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Tags : M6 , Rencontre , Télévision

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« Bientôt des mini-séries de thrillers en prime time » pour M6

Philippe Bony et Yann Goazempis sont venus à la SACD le 23 juin dernier pour faire le point sur la politique de fiction de la chaîne et exposer leurs projets pour le prime time.

Philippe Bony a officié à Paris Première, puis TPS, avant de rejoindre M6. Il est aujourd’hui président de la chaîne Paris Première et directeur général adjoint des programmes de M6. Quant à Yann Goazempis, il a été directeur du pôle humour de M6 avant d’être nommé depuis un an directeur de l’unité fiction et humour au sein du groupe M6. Le président de M6, Nicolas de Tavernost, a récemment chargé Philippe Bony de renforcer la politique du groupe en matière de fiction de prime time.

Un nouveau chantier pour le prime time

L’ex « petite chaîne qui monte » a changé de public depuis ses débuts en 1987 et connaît un cœur de cible de téléspectateurs plus âgés. En matière de fiction française, M6 est deuxième derrière France3 en volume de fiction diffusé, avec 40 minutes tous les soirs à 20h et autant à 13h auxquelles s’ajoute depuis trois mois une autre série quotidienne à 19h. « Les séries de 20h rassemblent en moyenne 3,5 à 4 millions de spectateurs, ce qui équivaut à de très bons scores de prime-time pour des séries françaises », se réjouit Philippe Bony. M6 souhaite donc continuer à creuser ce sillon porteur en investissant davantage dans la production de fictions.

Ces dernières années la chaîne concentrait ses investissements sur ses programmes d’avant-soirée : Caméra café, Kaamelott, Scènes de ménages, En Famille, qui sont devenus des marqueurs d’image pour la chaîne. Il est maintenant essentiel d’élargir cette politique au prime time. C’est dans cette dynamique que plusieurs développements de mini-séries événementielles ont été lancés depuis début 2015. Philippe Bony avoue que « c’est un investissement très lourd pour une chaîne comme M6, qui réalise un chiffre d’affaires deux fois et demi moins élevé que TF1, et un risque financier important, mais que nous sommes prêts à prendre maintenant. Evidemment, notre volume de fiction de prime time sera bien moindre que ceux de TF1, France 2 ou France 3 mais notre objectif est tout de même  de mettre en production 4 à 5 mini-séries au format 6X52’ d’ici à la fin 2015, pour une diffusion à partir de fin 2016, début 2017. » 

A Pascal Rogard qui lui demande si la chaîne programmera alors moins de fiction américaine, Philippe Bony répond qu’elle reste plus performante, notamment sur le public des moins de 35 ans et très rentable pour la chaîne : « Il est en réalité souhaitable que ces fictions étrangères continuent d’être encore longtemps des programmes puissants pour les chaînes. En effet, elles sont aujourd’hui encore une source importante de rentabilité pour les chaînes historiques, leur permettant de supporter des investissements lourdement à perte dans le cinéma ou la fiction française. Toute baisse de cette rentabilité aurait en réalité des conséquences négatives sur la création française. Sans supprimer ce qui existe, nous devons répondre aux attentes du public qui demande toujours plus de surprises et de nouveautés. Dans un univers de concurrence énorme de 28 chaînes gratuites (il n’y en a que 5 aux Etats-Unis), il nous faut des programmes qui deviennent des marqueurs d’identité très forts, et les fictions françaises de prime time ont évidemment un rôle à jouer dans cette évolution »

Divertissante, dynamique, accessible

M6 cherche des mini-séries originales rassemblant un large public, à l’image de ce qui a été réussi sur l’access prime-time avec les séries courtes. Yann Goazempis cite les résultats d’une étude qui leur a été communiquée le matin même, concernant les adjectifs attachés à M6 par les téléspectateurs : « Les premiers qualificatifs qui viennent sur la chaîne sont divertissante (pour l’aspect ludique), dynamique (en termes de rythme, de montage) et accessible. La proximité est également un élément très important pour M6. Ce n’est pas un hasard si L’amour est dans le pré marche si bien, c’est une émission qui met en lumière des personnes qui n’ont plus accès aux médias »

Même si le public de M6 s’est fortement élargi depuis plusieurs années et que la chaîne touche aussi des cibles plus âgées, la moyenne d’âge de ses téléspectateurs reste plus jeune que celle des autres chaînes (44 ans). « La particularité de M6 est que nous devons toucher un public large, mais incluant les moins de 35 ans. C’est un public assez exigeant, pour qui la concurrence vient des séries américaines et de la Pay TV, rappelle Yann Goazempis. On ne s’interdit aucun territoire, ce qui importe c’est le traitement. » Les mini-séries en développement sont pour le moment principalement des thrillers, contemporains et bouclés.

