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Après 50 ans de « profession comique », Robert Lamoureux disparaît à l’âge de 91 ans

Francis Joffo, son complice, lui rend hommage

« Mon cher Robert ,

Tu m’as supporté pendant plus de 40 ans et je pense aujourd’hui à notre première rencontre.
Je jouais au Théâtre Edouard VII une pièce de Jean Marsan quand l’administratrice, Madame Marthe Demeure, m’annonce que c’est une pièce de et avec Monsieur Lamoureux qui va nous succéder, qu’il est encore à la recherche d’un metteur en scène mais qu’elle ne pourra pas, comme on dit vulgairement, me mettre sur le coup, car Monsieur Lamoureux veut, par sécurité, un metteur en scène très connu.
Elle lui propose alors les noms de trois metteurs en scène les plus en vue à l’époque.
Ce qui suit est authentique. Le premier lui dit que son premier acte est formidable, mais qu’il faut revoir le second !
Le deuxième que c’est le second acte qui est formidable mais que le premier est tellement faible qu’il faut le revoir entièrement !
Le troisième lui dit que ce qu’il y a de plus formidable dans sa pièce, c’est le titre « La Soupière », qu’il faut absolument le garder mais que ce serait bien s’il pouvait oublier cette pièce et essayer d’un écrire une autre.
Complètement déboussolé, Robert Lamoureux demande à Madame Demeure si elle ne connaît pas un metteur en scène un peu moins connu ! Et comme j’étais, parmi tous les metteurs en scène moins connus, celui qu’elle connaissait le mieux, le jour même je débarque chez toi en m’excusant de ne pas avoir encore eu le temps de lire ta pièce. Très gentiment, tu m’expliques alors que ça n’a aucune importance car tu viens de décider d’assumer toi-même la mise en scène de ta pièce et que tu ne veux donc plus entendre parler de metteurs en scène très connus, un petit peu connus ou pas connus du tout !
Moi, pas très content d’avoir traversé tout Paris pour m’entendre dire ça, je lui réponds qu’il fait une grosse connerie, et qu’étant l’acteur principal de sa pièce, il aura besoin d’un regard extérieur sur son travail et que, sans connaître sa pièce, je sens que je suis l’homme qu’il faut !
Impressionné, il me propose alors de rester à ses côtés une quinzaine de jours et la somme qu’il me propose  pour avoir ce qu’il appelle un œil neuf est tellement impressionnante pour moi à l’époque que je lui réponds : « Monsieur, à ce prix-là ce n’est pas un œil, mais mes deux yeux que je mets à votre disposition » !
Au bout de ces 15 jours, je l’ai tellement énervé avec mes réflexions que je suis persuadé qu’il n’a qu’une envie, c’est de se débarrasser de moi le plus vite possible et je suis tout étonné quand il me demande si ça ne m’ennuie pas de rester encore un petit peu à ses côtés. Et comme il doublait mon salaire j’ai considéré qu’à ce prix-là, ça valait vraiment la peine de se faire engueuler 15 jours de plus.
Je suis resté plus qu’un petit peu, puisque ça fait 40 ans que ça dure mais aujourd’hui, malheureusement, je dois te quitter et je voudrais que tu saches combien je suis triste de ne pas pouvoir rester à tes côtés, encore un petit peu.

Au revoir Robert ! »

Extrait du discours prononcé par Francis Joffo à Neaufles-Le-Vieux lors de l’enterrement de Robert Lamoureux.

Des sketches Papa, maman, la bonne et moi, aux pièces de théâtre et aux films, Robert Lamoureux a fait rire pendant 50 ans.
Après ses débuts au Cabaret et au théâtre de boulevard dans les années 50, il passe à la réalisation en 1973 avec la série de La Septième Compagnie mais aussi Ravissante, La Brune que voilà.
Il revient ensuite au théâtre en écrivant et interprétant une quinzaine de pièces dont notamment Le Tombeur, La Soupière, Le Charlatan, Diable d’homme, Si je peux me permettre
Ce grand artiste a inspiré plusieurs humoristes d’aujourd’hui.