Cinéma

Ajouter aux favoris / Partager

Tags : Cannes , Cinéma , Festival cinéma

Voir tous les tags

Arte France, un budget de 10 millions d’euros pour 100 à 150 films achetés par an

Michel Reilhac, directeur d’Arte France Cinéma était l’invité de la SACD pour exposer la politique et la stratégie d’Arte.

Arte est renommée pour avoir la politique la plus ambitieuse en matière de films de création. Reçu à Cannes sur le stand de la SACD, Michel Reilhac a rappelé devant les auteurs  que cette qualité est inhérente à la mission de service public de la chaîne. Cela fait partie des obligations d’Arte qui n’est pas financée par la publicité. Acheter et coproduire des films d’auteurs nouveaux et confirmés fait donc partie de sa politique. La chaîne coproduit 20 longs métrages et 3 documentaires de cinéma par an. Arte a également crée une SOFICA qui lui permet de participer à la production de 4 à 5 films par an. Enfin la chaîne a également mis en place un système de bourse  qu’elle attribue dans le cadre  de festivals du monde entier.

Le budget de coproduction s’élève entre 8,5 et 9 millions d’euros par an. L’investissement moyen est de 350 000 à 380 000 euros. Cet investissement se répartit toujours entre un contrat de coproduction et un contrat de préachat pour la première diffusion en clair soit 22 mois après la sortie en salle.

Coproduction et politique d’achat

S’agissant de la coproduction, Arte reçoit 500 dossiers par an. Le comité de sélection se réunit une fois tous les deux mois. Il est présidé par Véronique Cayla, présidente d’Arte, et composé de Michel Reilhac, de Bernard-Henri Lévy et de Gilles Jacob ainsi que de 4 personnalités dont deux sont renouvelées tous les deux ans. Michel Reilhac se charge de présélectionner 10 projets à chaque session. Au final 3 projets sont choisis à chaque session pour être coproduits.

Arte France dispose d’un  budget de 10 millions d’euros et achète 100 à 150 films par an et Arte Allemagne en achète autant ; ce qui fait d’Arte une des premières chaînes en matière d’achat.

S’agissant de la programmation,  il existe trois soirées cinéma : le dimanche soir réservé à un film grand public ; les deux cases du lundi soir ainsi que celle du mercredi sont également dédiées au cinéma. Arte achète des films patrimoniaux, ceux qu’elle coproduit  ainsi que des films récents. Elle achète également une douzaine de films d’auteurs.

Arte et le court métrage

Interrogé sur la politique d’Arte, Michel Reilhac indique que la chaîne diffuse un magazine hebdomadaire « Court-circuit »  qui présente un à deux courts métrages par semaine. Ce magazine est lui-même tiré d’un programma conçu et diffusé sur le web. Par ailleurs, Arte est particulièrement présente dans l’animation internationale. S’agissant des courts métrages en prise de vue réelle, elle ne coproduit que les projets francophones ayant bénéficié du soutien du CNC. Enfin, il précise que le prix à la minute est de 800 euros.

Le poids de l’Allemagne dans les décisions de préachat d’Arte France

Le seul critère est que la coproduction soit portée par un producteur français. Il doit garantir à Arte la disponibilité des droits de diffusion en France et en Allemagne. Les accords de préachat sont également soumis à cette obligation. Il n’y a sinon aucun critère quant aux thèmes.

Arte, une chaîne hybride

Arte diffuse certains films de cinéma en télévision de rattrapage sur Arte +7. C’est une option prise systématiquement pour les films diffusés dans la seconde case de fiction. Cette option n’est pour le moment activée que pour les films d’auteurs. Ces derniers prennent conscience  que l’exposition en télévision de rattrapage en compense largement les inconvénients.

Interrogé sur le développement des programmes WEB comme Addicts ou Modern Couple, Michel Reilhac indique qu’une chaîne de télévision ne peut plus se définir seulement par l’écran qui la matérialise. La multiplication des écrans induit qu’Arte se définit désormais comme un éditeur de contenus. C’est un saut important dans la manière de se percevoir, il s’agit surtout d’une stratégie. Véronique Cayla considère Arte comme une chaîne hybride. Les déclinaisons et compléments numériques sont désormais appréhendés à tous les stades et par toutes les composantes de la chaîne. Pour le moment, il n’est pas possible de mesurer l’impact réel de de cette nouvelle politique de diffusion délinéarisée mais des instruments de mesures de ces audiences sont en cours d’élaboration.

Pascal Rogard a précisé par ailleurs que la SACD négocie désormais des contrats 360° avec les chaînes permettant ainsi d’assoir la rémunération des auteurs sur tous les supports de diffusion. Un avantage, dans la mesure où la diffusion en télévision de rattrapage présente un intérêt certain pour les auteurs dont l’œuvre peut être plus largement exposée.

Sur cette situation Michel Reilhac note que la vidéo à la demande (Vàd) monte en puissance. Les téléspectateurs vont désormais payer un forfait pour accéder à une offre plus importante d’œuvres et de programmes.

La chronologie des médias

Afin de permettre une meilleure exploitation des œuvres, Michel Reilhac défend la compressibilité des fenêtres de diffusion non utilisées. Plus la diffusion des œuvres s’éloigne de la date de sortie en salle plus elle perd de sa notoriété notamment quand il s’agit d’un documentaire en prise avec l’actualité.

Arte et la Méditerranée

Michel Reilhac a enfin été interpellé sur l’absence des films des nouveaux réalisateurs des pays du Maghreb qui ont fleuri avec les printemps arabes. Il précise qu’il a pour principe de voyager énormément. Il a dispensé plusieurs formations à des étudiants arabophones sur la narration hybride (cinéma et écriture numérique) et a conscience de cette pépinière de nouveaux talents. Cependant, les films réalisés ne correspondent pas à la ligne éditoriale de la chaîne. C’est pourquoi Michel Reilhac mène actuellement une réflexion pour valoriser ces œuvres qu’il ne souhaite pas cloisonner à une diffusion uniquement sur le web.

Accéder aux comptes-rendus des autres rencontres et au programme de la SACD à Cannes

Reportage  Photos

Crédit : LN Photographers