Des thrillers avec réalisateurs

Yann Goazempis cite cinq exemples : Le domaine, développé avec le réalisateur Hervé Hadmar, met en scène une famille partie vivre dans un de ces domaines sécurisés qui naissent dans le sud de la France… un domaine qui ne sera pas aussi sécurisé que l’on pourrait le croire. Trafic d’influences est un projet écrit par Dan Franck et produit par Gaumont : l’héroïne, jeune cadre de la brigade financière, est confrontée à un lobbyiste qui va faire pression sur elle en mettant en cause son ex-compagnon. Eden, tiré d’un fait divers, est développé avec la société Scarlett Production. Dark net, d’après une idée de Thierry Ardisson, est produit par Shine et écrit par Yann Le Nivet (Malaterra, Chefs). Un couple essaie de sauver sa fille atteinte d’une maladie orpheline : en surfant sur le Net, ils se retrouvent pris dans les filets d’un réseau social d’entraide. Et deviennent des fugitifs numériques. Enfin Blanc est une adaptation du polar Glacé, de Bernard Minier. Ce thriller à la montagne est développé avec Gaumont. « Un réalisateur a été associé très en amont à ce projet, comme pour d’autres, précise Yann Goazempis, car nous avons la conviction qu’une direction artistique assumée et intransigeante est un moyen fort de créer un programme qui va nous permettre de nous différencier. Comme cela a été le cas par exemple avec Alexandre Astier pour Kaamelott. »

Du côté des programmes courts

La nouveauté à venir sera La petite histoire de France prévue en format de 3 minutes quotidiennes sur W9 en novembre et produite par la société de Jamel Debbouze. Yann Goazempis convient que ce type de programme, des pastilles quotidiennes développées à partir d’un concept fort avec des personnages récurrents, sans évolution chronologique, peuvt être compliqué à écrire pour les auteurs : « Scènes de ménages qui existe depuis 2008 représente 12 000 sketches écrits et la fille d’Emma et Fabien a toujours le même âge, elle ne fera jamais ses dents et a toujours des problèmes de sommeil. » La chaîne n’est actuellement pas demandeuse, car deux nouveaux pilotes de programmes courts sont en route : un en tournage dans un commissariat, l’autre se déroulant à la préhistoire dont la diffusion est proche.

Un auteur se plaint de difficultés de certains scénaristes avec les producteurs des programmes courts de M6 : « La rémunération reposant sur le nombre de sketches validés au final, il faut écrire beaucoup de sketches et peu sont acceptés. C’est le jeu, mais la production refuse qu’on travaille ailleurs en parallèle pour gagner notre vie. Comment protéger les auteurs face à ces pratiques ? »
Yann Goazempis reconnaît que la chaîne n’est pas confrontée à ces problèmes, puisqu’il ne lit que les sketches validés par la production. Il explique que sur Scènes de ménages la société Kabo travaille avec trois pools d’auteurs : « Le premier, une sorte de Ligue 1, est composé d’auteurs rompus à l’exercice sur plusieurs saisons, à qui on commande une quarantaine de minutes chacun par saison. La Ligue 2 ce sont des espoirs mais déjà aguerris à la série. Mécaniquement, ils grimpent en Ligue 1 qui rassemble 16 auteurs contre 8 aux débuts de Scènes de ménages. Les auteurs de la Ligue 3 sont plus novices sur la série. Tous les deux ou trois mois, des « anciens » les forment. » Philippe Bony ajoute que si la chaîne valide tous les contrats avec les auteurs, elle ne peut pas valider le processus de leur sélection par la société de production.

En réponse à une question de Sophie Deschamps, il précise que le budget d’écriture d’un 52 minutes pour la chaîne est de 50 000 euros. La présidente de la SACD souligne qu’il est important d’avoir un ordre d’idée financier, car il y a parfois une grosse différence entre ce que la chaîne investit en écriture et ce qui est payé à l’auteur par le producteur.
En réponse à d’autres questions sur la nature des nouvelles fictions à venir, Philippe Bony précise qu’il n’y a pas pour le moment de nouvelle  série prévue avec des animateurs des chaînes. Par ailleurs, sur les web-fictions, l’implication de M6 concerne uniquement l’humour avec Golden moustache, plateforme dont la chaîne est propriétaire.

Les préachats cinéma portés sur l’animation

Sur la question des investissements dans le cinéma, Philippe Bony précise que M6 Films coproduit une dizaine de longs métrages chaque année : « Ce sont principalement des comédies et systématiquement des films destinés au prime time. C’est un vrai challenge aujourd’hui : les nouveaux accords Canal+ prévoient maintenant une cinquantaine de diffusions, pour plus de 4 millions d’abonnés, et la concurrence en clair compte 28 chaînes. Cela resserre notre positionnement puisque les films français avec encore un potentiel  d’audience après autant de diffusions ne sont pas nombreux. Au maximum entre 20 à 30 films chaque année sur les 200 qui sont produits. Globalement cela ne concerne que les films qui ont la capacité de dépasser 1 million d’entrées en salles.» Face à cette forte concurrence inflationniste entre les filiales des chaînes pour ces films très peu nombreux, mais également pour répondre au vieillissement du public en salles, M6 a développé depuis des années ses investissements dans l’animation française.

Après le succès en France et à l’international d’Astérix et le domaine des dieux, une production M6 Studio, un nouveau volet a été lancé en développement pour une sortie en 2017. Les autres exemples de préachats récents en animation sont Pourquoi j’ai pas mangé mon père, Le petit prince qui sortira fin juillet, Ballerina (avec Quad) et Sahara (avec Mandarin), tous deux en cours de production. Au-delà de l’animation, les films familiaux comme Les vacances du petit Nicolas, ou Belle et Sébastien restent des axes forts de la programmation cinéma de M6. La chaîne s’intéresse également aux films destinés aux jeunes adultes en misant sur des talents accompagnés dès leurs premiers spectacles, comme Kev Adams (Fiston en 2014, Les nouvelles aventures d’Aladin en octobre prochain), Baptiste Lecaplain (Libre seul et assoupi en 2014) ou encore Kheiron (Nous trois ou rien en salles en novembre).

Valérie Ganne

Reportage  Photos

Crédits SACD