ou Baidu par exemple. Or, ces intermédiaires sont pour l’essentiel américains ou asiatiques. Selon Didier Lombard, « toutes les professions sont impactées ». « Si on ne réagit pas, les emplois de conception partiront ailleurs hors d’Europe. »

En matière d’industries culturelles, l’ancien président de France Télécom prône une alliance entre les deux extrémités de la chaîne, deux entités qu’il considère comme « sinistrées » : « les réseaux, utilisés par des intermédiaires qui se refusent à payer, et l’industrie de contenus qui n’en tire pas de revenus ». Didier Lombard a enjoint les producteurs de contenus à « monter des modèles payants en complicité avec les réseaux  ». A ce propos, il s’est prononcé pour des systèmes d’abonnement mensuel. Car pour lui, le système du paiement à l’acte présente un défaut majeur et rédhibitoire : « A chaque fois le client se demande comment il peut l’éviter. »
Aldric Mercier, auteur, a interrogé Didier Lombard sur ce qui empêche les opérateurs comme Google, de créer leur propre réseau. La réponse est double : « Non seulement les régulateurs ne l’autoriseraient pas mais ce n’est pas l’intérêt de ces intermédiaires, qui font actuellement des marges énormes sans  investir. »

Piraterie et marge de manœuvre des FAI

Interrogé par Pascal Rogard, le directeur général de la SACD, sur la stratégie d’Orange dans les contenus et la politique agressive menée envers Canal+, Didier Lombard a expliqué que le football comme le cinéma étaient des produits « différenciant ». Sur le football, il a expliqué que le produit s’est dégradé et qu’il ne ferait pas aujourd’hui la même offre que celle faite en 2008 par Orange. Sur le cinéma, il a estimé ne pas avoir eu le choix : « Nous perdions plusieurs milliers d’abonnés ADSL par mois. Je voulais sortir du monopole de Canal+. »

Par ailleurs, les FAI (Fournisseurs d’accès à Internet) ne favorisent-ils pas la piraterie avec les formules « illimité » ?, a aussi questionné Pascal Rogard. Didier Lombard a précisé qu’il n’a fait que suivre la concurrence. Par exemple, a-t-il précisé, à la Réunion, 5 abonnés représentent 80% du trafic. La déduction est aisée, l’essentiel du trafic est le fait de quelques très gros consommateurs, ceux-là même qui visionnent illégalement des œuvres. Pour ces très gros consommateurs de bande passante,  Didier Lombard ne voit pas comment éviter une tarification différenciée. C’est là que le concept de « neutralité du net » devient inapplicable. Didier Lombard est en revanche opposé à une tarification au mégaoctet et estime qu’en dessous d’un certain seuil - qui sera très élevé -, tout le monde doit payer le même montant.
Sébastien Fechner, auteur et producteur, a quant à lui rappelé que plusieurs organisations professionnelles (SEVN, APC, FNDF, ndlr) ont assigné les FAI pour leur demander de bloquer les sites proposant illégalement des vidéos en streaming. « Cela signifie qu’ils sont en mesure de le faire », a-t-il précisé. « Oui, s’ils y sont autorisés par le juge », a confirmé Didier Lombard en ajoutant que « les FAI n’aiment pas jouer les gendarmes. » « S’aventurer dans cette voie, c’est introduire un doute légitime sur toutes les informations personnelles qui circulent et qui peuvent donc être dévoilées. » Selon Pascal Rogard, il « sera intéressant de voir si les FAI seront prêts à le faire ou s’ils vont déployer une batterie d’arguments juridiques pour ne pas le faire ». A suivre.

B de M

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